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Jean-Marie Mosengo Odia, dit Moke Fils, Combi, 2018
Installation • © Pierre Schwartz
« Je suis allé à Kinshasa, j’ai trop souffert », chantait Maître Gazonga dans la bande originale du film Black Mic-Mac, sorti en 1986. « Je suis allé au Miam de Sète, j’ai trop kiffé », serait-on tenté d’ajouter, quelque vingt ans plus tard, en visitant l’exposition « Kinshasa Chroniques » au musée international des Arts modestes. Et aussi un peu souffert, sans doute, tant les artistes contemporains kinois dressent un constat accablant de la mégalopole congolaise : chômage, pollution, militarisation, urbanisation sauvage… Ainsi de la performance de Julie Djikey, intitulée Ozonisation – Troisième ruelle (2013), dans laquelle l’artiste, couverte d’huile de moteur et de cendres de pneus brûlés, se balade au volant d’une minuscule voiture jouet bricolée à l’aide d’un bidon et de quelques roulements à billes. Ou bien de ce costume en coques de cacahuètes intitulé Sapekologie téléportation de Yannos Majestikos, qui revisite avec ironie la « Société des ambianceurs et personnes élégantes », véritable mythe culturel kinois.
Vue de l’exposition « Kinshasa Chroniques », 2018
© Pierre Schwartz
« On est loin des actualités misérabilistes qui passent en boucle à la télévision et qui donnent une idée fausse du continent. »
Hervé Di Rosa
« À Kinshasa, on travaille dans des conditions difficiles, précise l’artiste membre du collectif Sakana na art, mais il ne faut pas se laisser décourager par des problèmes politiques ou économiques. On doit faire ressortir ce qu’on a au fond de ses tripes malgré les difficultés. » Reste que l’exposition imaginée par les commissaires Claude Allemand, Sebastien Godret, Dominique Malaquais et Fiona Meadows de la Cité de l’architecture et du patrimoine, où l’exposition sera présentée au printemps 2020, est tout sauf triste. Et c’est bien ce qui fait sa force. Selon Hervé Di Rosa, cofondateur du musée international des Arts modestes, « on est loin des actualités misérabilistes qui passent en boucle à la télévision et qui donnent une idée fausse du continent. Le propos de l’exposition diffère également d’une certaine forme d’esthétisation ethnocentrée dont l’art contemporain africain est parfois la proie ».
Gosette Lubondo, Imaginary Trip #14, 2016
Photographie • 60 x 90 cm • © Gosette Lubondo
Une photographie urbaine pleine de bruit et de grain accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition à travers un rideau de plastique industriel qu’il convient de traverser. Le parcours fonctionne comme un ersatz d’africanité plutôt bien senti. Il est découpé en neuf quartiers : performance, sport, paraître, musique, capital, esprit, débrouille, futur, mémoire. Troisième ville d’Afrique, Kinshasa connaît depuis 1980 une démographie galopante. La plupart des 70 artistes présents dans l’exposition ont moins de 40 ans, à l’image de la population de la ville. En ressort une fraîcheur inédite et bienvenue dans le paysage des accrochages actuels.
Eric Androa Mindre Kolo, Absence, 2018
Installation, cercueil, fleurs artificielles, 30 tirages numériques • 320 × 350 cm • © Pierre Schwartz
Fidèle aux préceptes du Miam, la pop culture kinoise est également présente dans l’exposition, tels les robots de métal récupéré de Bienvenu Nanga, le corpus de sept bandes dessinées produites par des auteurs locaux, les affiches chinoises de Sammy Baloji ou les peintures de Géraldine Tobe. On reconnaît bien là l’influence des anciens : Moke, Bodys Isek Kingelez ou Papa M’Fumuetto. Dans la section « La ville esprit », une installation d’Eric Androa Mindre Kolo, composée de photographies intimes, de lits de roses et d’une pierre tombale, retient l’attention. « Mon père est mort quand j’avais quatre ans, précise l’artiste, mais il m’a laissé un testament invisible. Et c’est moi qui réécrit ce testament à travers ma production, en fonction de ce que je peux faire de cette absence. » Une idée qui fait du bien dans un pays toujours marqué par la guerre et invariablement résilient.
Kinshasa Chroniques
Du 24 octobre 2018 au 18 mars 2019
MIAM • 23 Quai Maréchal de Lattre de Tassigny • 34200 Sète
miam.org
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