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Galerie Kamel Mennour

Bertrand Lavier, la peinture est ailleurs

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Publié le , mis à jour le
Connu pour ses « objets peints », Bertrand Lavier est à l’honneur à la galerie Kamel Mennour. Oscillant entre ready-made, sculpture et peinture, ses œuvres questionnent avec humour l’histoire de l’art et ses stéréotypes. Une exposition réjouissante !
Vue de l’exposition “Bertrand Lavier” à la galerie kamel mennour
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Vue de l’exposition “Bertrand Lavier” à la galerie kamel mennour, Paris, 2019

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De gauche à droite : « Arex », 2019, peinture acrylique sur extincteur, 74,5 × 20 × 18 cm / « Bleu, jaune, vert », 2019, néons vert, rouge et bleu, vert : 21,5 × 43,5 cm, rouge : 26,5 × 46,5 cm, bleu : 16 × 34,5 cm / « Erard », 2019, peinture acrylique sur piano, 99,5 × 148 × 180 cm / « John Deere », 2019, peinture acrylique sur charrue, 31,5 × 44 × 39 cm

Courtesy Bertrand Lavier / Courtesy galerie kamel mennour, Paris, Londres / Photo Archives kamel mennour / © Bertrand Lavier

Au vu du piano qui accueille le spectateur dans son exposition à la galerie Kamel Mennour, à Paris, Bertrand Lavier semble avoir suivi à la lettre l’invite que son ami, l’artiste Raymond Hains, lui formula un jour avec tout l’esprit qu’on lui connaissait : « Tu as bien fait de continuer à peindre, parce que tu le fais moins mal qu’avant ». Bien entendu, Raymond Hains mesurait combien Bertrand Lavier envisageait déjà la peinture comme une corde supplémentaire à son art conceptuel chatoyant, riche et mâtiné de malice. Depuis 1969, le Français manipule en effet bien d’autres médiums : la sculpture, le ready-made, le néon et la photographie. « Je fais semblant d’être un vrai peintre », lançait-il en esquissant un sourire dans son atelier parisien, à quelques semaines du vernissage.

« J’ai ajouté un tour de vis pour introduire une nouvelle zone de trouble. »

Bertrand Lavier

Ce piano à queue de la maison Erard, peint par recouvrement avec des couleurs plus anachroniques encore qu’un Henri Matisse ou un André Derain de 1905 – ready-made qui n’en est plus un –, flotte dans un espace hybride où sculpture et peinture ne font qu’une, où l’objet et sa représentation s’embrassent d’un même regard. Comme souvent chez Bertrand Lavier, la peinture est appliquée en mimant avec une verve satirique la fameuse « touche Van Gogh » et le brush stroke pop de Roy Lichtenstein : trait large légèrement ondulé et redoublant l’épaisseur de la matière au début et à la fin du geste pour Vincent van Gogh – gestuelle iconique reproduisible à l’infini –, ou à l’instar d’une estampe, chez l’Américain.

Mais contrairement à ses œuvres précédentes, Bertrand Lavier utilise cette fois des couleurs en rupture radicale avec le réalisme, façon fauvisme, pour l’ensemble de ses ovnis conceptuels. « J’ai ajouté un tour de vis pour introduire une nouvelle zone de trouble, un aspect délirant », explique-t-il. Telle une créature surgissant d’un film de série B – un genre qu’il affectionne au cinéma, tout comme les films de Jacques Tati et Sacha Guitry –, l’instrument a donc muté : les blanches sont devenues rouge vif, le meuble bleu, alors que touches noires, pédales, pieds, lyre et signature du fabricant ont préféré l’option rose. « Ce basculement, cette radiographie par la couleur a commencé avec les « Stella » », précise l’artiste qui, au milieu de années 2000, avait réalisé de grands tableaux colorés aux lignes néons se jouant des shaped paintings minimalistes de l’Américain.

Vue de l’exposition “Bertrand Lavier” à la galerie kamel mennour
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Vue de l’exposition “Bertrand Lavier” à la galerie kamel mennour, Paris, 2019

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De gauche à droite : « Nobilis n°3 », 2019, peinture acrylique sur toile, 180 × 145 cm / « Vézelay », 2018, peinture acrylique sur panneau de signalisation routière, 140 × 240 cm

Courtesy Bertrand Lavier / Courtesy galerie kamel mennour, Paris, Londres / Photo Archives kamel mennour / © Bertrand Lavier

Dans cette exposition à haute colorimétrie, Bertrand Lavier poursuit ainsi un art de la transposition qui s’empare, avec un sens du trait d’esprit intact et une bonne humeur communicative, des questions liées à la représentation, aux genres et à la hiérarchie entre art et décoratif, sublime et trivial, ou encore interroge la notion d’auteur, les stéréotypes formels et les gestes iconiques de l’histoire de l’art. Ainsi, de cette peinture prenant pour source l’un des panneaux touristiques que les concessionnaires installent le long des autoroutes françaises – une vue du village de Vézelay – pour faire basculer la banalité d’un signe dans une peinture de paysage à tendance psychédélique. Ou encore de ces deux monochromes framboise se partageant la largeur d’un même tableau, dont les tonalités sensiblement différentes ne proviennent en rien du choix délibéré de l’artiste mais du catalogue de deux industriels de la peinture intérieure.

Bertrand Lavier, Bleu, jaune, vert
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Bertrand Lavier, Bleu, jaune, vert, 2019

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Néons vert, rouge et bleu • Vert : 21,5 × 43,5 cm / Rouge : 26,5 × 46,5 cm / Bleu : 16 × 34,5 cm • Courtesy Bertrand Lavier / Courtesy galerie kamel mennour, Paris, Londres / Photo Archives kamel mennour / © Bertrand Lavier

Volontiers complice des lois de l’absurde, jonglant avec le langage, l’art de Bertrand Lavier est toujours campé dans un entre-deux conceptuel et jouissif, à l’image de ce grand format au fond violet quadrillé de fines lignes roses – imitant toujours les gestes de Vincent van Gogh et Roy Lichtenstein –, qui, tout en les évoquant de manière évidente, n’est ni le plateau d’une table de ping-pong ni une abstraction géométrique. Comme en écho au concept de déterritorialisation créé par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe, la « méthode Bertand Lavier » déterritorialise à tout crin, quitte un territoire pour se remodeler ailleurs, dans un autre contexte. Lorsqu’il recouvre de peinture, en partie seulement, les motifs d’un tissu d’ameublement de l’éditeur Nobilis, cet ancien élève de l’École d’horticulture de Versailles met finalement au point un nouveau genre en peinture, combinaison de décoratif et d’abstraction lyrique. Orfèvre de la greffe et de l’anachronisme, figure majeure d’un art conceptuel où une ironie souveraine le dispute à l’éclat formel, Bertrand Lavier trouve une fois encore dans cette nouvelle exposition parisienne un équilibre rare entre l’œil et la pensée.

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Bertrand Lavier

Du 18 avril 2019 au 25 mai 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Vincent Van Gogh Roy Lichtenstein

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