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Vue de la biennale des antiquaires 2016 de nuit
© Kelly Ann Taub
Nombre d’exposants réduit de manière drastique (95 contre 122 l’an dernier en raison de l’abandon du peu visité Salon d’honneur), format raccourci (sept jours au lieu de neuf), décor sobre et efficace signé Nathalie Crinière : la biennale Paris expérimente une formule inédite pour asseoir sa pérennité dans un nouveau format annuel à hauts risques…
On a souvent déploré, par le passé, que la commission d’admission des œuvres (CAO) favorisait les règlements de comptes entre marchands : des objets d’art étaient parfois écartés sur la base de fausses rumeurs. Après avoir tenté sans succès d’assainir la situation, des mesures radicales ont été adoptées pour garantir à la CAO une indépendance incontestable. Sa présidence a ainsi été confiée à deux experts : Frédéric Castaing, président de la Compagnie nationale des experts, et Michel Maket, président du Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art et objets de collection. Le tandem a complètement renouvelé l’équipe en tenant compte de nouvelles règles : aucun exposant à la biennale ne peut être membre de la CAO, où la présence d’institutionnels et de restaurateurs a été renforcée. Les exposants (qui peuvent faire appel des décisions) se doivent de ne présenter que des pièces uniques antérieures au XXIe siècle. Enfin, le président et l’ensemble des élus du Syndicat national des antiquaires (SNA), organisateur de la biennale, ont été écartés du processus de sélection. Une vraie révolution !
Héritier du groupe de presse Forbes, président de l’organisation American Friends of the Louvre, Christopher Forbes succède à Henri Loyrette à la tête de la biennale et de la commission en charge du recrutement des exposants. Amateur d’art et amoureux de la France, le milliardaire pourrait s’avérer être le meilleur atout de la biennale. Il semble en tout cas avoir pris son rôle très au sérieux. « J’ai essayé de conserver le niveau d’excellence établi par mes éminents prédécesseurs et j’espère contribuer ainsi à faire de cette édition la plus brillante ayant jamais existé. En tant qu’homme d’affaires, j’ai persuadé de nombreux amis et collectionneurs américains de venir à Paris en septembre pour assister à cet événement phare. » La déferlante américaine est annoncée.
(Re)mettre le collectionneur au centre du dispositif, en présentant une célèbre collection privée : tel est l’un des vœux du SNA. Cette année, c’est la dynastie suisse Barbier-Mueller qui est à l’honneur, avec un hommage à Jean Paul Barbier-Mueller, disparu en décembre dernier. Enrichissant la collection d’art moderne et tribal fondée par son beau-père Josef Mueller, il en a fait l’une des plus importantes dans le domaine des arts premiers (de l’Afrique à l’Amérique en passant par les mers du Sud) avec la complicité de son épouse Monique et de ses trois fils et sa petite-fille… qui l’ont ouverte à leur tour à l’art des samouraïs, à la numismatique, aux livres anciens, à la peinture du XVIIIe siècle et à l’art contemporain ! Outre de merveilleuses sculptures tribales, on pourra découvrir une sélection éclectique, allant du portrait de Lady Hamilton en Sibylle de Cumes (1791–1792) par Élisabeth Vigée-Lebrun à Woman in Tub (1988) de Jeff Koons.
Pour Mathias Ary Jan, président du SNA, faire évoluer la biennale est essentiel dans un environnement toujours plus concurrentiel : « Notre ambition est de lui redonner la juste place qu’elle mérite. » Le défi consiste donc à atteindre un même niveau d’excellence tous les ans. Reconnaissant avoir fait une erreur en écartant l’an dernier la haute joaillerie (jugée trop présente au Grand Palais), le SNA promet de faire revenir en 2018 Cartier, Chaumet ou Van Cleef & Arpels… « Ils font partie de notre ADN et de l’image de Paris », soutient Mathias Ary Jan qui ne souhaite pas en revanche développer la biennale à l’étranger. Que dire enfin de l’échec l’an dernier de l’intégration du salon Paris Tableau à la biennale ? Seuls quelques exposants en peinture ancienne reviennent individuellement au Grand Palais, tandis que les autres ont fait salon à Bruxelles (où se tient désormais Paris Tableau). Et la concurrence du Parcours des mondes compromet la venue des meilleures galeries d’arts premiers à la biennale. Enfin, le Grand Palais entamant des travaux en 2020, il va falloir penser à un lieu de substitution. « On y travaille », assure-t-on au SNA.
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