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Hito Steyerl, Hell Yeah We Fuck Die, 2016
Installation audiovisuelle • Courtesy : Hito Steyerl, Andrew Kreps Gallery, New York, Esther Schipper Gallery © Photo : Henning Rogge
Alors qu’une partie du monde se réveille d’un long sommeil confiné, que nos interactions sociales ont été parfois réduites à leur dimension la plus immatérielle, le Centre Pompidou réussit le tour de force de rendre tangible la matière de l’image. À l’honneur, vingt œuvres majeures de Hito Steyerl, rassemblées sous la forme d’une « rétrospective à rebours ». De ses toutes dernières productions jusqu’à ses premières pièces des années 1990 – parmi lesquelles l’essai filmique Lovely Andrea (2007), qui a révélé l’artiste lors de la Documenta 12 de Cassel –, « I Will Survive » questionne les angles morts des évolutions brutales de la société.
Hito Steyerl, Lovely Andrea (détail), 2007
Vidéo numérique, 4/3, couleur, son • 19 min 43s
À la fois artiste, critique et théoricienne, Hito Steyerl n’en est pas à son coup d’essai. Première femme désignée personnalité la plus influente de l’art contemporain par le magazine britannique ArtReview (en 2017), elle construit depuis plus de trente ans une œuvre radicale où se mêlent avec brio la satire et le politique. Avec pour mot d’ordre l’art comme activité critique. Hito Steyerl pose la question : à l’heure où les frontières entre le réel et le virtuel n’ont jamais été si floues, quels fils tirer de la dépendance mutuelle qui se dessine entre humains et technologies ?
Hito Steyerl, Hell Yeah We Fuck Die, 2016
Installation audiovisuelle • Courtesy : Hito Steyerl, Andrew Kreps Gallery, New York, Esther Schipper Gallery © Photo : Henning Rogge
Ouvrez grand les yeux : dans « I Will Survive », tout, ou presque, est recyclé. Le parcours reprend la scénographie de la rétrospective « Christo et Jeanne-Claude, Paris ! » accueillie quelques mois plus tôt dans le même espace du musée. Belle prise de position contre la logique productiviste des grandes machines de l’art. L’exposition le démontre : les lignes bougent, les pensées mutent vers de nouveaux modèles muséaux et économiques plus vertueux.
Le seuil à peine franchi, cinq mots sautent aux yeux : « Hell Yeah We Fuck Die. » Titre d’une installation-vidéo monumentale dans laquelle robots et humains s’affrontent sans relâche, ces mots ont été recensés par un algorithme comme étant les plus utilisés dans les musiques pop de 2010 à 2020. Reprenant les formes d’un module de parkour – sport lié à l’entraînement militaire – l’œuvre aborde avec cynisme les horizons menaçants des intelligences artificielles. Et ouvre le bal aux dispositifs cinglants qui rythment l’exposition.
Hito Steyerl, SocialSim, 2020
Simulation par ordinateur en temps réel, durée illimitée • Courtesy : Hito Steyerl, Andrew Kreps Gallery, New York, Esther Schipper Gallery © Photo : Achim Kukulies, Düsseldorf
De loin la plus impressionnante, l’installation Social Sim (2020), produite pour l’occasion, prédit l’asservissement futur des humains face aux logiciels numériques. Des policiers humanoïdes simulés en temps réel sont pris dans un flashmob bruyant et chaotique. « Je souhaitais questionner avec mon équipe quels types de règles sous-tendent la façon dont les sociétés se meuvent et se comportent », explique l’artiste. Hito Steyerl livre ici une enquête sur la résurgence de phénomènes de transe collective dans nos sociétés, les mêmes qui avaient caractérisé les curieuses épidémies dansantes du Moyen Âge. Évoquant à la fois les manifestations conspirationnistes en Allemagne et les violences policières accélérées par la crise sanitaire du Covid-19, cette « chorégraphie sociale » a l’art et la manière d’aborder avec légèreté les sujets les plus sérieux.
Hito Steyerl, In Free Fall (détail), 2010
Installation audiovisuelle, Environnement architectural et projection vidéo numérique • 34 min
L’artiste excelle en la matière. Ici, des carcasses d’avions sont disséquées pour montrer le cycle des objets au sein du capitalisme globalisé (In Free Fall, 2010). Là, son amie de jeunesse Andrea Wolf, morte au front en 1998 après avoir rejoint les forces kurdes, érigée en symbole féministe, est grimée en pin-up révolutionnaire (November, 2004).
Télescopage entre le réel et l’imaginaire, l’exposition navigue avec énergie entre les formes et les sujets, de la chute des utopies concrètes aux inégalités structurelles du musée. Elle soulève sans détour des questions que rarement les institutions n’ont pu accueillir avec autant de franchise. Alors, « I Will Survive » : simple fabulation ou prophétie auto réalisatrice ?
Hito Steyerl. I will survive
Du 19 mai 2021 au 5 juillet 2021
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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