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Florian et Michaël Quistrebert, Tunnel, 2019
Installation video HD • Vue de l’exposition « Florian et Michael Quistrebert. Zigzag » au CCC OD, 2019 • © F. Fernandez - CCC OD, Tours. Courtesy Florian et Michael Quistrebert et Galerie Crèvecoeur, Paris.
Il semble que l’art et la lumière soient, depuis toujours, intrinsèquement liés. C’est en tout cas ce que raconte Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle, parue au Ier siècle de notre ère : l’écrivain fait remonter l’origine de l’art figuratif à l’initiative d’une femme amoureuse qui dessina sur un mur l’ombre de son amant avant qu’il ne s’en aille. Certes, chez les frères Quistrebert, la figuration a disparu depuis longtemps ; mais une fascination certaine pour la lumière et pour les volumes modelés par les ombres est restée, et constamment réinterrogée. Le résultat a quelque chose d’instinctif, qui explore le pourquoi et le comment de l’art pictural – et nous évoque ce mythe primitif.
Florian et Michaël Quistrebert
© Florian et Michael Quistrebert
Pour eux, tout commence à l’École des Beaux-Arts de Nantes, où Michaël (né en 1976) et Florian (né en 1982) étudient tour à tour, puis commencent à travailler ensemble et à exposer en 2007. « Une pratique très figurative, avec comme matériau de recherches l’Hudson River School », se rappelle Michaël, assis dans la pénombre de leur exposition. « Un mouvement pictural du XIXe siècle américain que l’on pervertissait. » Cette démarche les mène en résidence artistique à New York. Là, un choc : « La peinture à l’huile avait un côté trop lent, trop littéraire, face à la rapidité de la ville ». Une idée leur vient au fil des rues fiévreuses : « L’art doit parler de lui-même, sans discours ».
À la poubelle, les « outils académiques », continue Michaël : finies, l’aquarelle et l’huile. Le spray, sa rapidité, son exigence, les remplacera au pied levé. Florian poursuit : « Après avoir évacué le côté figuratif et narratif de la peinture, il fallait mettre en danger les moyens, pour nous concentrer sur des formes plus synthétiques, plus abstraites ». Ils passent ainsi leur année new-yorkaise à expérimenter, à tester de nouveaux matériaux – sans toutefois produire d’œuvres significatives – : « Un an de résidence, ce n’est pas assez, et puis la ville est trop… Mais on a mis ça en pratique après. »
Florian et Michaël Quistrebert, De gauche à droite : Rake Painting 5 (2016), Churchscape 1 et Rake (mini) (2019)
Modeling paste sur toile de jute sur panneau de bois • © Florian et Michael Quistrebert
« On travaille avec le nombre d’or, qui satisfait un équilibre. »
Ils commencent ensuite à peindre des églises, avec une peinture noire aussi épaisse que du goudron, « de manière à ce que la forme devienne un prétexte à mettre en conflit la matière ». Autrement dit, les deux frères provoquent des rencontres, des décalages et des contradictions, peignant à grand coup de truelles des architectures sensément fines et ornées de détails. Le spectateur se trouve alors face à un paradoxe, qui se comprend immédiatement. Pour leur exposition au Palais de Tokyo en 2016, ils placent leurs œuvres dos à dos, sur des mâts qui tournent sur eux-mêmes – certaines pèsent alors plus de 200 kilos et nécessitent un travail de titan, à quatre mains. Ils utilisent de la peinture de carrosserie, l’étalent avec de grandes spatules. « Dans cette exposition, c’est un peu comme si on avait grossi et fait des caricatures », continue Michaël. Ainsi, ces tas de matière iridescente mesurant deux à trois mètres de hauteur ne reculent devant aucune possibilité d’exagération de la peinture, rejouant tous ses principes fondateurs (la lumière, le mouvement…).
Florian et Michaël Quistrebert, Tunnel
Installation video HD • Vue de l’exposition « Florian et Michael Quistrebert. Zigzag » au CCC OD, 2019 • © F. Fernandez – CCC OD, Tours. Courtesy Florian et Michael Quistrebert et Galerie Crèvecoeur, Paris.
Les Quistrebert souhaitent ainsi mettre en évidence et séparer les éléments : au CCC OD, leurs peintures sont striées de lignes géométriques quasi sculpturales, et parfois agrémentées d’ampoules LED jaunes, bleues, rouges et vertes – la matière est alors bien distincte de la lumière. Face à elles, une large fresque vidéo projetée sur des écrans en « Zigzag » (titre de l’exposition), où des carrés colorés s’enfoncent indéfiniment, créant des tunnels kaléidoscopiques et hallucinogènes. « On travaille avec le nombre d’or, qui satisfait un équilibre. Mais si on met tout cela en mouvement, l’équilibre est poussé à son paroxysme, et crée un déséquilibre qui ressemble à celui créé par la drogue. L’équilibre devient alors écœurant. » Impliqué totalement, le spectateur ressent comme un vertige méditatif, né au creux de la matière épaisse et de la lumière crue.
Florian et Michael Quistrebert. Zigzag
Du 25 mai 2019 au 11 novembre 2019
Centre de création contemporaine Olivier Debré • Jardin François 1er • 37000 Tours
www.cccod.fr
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