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Lilian Bourgeat, Invendu Bottes, 2009
© Photo Fred Laures
Pablo Valbuena, Kinematope, 2016
L’escalier sans fin de Pablo Valbuena
Enfilez donc un pull : bientôt, vous serez à trente mètres sous terre, là où l’humidité est si épaisse qu’on en sent le goût, et où il fait, été comme hiver, 10 °C. Le long escalier qui mène aux caves est vertigineux, comme filant dans les entrailles du monde : Pablo Valbuena (né en 1978) en souligne l’ascendance, le rythme répétitif et le vertige avec une installation lumineuse mouvementée. Ses lumières glissent, clignotent, éblouissent, provoquent l’ombre et le cinétique ; elles nous suivent, nous précèdent, nous pressent et nous poussent à nous retourner, une fois l’escalier descendu, sur sa monumentalité animée. Captifs d’un spectacle qui va si bien avec le titre de cette nouvelle « Expérience Pommery ».
© Photo Xavier Clayes
Enrique Marty, Sunbath, 2008
Dans l’ombre des souvenirs d’Enrique Marty
Nous voilà désormais dans l’obscurité immense des caves. Sur le sol de l’une d’elles, surprise : une plage de sable ! Un homme enseveli, qui a tout l’air de prendre le soleil, apaisé par la petite musique d’une radio portative. Mais le ciel est si loin… L’Espagnol Enrique Marty (né en 1969) a conçu Sunbath (2008) en souvenir de son père. Parmi les matériaux utilisés, ses ongles, ses cheveux… La chair est ici le témoin d’un acte magistral, emblématique : « tuer le père, l’enterrer dans le sable », comme le dit Nathalie Vranken devant cette scène aussi sympathique que dérangeante, narrative et énigmatique.
installation • dimensions variables • © Photo Xavier Clayes
Lisa Oppenheim, Smoke, 2013
Une échappée avec Lisa Oppenheim
Plus loin, l’apaisement. Deux écrans diffusent Smoke (2013) – de très douces images de nuages signées Lisa Oppenheim (née en 1975). L’artiste new-yorkaise se fond ici parfaitement dans le décor, ses volutes animées se mariant élégamment avec les parois hétérogènes de la crayère. Une œuvre apparemment simple, qui résulte en réalité d’un procédé complexe : l’artiste utilise des images qu’elle déniche sur le site de partage de photographies Flickr ou dans les archives du War Museum de Londres, puis les transforme pour mieux créer la confusion quant à la provenance de ses hypnotiques fumées grises…. Catastrophe, guerre, tempête ?
© Fred Laures
Stéphane Thidet, Le Refuge, 2007
La cabane en larmes de Stéphane Thidet
Sans nul doute l’œuvre la plus saisissante du parcours, Le Refuge (2007) de Stéphane Thidet (né en 1974) est une cabane de bois dans laquelle… il pleut. La table est mise, la lampe allumée, mais il pleut, il pleut, il pleut. Le « refuge » n’en est plus un : tout est mouillé, tout va pourrir, le bois de cette architecture fragile va s’abîmer. Pourtant, l’objet est beau. Surnaturel, l’événement qui se déroule sous nos yeux a tout d’un conte ou d’une poésie mélancolique, qui nous fait sentir la précarité de nos certitudes, renforce notre solitude. On pense alors à Henri Calet : « Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »
© Photo Xavier Clayes
Philippe Baudelocque, Série Extension Saturne, 2020
La cosmologie pariétale de Philippe Baudelocque
Que de couleurs dans le parcours ! Que d’installations ambitieuses ! L’arbre à fruits gonflable de Choi Jeong Hwa (né en 1961), la barque chargée de ballots bigarrés de Barthélémy Toguo (né en 1967), le manège de Stephen Wilks (né en 1964)… Les crayères se prêtent aux œuvres monumentales, c’est vrai. Mais notre œil, capricieux, se laisse davantage séduire par un travail si discret qu’il serait facile de passer à côté : les gravures sur les murs de Philippe Baudelocque (né en 1974). De petites visions cosmiques, planètes sorties d’un songe, qui invitent les cieux au plus profond de la terre – et nous évoquent les mystérieuses peintures pariétales tracées dans les creux secrets de grottes préhistoriques.
© Photo © Xavier Clayes
Expérience Pommery #15. Introspection
Du 1 juillet 2020 au 31 décembre 2021
Domaine Vranken Pommery • 5, place du Général Gouraud • 51100 Reims
www.vrankenpommery.com
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La botte d’humour de Lilian Bourgeat
Difficile de ne pas se sentir un peu intimidé en arrivant au domaine Pommery, dont l’éclatante architecture de style gothique néo-élisabéthain semble avoir été repeinte en bleu la veille. Deux œuvres sont là pour ajouter une pointe d’humour et de poésie à cette première impression. Il y a d’abord la chaise en lévitation de Philippe Ramette (né en 1961), uniquement retenue par des cordes à plusieurs mètres du sol ; puis, stupeur devant les bottes géantes de Lilian Bourgeat (né en 1970) – dont on observera qu’elles correspondent à deux pieds gauches. « La question du travail se pose avec cette œuvre », souligne Nathalie Vranken face à cet objet banal, indispensable aux métiers de la terre. Une fois dans les caves, le motif revient plus loin dans La Parade (2011) de Delphine Reist (née en 1970), une installation de bottes qui, de façon fantomatique, tapent mécaniquement du pied à intervalles réguliers. Glaçant.