Léo Fontan, Page titrée “La plus jolie mode… Puisque les femmes de cœur de tous les pays l’ont adoptée”, France, 1915
© Musée de la Grande Guerre, Meaux
Durant le confinement, ce sont elles – parmi les soignants – que vous applaudissiez à vos fenêtres, chaque soir, à 20 heures. Presqu’invisibles jusque-là, les infirmières furent en première ligne. Contre un virus ou dans les tranchées, d’un siècle à l’autre, même combat ! Le musée de la Grande Guerre à Meaux, implanté sur le territoire symbolique de la première bataille de la Marne, rend un hommage vibrant à ces « héroïnes silencieuses » (sous-titre de l’exposition).
Le parcours, convoquant costumes, œuvres d’art, documents et objets, témoigne de leur engagement durant la guerre de 14–18. Bénévoles ou salariées, civiles ou militaires, qualifiées ou peu, elles sont les « anges blancs » (terme consacré de l’époque) qui ont œuvré au chevet des victimes. D’émouvants focus, notamment sur Edith Cavell, Élisabeth de Belgique ou Sidonie Pocquet, sont aussi présentés.
Anonyme, Groupe d’infirmières préparant des pansements
Photographie • © Musée de la Grande Guerre, Meaux
Saviez-vous que le diplôme d’État d’infirmière a à peine cent ans ? La Première Guerre mondiale constitue un tournant majeur pour la profession qui, à l’aube du conflit, est encore mal définie et peu structurée. Certaines sont des religieuses, membres de congrégations telles que les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, tandis que d’autres sont issues de la couche ouvrière, de la paysannerie puis, des classes aisées. « Rarement professionnelles, elles se forment sur le tas », souligne Johanne Berlemont, commissaire de l’exposition au musée de la Grande Guerre.
Carte postale (Revanche 110), Je ne puis vous la refuser, mais n’allez pas en abuser !, France, vers 1914–1915
Bromurine • © Musée de la Grande Guerre, Meaux
La guerre est une boucherie. Les blessés affluent en masse. Dans la hâte, on aménage des hôpitaux auxiliaires dans des écoles, des édifices publics, châteaux, hôtels… D’août 1914 jusqu’au milieu de 1915, les bénévoles font preuve d’un grand courage, notamment celles des trois sociétés de la Croix-Rouge, créées de 1864 à 1881. Vaille que vaille, la Croix-Rouge délivre une formation sommaire à ces milliers de bénévoles (68 000 infirmières) qui feront face à des blessures inédites. Héroïnes, presque saintes, comme le véhicule toute une imagerie révélée à l’exposition, charriant l’image stéréotypée de femmes douces, courageuses et même dociles.
Quand les infirmières « très gentilles » ne sont pas carrément coquines ! Un cliché qui remonte en effet à cette période, où les hommes sont séparés de la gent féminine. « On montre, confirme Johanne Berlemont, la double blessure du combattant, celle du corps et celle du cœur. » Disponible, cajoleuse, souvent dépeinte en ingénue et en « humble servante » (encore un mot de l’époque), l’infirmière se fait aimer des blessés – sans qu’on lui demande son avis ! Sur les cartes postales, qui circulent en masse en 14–18, dans les journaux, les photos, les caricatures, elle est la « petite fiancée ». Sans trivialité aucune, c’est aussi vrai aujourd’hui : infirmières on vous aime !
Infirmières - Héroïnes silencieuses de la Grande Guerre
Du 8 avril 2023 au 31 décembre 2023
Musée de la Grande Guerre • Rue Lazare Ponticelli • 77100 Meaux
www.museedelagrandeguerre.eu
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