En partenariat avec L'École des Arts Joailliers

Jean Vendome, Bague flamme, 1955
Or jaune, diamants • Collection privée • Photo Benjamin Chelly
Jean Vendome, Bague Boréal, vers 1960
La ligne « Boréal » pour Paul-Émile Victor
Vers 1953, Jean Vendome fait la connaissance de l’explorateur polaire Paul-Émile Victor qui vient faire réparer ses montres dans son atelier. S’il n’est pas encore allé jusqu’en Terre Adélie, aux confins de l’Antarctique, le scientifique a foulé plusieurs fois les sols immaculés du Groenland. C’est en racontant ses voyages du bout du monde au joaillier, qu’il revient voir à deux ou trois reprises, que naît la ligne « Boréal ». Cette fois, entre l’or blanc, les diamants et les aigues-marines, la sobriété et la pureté des lignes priment. Jean Vendome pense aux icebergs en train de fondre. C’est la lumière scintillante de la glace, ses courbes et ses métamorphoses, que l’artiste-artisan cherche à capter.
Or blanc poli, diamants • Collection Didier Guérin • Photo Benjamin Chelly
Jean Vendome, Maquette des boutons de manchette réalisés pour le Général de Gaulle, vers 1965
Des os de dinosaure pour De Gaulle
Comme le disait Baudelaire « le beau est toujours bizarre ». La formule sied particulièrement à Jean Vendome qui travaille des matériaux peu habituels en joaillerie comme le coquillage ou la carapace de crabe. Toujours à la recherche de nouveauté, il n’hésite pas, dans les années 1960, à répondre à une commande audacieuse d’Yvonne de Gaulle d’un bijou pour son époux. Ainsi, tel qu’on le voit dans l’exposition à L’École des Arts Joailliers, il réalise des boutons de manchette pour le Général vers 1965 comme on en avait alors jamais vus : un os de dinosaure fossilisé cerclé, comme une œuvre d’art en médaillon, d’or jaune ! Yvonne de Gaulle a fait un choix osé ! Une façon poétique pour l’artiste-inventeur du bijou moderne de relier le passé (ici plusieurs fois millénaire) et le présent. C’est aussi une façon d’explorer la beauté cachée, l’os étant ce que l’homme porte en lui de plus profond, une matière minérale nous rappelant que nous sommes aussi des êtres de la nature.
Or jaune, os de dinosaure • Collection privée • Photo Benjamin Chelly
Jean Vendome, Collier Aléna Caillois, 1972
Un collier pour Aléna Callois
« À défaut d’être mousquetaire, me voilà académicien, et je suis ravi d’avoir une pièce de musée », affirme l’écrivain Roger Caillois lors son entrée sous la Coupole le 20 janvier 1972. Après que Jean Vendome a réalisé sa remarquable épée d’académicien, ornée notamment d’un cristal de tourmaline bleu-vert et d’un quartz dendritique, une amitié durable s’établit entre le joaillier et Roger Caillois, amoureux de pierres. Roger Caillois passe des heures à regarder travailler son complice dont il admire la créativité et les amis se retrouvent souvent avec leurs épouses le soir pour dîner. Broches, pendentifs sertis d’opales, de quartz, d’améthystes, d’agates… La relation est si intense que tous les bijoux portés par Aléna Caillois sont signés Vendome. Parmi les plus beaux témoignages on trouve ce collier dont le volume met en valeur des tourmalines « melon d’eau » aux nuances allant du rose au vert.
Or jaune, tourmalines bicolores melon d'eau • Collection privée • Photo Benjamin Chelly
Jean Vendome, Epée de Lucien Israël, 1996
Une épée pour Lucien Israël
Parmi les neuf épées que Jean Vendome réalise pour les académiciens, celle commandée par Lucien Israël médecin cancérologue, convoque plusieurs symboles intimes. Sur le pommeau en argent, une topaze traverse un crabe en or, image de la médecine qui triomphe du cancer. Sur la poignée, Jean Vendome a stylisé une plume en or qui révèle un quartz rutile : c’est le symbole des écrits de Lucien Israël. Autre métaphore que l’on retrouve cette fois enserrée à la jonction de la poignée et de la lame : les trois quartz « habités », minéraux qui au cours de leur croissance « piègent » d’autres minéraux, visibles par transparence. Ils reflètent la passion de Lucien Israël pour le métier de cancérologue, une vocation qui l’« habite ». Enfin, un quartz rutile à six branches (image de l’étoile de David) est monté au-dessus de barbelés et du numéro tatoué sur le bras de la femme de Lucien Israël, Germaine Bach, rescapée des camps de concentration d’Auschwitz et figure de la Résistance.
Poignée en argent, motifs plume et crabe en or, topaze incolore, quartz rutilé en étoile, quartz à inclusion de tourmalines noires et quartz fantôme à inclusion de fuchsite • Propriété de la famille / Photo Benjamin Chelly
Jean Vendome. Artiste Joaillier
Du 8 octobre 2020 au 28 août 2021
L'École des Arts Joailliers • 31 Rue Danielle Casanova • 75002 Paris
www.lecolevancleefarpels.com
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Une « pépite » pour Cocteau
Nous sommes à Paris vers 1950 et Jean Vendome vient de s’installer comme joaillier et horloger dans une nouvelle boutique au 81 boulevard Voltaire (Paris 11e), après avoir quitté le 2 rue Feutrier. Le jeune homme de 20 ans fuit la monotonie : reproduire des centaines de fois le même modèle n’est pas pour lui. Il pense à l’automobile, à la construction nautique et aux possibilités qu’offrent des nouveaux matériaux comme le plastique… Mais un jour, Jean Cocteau franchit le seuil de son atelier-boutique avec, dans le fond de sa poche, une pépite d’or. Au joaillier, le poète demande de réaliser un bijou. Pour Vendome, c’est une révélation : ce seront deux boutons de manchettes pour Cocteau ! Repoussant les limites du savoir-faire, le joaillier brase des fils d’or dans une poudre de borax, puis sculpte la matière précieuse en fusion, la martèle et polit le tout au niveau des parties saillantes. Cocteau est sous le charme. Cette rencontre inspire à Vendome la ligne « Pépite », son premier coup d’éclat lancé en 1952 : « C’est l’or qui m’intéressait, dit-il. Je voulais absolument travailler cette chose mythique, mais pas à partir de limaille ou de fil d’or, comme c’est habituellement le cas en joaillerie. J’avais envie de manipuler de gros morceaux de métal jaune, de rouler ces alluvions entre mes doigts, de faire jouer la lumière sur ces reliefs en miniature pour en illuminer chaque versant. »