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Centre d'art de l'Onde

Comme une aire de jeux d’enfants

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Actuellement le centre d’art L’Onde à Vélizy-Villacoublay et la Maréchalerie de Versailles sont investis de toboggans, de tunnels et de sourires joyeux. Une exposition ludique croisant architecture moderne, art contemporain et design. Et pas si innocente !
Kohei Sasahara, Sunny
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Kohei Sasahara, Sunny, 2016

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Photo Aurélien Mole

Le titre de l’exposition ? « Kodomo No Kuni » soit, en japonais, le pays des enfants. C’est le nom d’un fameux parc pour enfants, situé à Yokohama. Son inauguration en 1965 a marqué la fin de la reconstruction de la ville, totalement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale. Le lieu est devenu emblématique car le célèbre designer et artiste, Isamu Noguchi y construisit sa première aire de jeux, tandis que le groupe d’architectes métabolistes d’avant-garde, (Kiyonori Kikutake, Kiyoishi Kurokawa, notamment) y réalisèrent leurs premiers bâtiments. En étendant sa recherche à d’autres villes japonaises, le commissaire de l’exposition Vincent Romagny décrypte les raisons de la profusion des aires de jeux au Japon.

Premier constat : ces espaces récréatifs sont étroitement liés à l’histoire des catastrophes (Seconde Guerre mondiale, tremblements de terre). En 1923, le tremblement de terre de Kanto conduit le pays à la mise en place d’une nouvelle règle d’urbanisme : toute maison construite doit être située à moins de 500 mètres d’un terrain dégagé où la population pourra se rassembler en cas de catastrophe. Ces terrains sont dès lors peu à peu investis par des aires de jeux pour enfants. « Certes, elles sont faites pour que les enfants y jouent, abonde Vincent Romagny. Mais pas dans le seul but de leur fournir un espace de détente, elles ont une fonction thérapeutique : réparer les vivants ».

Vue de l’exposition « Kodomo No Kuni – Enfance et aires de jeux au Japon »
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Vue de l’exposition « Kodomo No Kuni – Enfance et aires de jeux au Japon », 2018

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Photo Aurélien Mole

D’où le choix d’une « exposition chorale ». Les œuvres présentées dans les deux espaces à Versailles et à Vélizy-Villacoublay apportent chacune leur propre trame narrative tout en étant reliées entre elles soit par un lieu, un événement, un personnage, ou simplement par la thématique. Le parcours convoque l’histoire de l’aire de jeux au Japon, aussi bien en tant qu’espace ludique et pédagogique, qu’en tant que source d’inspiration pour des artistes.

Au centre d’art de l’Onde, le parcours de l’exposition « Kodomo No Kuni » débute par une reconstruction d’une œuvre monumentale conçue en 1976 par Mitsuru Senda, figure emblématique associée aux aires de jeux au Japon. Panel Tunnel propose un assemblage de panneaux aux couleurs primaires formant un tunnel. Les découpes centrales, toutes différentes, conduisent à une traversée non linéaire et ludique de l’espace. Proche des métabolistes japonais, éloignés du mouvement moderne et de ses conceptions rationalistes, Mitsuru Senda s’attache à renouveler les formes des aires de jeu dans une dimension plus organique et plus communautaire.

Mitsuru Senda, Panel Tunnel
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Mitsuru Senda, Panel Tunnel, (1976) 2018

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Coll. Frac Grand Large, Dunkerque / Photo Aurélien Mole

Tout autre vision plus loin à travers l’objectif photographique de Kito Fujio qui traque les aires de jeux pour enfants à travers le Japon. Ses clichés, pris de nuit, cadrent sur des éléments de jeux des années 1960–1970, mis en scène par la lumière. En vrac : un téléphone géant praticable, un robot toboggan, ou encore des formes abstraites… Une chronique visuelle qui transforme les objets industriels en monuments insolites et sculpturaux.

L’enfance c’est aussi se construire des cabanes ! Ce que semble réaliser l’artiste Kohei Sasahara avec son installation composée de parapluies oubliés, récupérés dans des lieux publics, des cafés ou des restaurants autour du parc de Kodomo No Kuni à Yokohama et sur le site de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970. Si cet agrégat d’éléments colorés nous fait spontanément penser aux jeux de construction des enfants, elle fait également référence aux constructions en cellules des architectes métabolistes qui se sont illustrés lors de l’exposition d’Osaka.

Yusuké Yamamoto Offhause, Sculptures en céramique
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Yusuké Yamamoto Offhause, Sculptures en céramique, 2018

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© Yusuké Yamamoto Offhause

Les aires de jeux creusent la mémoire. Ce que l’on voit bien à la Maréchalerie. L’artiste Yusuké Yamamoto Offhause y expose une vingtaine de sculptures en céramique représentant des éléments d’aires de jeux. Ils ont été réalisés uniquement à partir de ses souvenirs. Ce travail de reconstitution trouble d’évidence l’authenticité du modèle d’origine. Ce que montrent alors ces objets imprécis, c’est la naïveté, l’innocence, et la fragilité du souvenir d’enfance. Dernier détail encore pas si innocent : si l’étagère où sont présentées les sculptures de Yusuké Yamamoto Offhause évoque la traditionnelle cage à écureuil des aires de jeux, c’est aussi une grille moderniste…

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Kodomo No Kuni - Enfance et aires de jeux au Japon

Du 7 avril 2018 au 30 juin 2018

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Kodomo No Kuni - Mémoire et enfance au Japon

Du 16 mai 2018 au 8 juillet 2018

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À propos

Ces deux expositions sont le fruit d’un travail de recherche initié depuis une dizaine d’années par son commissaire, Vincent Romagny, sur les relations des artistes de la modernité avec des aires de jeux comme lieu d’expérimentation en Europe et aux États-Unis. Il s’agit ici d’une exposition « chorale », un mot emprunté au cinéma et qui désigne une fiction composée de plusieurs histoires et de nombreux protagonistes. Si la narration y est éclatée, des liens de différents ordres unissent les parties. Le cycle d’expositions « Kodomo No Kuni » est ainsi jalonné d’interrogations multiples d’ordre sociologique, politique et artistique : À quoi correspond cette tradition des aires de jeux au Japon ? De quelle manière est-elle reliée à l’histoire de l’architecture moderne ? En quoi, le sujet de l’enfance peut-il incarner le renouveau d’une société ? Comment les artistes s’emparent-ils de ces espaces récréatifs pour interroger notre rapport à l’enfance ou au souvenir ?

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