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La Verrière – Bruxelles

Entre mode et muralisme, les fresques réjouissantes de Lucy McKenzie

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À Bruxelles, la fondation Hermès a invité l’artiste écossaise Lucy McKenzie à s’emparer de La Verrière. La créatrice sans frontière, plasticienne et fondatrice d’un atelier de mode et de design, a créé une impressionnante fresque qui raconte un peu du XXe siècle tout en interrogeant la construction des goûts, le rapport au corps et au féminin. À voir !
Détail, vue de l’exposition de Lucy McKenzie “Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk” à la Verrière
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Détail, vue de l’exposition de Lucy McKenzie “Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk” à la Verrière

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© Isabelle Arthuis / Fondation d'entreprise Hermès

Jamais, se dit-on dès notre arrivée, La Verrière n’aura été mieux investie. Cet espace d’exposition, situé tout au fond d’une boutique Hermès, demande à ses visiteurs de longer les foulards en soie et les très chics sacs en cuir pour (enfin) arriver dans sa vaste salle couverte d’une verrière patrimoniale – étonnamment partagée entre l’allure d’une architecture ancienne et celle d’un white cube on ne peut plus contemporain. C’est là que le commissaire d’exposition Guillaume Désanges (cerveau génial passionné par l’idée d’une curation écologique, tout récemment nommé à la direction du Palais de Tokyo) a invité Lucy McKenzie (née en 1977), Écossaise vivant à Bruxelles depuis une quinzaine d’années, et dont l’intérêt protéiforme pour la mode et le trompe-l’œil se glisse avec évidence entre ces murs – on croirait sa fresque aussi ancienne que la verrière !

Vue de l’exposition de Lucy McKenzie « Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk » à la Verrière
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Vue de l’exposition de Lucy McKenzie « Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk » à la Verrière

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

L’artiste puise en effet depuis longtemps son inspiration dans la peinture de propagande et le muralisme. Elle a imaginé ici une œuvre monumentale, figurative et narrative, couvrant trois murs entiers. Réalisée dans son atelier, sur toile, celle-ci est divisée en plusieurs pans, comme des chapitres – seuls une tenue dans une petite vitrine et un paravent complètent la fresque, en clins d’œil à la pratique de son atelier de design (Atelier E.B). Face à nous, donc, un couple immense scinde la fresque en deux. À gauche, se découvrent des scènes foisonnantes issues de l’industrie de la mode, témoignant des conditions de création au sein de l’ex-URSS. D’autres scènes illustrent l’impact du modernisme sur les particularismes régionaux et sur les femmes.

Détail, vue de l’exposition de Lucy McKenzie « Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk » à la Verrière
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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

On y voit, par exemple, l’architecte Le Corbusier et la créatrice Coco Chanel couper les tresses d’une Ukrainienne vêtue d’un costume traditionnel, en « icônes d’une modernité rationnelle dépouillée de ses oripeaux », dit l’artiste. Quant à l’homme monumental qui domine la partie gauche, ce n’est autre qu’Adolf Loos, architecte et auteur en 1908 de la célèbre formule : « L’ornement est un crime. » Loos toise sévèrement le visiteur tout en caressant une petite poupée qui figure sa deuxième épouse, Elsie, image de son attirance pour les très jeunes femmes. La peintre interroge : en quoi ce goût a-t-il pu influencer sa vision de la « différence entre le masculin et le féminin, ou entre l’homme dégénéré et l’homme sophistiqué » ?

De fait, Lucy McKenzie questionne beaucoup, sans donner de réponse, étant constamment partagée entre l’hommage et la remise en question. Elle met par exemple en scène Georg Simmel devant une classe d’élèves : théoricien reconnu et abondamment convoqué lorsqu’il s’agit de parler de mode, l’homme est ici présent pour faire contraste avec les petites mains des femmes, qui quant à elles ont « travaillé concrètement dans la mode ». Même idée du côté de la réunion de cadres soviétiques assis, examinant la tenue rose et courte d’une mannequin, alors que le décor de l’usine voisine montre des ouvrières réunies debout autour d’un plan de travail jonché de morceaux de tissu gris. Une autre pièce piaille gentiment : des femmes y bavardent, tricotent ou lisent tranquillement un magazine, illustration d’un espace intime à l’écart des considérations autoritaires et du travail à la chaîne.

Détail, vue de l’exposition de Lucy McKenzie “Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk” à la Verrière
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© Isabelle Arthuis / Fondation d'entreprise Hermès

Lucy McKenzie explore et bouscule la théorisation de la mode, la construction des goûts, le rapport au corps et au féminin.

Une autre assemblée attire le regard, cette fois-ci de l’autre côté du couple : sous le regard doux de l’immense Madeleine Vionnet, couturière « révolutionnaire, radicale et sophistiquée » contrastant avec Adolf Loos, différentes stylistes discutent avec animation. Jeanne Lanvin, Henriette Negrin ou encore l’associée de Lucy McKenzie, Beca Lipscombe, partagent « entre pairs », à mille lieues de la mise en scène professorale de Georg Simmel. Elles sont proches – physiquement et métaphoriquement – du mur de droite, où l’artiste a laissé libre cours à sa subjectivité et à ses désirs, représentant un journaliste dont elle aime à écouter le podcast en travaillant, des cartes du monde, deux peintres assis sur un échafaudage (une mise en abyme de l’exposition, souligne-t-elle, autant qu’une référence à l’artiste muraliste Diego Rivera)… et surtout son chat, énorme matou se baladant avec nonchalance dans ce mur comme dans son atelier, résurgence amusante d’un moment de travail perturbé.

Détail, vue de l’exposition de Lucy McKenzie « Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk » à la Verrière
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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Difficile, on l’aura compris, de résumer l’abondance de détails de cette fresque, qui répond à ce lieu à la fois patrimonial et contemporain en abordant la mode sous différentes coutures, historiques, intimes, féministes, décoloniales aussi. De la fabrication à la chaîne aux figures qui inspirent, stimulent ou questionnent l’Écossaise, de la pensée moderniste et normalisante aux lignes inventives des couturières, de la cuisine où des femmes s’affairent à la forêt où des sportives s’entraînent… Lucy McKenzie explore et bouscule la théorisation de la mode, la construction des goûts, le rapport au corps et au féminin. Une exploration séduisante, parfois maladroite techniquement mais qui multiplie avec réussite les pistes de réflexion sur les récits bien établis de la modernité.

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Buildings in Belgium, Buildings in Oil, Buildings in Silk

Du 21 janvier 2022 au 26 mars 2022

www.fondationdentreprisehermes.org

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