Article proposé par Exponaute

François Boucher, Femme nue allongée, vers 1740 © The Horvitz Collection
« Fantastique » est le premier mot qui nous est venu à l’esprit au sortir de cette nouvelle exposition organisée par le Petit Palais. Une exposition d’une grande richesse, admirablement présentée par une scénographie intelligente et qui marque pour longtemps notre mémoire par la qualité du choix des œuvres et la grande beauté de ces dernières.
Jeffrey Horvitz, collectionneur américain avisé et grand francophile, a laissé depuis trente ans libre cours à sa passion pour l’art français, collectionnant au fil des ventes et des rencontres un ensemble exceptionnel d’œuvres allant du XVIIIe au XIXe siècle : peintures, sculptures, mais surtout dessin, un art vers lequel va sa préférence. Dans le cadre de sa saison consacrée au XVIIIe siècle, le Petit Palais de Paris a souhaité nouer un partenariat avec cet amateur d’art.
Puisant alors dans sa collection personnelle, Horvitz en tira deux cents pièces, principalement des dessins mais également une poignée de toiles et de sculptures, proposant aux visiteurs du musée parisien un regard unique sur le dessin français allant de la période de la Régence jusqu’à la Révolution. On y croise Boucher, Hubert Robert, Fragonard, Watteau, mais aussi quelques feuilles exquises signées du grand Jacques-Louis David.

Marie-Gabrielle Capter, Autoportrait, vers 1790 © The Horvitz Collection
Face à un tel foisonnement d’œuvres, le Petit Palais a fait le choix d’un parcours aussi bien thématique que chronologique. L’exposition se trouve ainsi divisée en seize étapes distinctes, toutes projetant une lumière instructive sur un style particulier, un registre, une époque précise ou encore un artiste présent dans le cheminement muséal. L’on passe ainsi indifféremment d’une rotonde consacrée à Fragonard à une étape dédiée aux sculpteurs dessinateurs, en passant par des parties focalisées sur les académies ou le paysage.
Il y en a absolument pour tous les goûts : le parcours se soldera pour le visiteur non seulement par de belles découvertes concernant des artistes peu connus qui valent sans conteste le détour, mais aussi avec des étoiles plein les prunelles, tant les feuilles présentés par le Petit Palais sont d’une beauté absolument fascinante.
On le sait, Jeffrey Horvitz est un collectionneur avisé et surtout très exigeant. Les pièces qui entrent dans sa collection brillent toutes par leur bon état de conservation, par leur format mais surtout par leur exécution, systématiquement brillante. Aucune faute de goût, aucun choix laissé au hasard.

Jean-François-Pierre Peyron, Académie d’homme, 1780 © The Horvitz Collection
L’entrée en matière se fait tambour battant dans l’exposition, avec une feuille de taille modeste représentant… des tulipes ! Une œuvre signée Alexandre-François Vergé, datée de 1680 et représentant huit belles tulipes, exécutée à la gouache et à l’huile sur du papier vergé.
L’espace alloué par la feuille est parfaitement rempli, économie oblige, mais ces rapides esquisses nous plongent d’emblée dans ce que sera la collection Horvitz : un recueil de réalisations brillantes, une illustration de la maestria ahurissante des grands artistes du passé, que l’on souhaiterait parfois voir revenir de temps à autres. On croirait toucher la douceur des pétales, on peut presque sentir le parfum exhalé par les fleurs, tandis que les touches de blancheur savamment distillées éclatent à notre regard.
Quelques pas plus loin, l’on passe d’un sujet bucolique à une inspiration issue de l’Ancien Testament. Charles de la Fosse nous offre une vision de Moïse sauvé des eaux, réalisée à la pierre noire et encre brune rehaussées de gouache. La scène, plongée dans une obscurité inquiétante, brille pourtant magistralement grâce aux touches de blancheur qui soulignent le bras rond des femmes, les reflets du soleil sur l’onde, la longueur soyeuse d’une chevelure.

Jean-Honoré Fragonard, Jardin d’une villa italienne avec un jardinier et deux enfants, vers 1780 © The Horvitz Collection
Quelques pas encore et c’est un artiste que, personnellement, nous ne connaissions pas : Charles-Norbert Roëttiers, qui nous bouleverse. Le dessin, aux dimensions exceptionnelles, offre une galerie de visages variés : la jeune femme innocente, l’enfant curieux, le vieillard buriné par les années, la femme âgée à la moue boudeuse, l’homme dans la force de l’âge. La lampe allumée en plein jour nous apprend que nous sommes face au philosophe cynique Diogène de Sinope, en quête d’un homme dans les rues d’Athènes.
Il faut rester de longues minutes devant ce dessin, admirer la profondeur des rides du penseur, la finesse des cheveux de l’enfant, la douceur lisse de la joue de la femme… Une découverte bouleversante, mais qui en promet également beaucoup d’autres dans la suite du parcours. Nous ne vous en disons pas plus pour le moment. Seul conseil : courez-y !
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