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Marionnette anthropomorphe inuit du Groenland
© Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris
Sita, Cambodge
Touchées par la grâce
C’est grâce à la philosophie du muséologue français Georges Henri Rivière (1897–1985) que le musée des Arts de la marionnette existe. L’homme souhaitait voir en région des musées qui mettraient en valeur les traditions populaires : une motivation qui anime encore le MAM actuel. Il va même un peu plus loin en s’intéressant au monde tout entier, avec de nombreuses vidéos documentaires et une grande variété de pièces étrangères. Cette délicate marionnette d’ombre asiatique éclaire un pan majeur de cet art de la main : le jeu avec la lumière. Originaire de la province de Siem Reap au Cambodge, elle servait à des représentations religieuses épisodiques, qui avaient lieu la nuit, en plein air, derrière un drap tendu devant un feu.
Marionnette d’ombre • Coll. musées Gadagne, Lyon • © T. O’Neill - MAM - musées Gadagne
Cubix, 2016
Versions multimédia
Un simple sac plastique qui devient silhouette humaine, quelques pièces métalliques assemblées en un personnage souple… Et ces quelques cubes qui s’animent grâce à la compagnie du Théâtre Sans Toit pour un spectacle d’une quarantaine de minutes. Des objets qui deviennent marionnettes par le seul maniement. L’idée de ces cubes tout blancs ? Transformer un jeu de construction classique en « jeux de mains augmentés », sur lesquels viennent se projeter des extraits vidéo. C’est l’une des missions du musée des Arts de la marionnette : donner à voir la variété des techniques contemporaines, et, surtout, montrer que la marionnette est un art vivant, qui a besoin de mains, d’esprits et d’imaginaires.
Spectacle • © Jean Yves Lacite
Guignol
Guignol, emblème de l’identité lyonnaise
C’est un souvenir d’enfance typiquement français, notamment pour les jeunes citadins : se rendre au théâtre de Guignol (par exemple au parc de la Tête d’or, à Lyon, ou au jardin du Luxembourg, à Paris) et regarder le spectacle en hurlant aux marionnettes. Il est évidemment le personnage principal du musée des Arts de la marionnette, qui a voulu le faire apparaître discrètement au fil de son parcours à travers les époques et les pays. Guignol, avec son sourire caractéristique et son petit couvre-chef noir, est né au début du XIXe siècle dans la ville de Lyon. Dans ses premières années, il sert de journal local en parlant avec humour des dernières informations. Puis, au fil du XXe siècle, il perd sa vocation politique pour s’adapter à son très jeune public ; aujourd’hui, il garde toute sa naïveté et sa malice, et se prend toujours beaucoup de coups de bâton.
Marionnette à gaine • © T. O'Neill - MAM musées Gadagne - Lyon / Cie Emile Valantin
PPD, Les Guignols de l’info, Canal +, 1988
« Les Guignols », rejeton de Guignol et de Canal+
Contrairement au Guignol original – qui est une marionnette à gaine que l’on fait vivre en passant sa main par en dessous –, les « Guignols de l’info » sont des marionnettes portées, maniables par le haut, presque à taille humaine. Créées par Alain de Greef et Alain Duverne, celles-ci animaient jusqu’à récemment une émission d’information satirique d’environ huit minutes, diffusée sur la chaîne Canal+ de 1988 à 2018. Reprenant tous les grands personnages du monde contemporain (stars de cinéma, politiciens, chanteurs…), les « Guignols de l’info » sont immédiatement entrés dans la culture populaire, tout en reprenant une tradition très forte des marionnettes de France, d’Italie et d’ailleurs : porter un message profondément subversif sur l’actualité.
Marionnette portée • © X. Schwebel - MAM - musées Gadagne / Alain Duverne
Rafat Alzakout, Beeshu, Syrie, XXIe siècle
Marionnettes de la révolte
Même topo en Syrie, où le courageux marionnettiste Rafat Alzakout affronte le régime de Bachar el-Assad à l’aide de ses petits hommes de bois et de tissu. « Nous avons tenté d’utiliser le rire contre les armes », explique-t-il dans un documentaire présenté dans le parcours du musée des Arts de la marionnette. L’homme a créé en 2012 Top Goon, une série de courts métrages où de petites marionnettes se moquent du dirigeant syrien ; il en a ensuite fait un spectacle itinérant et s’est entouré d’artistes révolutionnaires pour un périple à travers le pays. Dans Top Goon, Bachar el-Assad porte le surnom ironique de Beeshu ; il parle avec une petite voix aiguë et présente un visage ridicule, aux yeux très rapprochés et aux grandes oreilles. Là encore, la marionnette sert d’extension satirique aux bras de l’artiste.
Série de 2015. Marionnette à main • DR
Cie La Controverse, Le trader, le banquier et le PDG
Punk is not dead
En 2002, l’altermondialiste Jean Ziegler publie Les Nouveaux Maîtres du monde, pointant du doigt les crimes commis au nom du capitalisme. Quatorze ans plus tard, la compagnie La Controverse adapte librement ce texte majeur, avec une touche punk des plus réjouissantes. La note d’intention résume bien l’attirance des spectacles satiriques pour les marionnettes : « Ce serait un « guignol », un « guignol » comme le sens populaire l’entend : un spectacle de marionnettes (mais pas que), pauvre, un peu foutraque, un tantinet provocateur, surtout drôle. » Fait de bric et de broc, ce spectacle amateur de matériaux simples, de masques et de farces porte une critique extrêmement forte à l’égard des traders, banquiers et PDG du monde entier. Leurs marionnettes, singulièrement grises et sinistres, nous donnent autant envie de rire que de pleurer…
Marionnettes à gaine • © M. Antoniassi - MAM - musées Gadagne / Alexandra Shiva Meli
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Un rôle social et religieux
Des poupées anthropomorphes venues d’Amérique, d’Asie ou d’Afrique dorment dans les réserves des musées, attendant d’être patiemment étudiées. Marionnettes à fil, à gaine, articulée, en tissu, à doigts… On ne sait que peu de choses de ces objets difficiles à dater, dont on suppose qu’ils peuvent être aussi bien jouets qu’accessoires rituels (les chamans amérindiens utilisaient les marionnettes pour entrer en communication avec les esprits). Au musée des Arts de la marionnette, elles trouvent un écrin dynamique qui fait la part belle aux souvenirs d’enfance et aux évocations contemporaines… quitte à manquer légèrement de propos scientifique. Cette poupée articulée inuit, prêtée par le musée du quai Branly – Jacques Chirac, est présentée dans une « caverne des origines », où des objets de différentes époques et différents continents font dialoguer leur mystère.