Article proposé par Exponaute

Johannes Vermeer, La laitière, 1658–1659 © Rijksmuseum, Amsterdam
Il faut prendre le temps de les admirer, ces délicates jeunes filles représentées par les maîtres de la peinture de genre néerlandaise. Tous les artistes présents dans le nouveau parcours temporaire du Louvre : « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » sont contemporains et ont brillé au XVIIe siècle par leurs représentations d’instantanés, d’éclats de quotidien, dans lesquels ils infusaient morale, parabole, symbole et mythe.
Sans nul doute, Johannes Vermeer (1632–1675) est l’étoile brillante de ce parcours, tous les visiteurs se bousculeront face à ses peintures, comme les journalistes le firent lors de la visite à laquelle nous avons eu la chance d’assister.
Et pourtant, la force de ce nouveau parcours de l’institution parisienne n’est pas seulement de répéter ce que l’on sait déjà sur l’artiste originaire de Delft : sa maîtrise de la lumière, son rendu des peaux diaphanes des jeunes filles, sa représentation inspirante du silence, de l’instant suspendu.

Gabriel Metsu, Jeune homme écrivant une lettre, 1664–1666 © National Gallery of Ireland, Dublin
Non, l’intelligence du parcours est d’avoir replacé ce créateur dans son contexte historique et artistique ; en plaçant aux côtés des peintures de Johannes Vermeer des réalisations de ses contemporains, le Louvre illustre les trames complexes qui se sont nouées entre ce cénacle d’artistes issus des quatre coins des Pays-Bas.
Si l’on compare la situation des Provinces-Unies (à cette époque, on ne parle pas encore des Pays-Bas), on se rend compte que la population y est très instruite, cultivée, à la différence de nombre de pays d’Europe (y compris la France), où la majorité de la population, rurale, n’a pas accès à l’éducation.
Ce siècle d’or dans le pays du nord de l’Europe a également permis un essor fulgurant d’une classe marchande, des bourgeois qui consacraient une partie de leur fortune à l’achat d’œuvres d’art.

Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664 © National Gallery of Art, Washington
Aussi les artistes de ce temps pouvaient-ils profiter de nombreuses commandes de la part de ces commerçants. Gerard Ter Borch, Gabriel Metsu, Jan Steen, Gerrit Dou et beaucoup d’autres encore ont pu vivre confortablement grâce à ces achats, mais virent également leurs pinceaux fortement influencés par les demandes de leurs mécènes. Or, ces hommes ne s’intéressaient pas aux grands épisodes bibliques, encore moins aux peintures d’Histoire et leurs formats démesurés.
Non, ce qu’ils demandaient pour leurs intérieurs, c’était un couple évoluant dans leur maison richement meublée et décorée, c’était une jeune femme vêtues de précieuses fourrures rehaussant une robe de satin à la brillance délicate, c’était une scène familiale où un jeune couple écoutait de la musique dans son salon orné de lambris d’un bois chaleureux.

Gerard Dou, L’astronome à la chandelle © J. Paul Getty Museum
Tout au long du parcours, on découvre ainsi, sur de petits formats, une femme caressant du bout du doigt le plumage de son perroquet de compagnie (Caspar Netscher), une femme lisant en cachette la lettre de son amant (Gabriel Metsu), un astronome tentant de déchiffrer un globe terrestre à la lumière d’une chandelle (Gerard Dou), une femme enlevant son bas de laine avec un sourire étrangement avenant (Jan Steen), une adolescente absorbée dans son travail de couture dans une pièce auréolée de lumière (Nicolas Maes).
On admire la finesse de la représentation des mains de ces dames, la figuration de l’ombre chez Gerard Ter Borch, la transparence du teint des demoiselles chez Pieter de Hooch. Comment expliquer qu’aujourd’hui, ces artistes talentueux, parfois malicieux (ironique, très ironique Jan Steen), soient considérés comme secondaires, voire tombés dans l’oubli le plus total ?

Jan Steen, Femme à sa toilette © Royal Collection Trust
Pour comprendre ce mystère, il faut peut-être se tourner du côté de l’éclat, éblouissant, de leur contemporain Johannes Vermeer. Celui-ci a eu l’intelligence de piocher son inspiration dans ses contemporains artistes, reprenant certaines de leurs idées, de leurs thématiques, parfois jusqu’à la posture de ses personnages.
On ne peut pas parler de plagiat, ce serait plaquer une vision contemporaine sur une époque où il était normal, commun, de s’inspirer du peintre voisin pour réaliser sa propre composition. Mais lorsque Vermeer s’empare d’un sujet déjà traité par un Frans van Mieris ou un Gabriel Metsu, il y ajoute un éclat incomparable, mais surtout, il a l’intelligence de supprimer le superflu qui pourrait brouiller la lecture visuelle de l’œuvre, pour ne garder que l’essentiel : la grâce, l’instant suspendu, le silence total, la douceur de vivre.
La géométrie dicte des règles très strictes à ses compositions, il n’hésite pas à épurer les murs ou les dessus de table afin de les laisser être baignés par la seule ornementation qui compte : la lumière.
Du 10 au 22 mai, le Musée du Louvre étend ses horaires pour les expositions Vermeer et les maîtres de la peinture de genre et Valentin de Boulogne. Réinventer Caravage.
Tous les jours excepté le mardi 16 et le dimanche 21, les expositions seront accessibles jusqu’à 21h45.
Le samedi 20 mai, à l’occasion de la Nuit des Musées, l’entrée sera gratuite de 18h à 00h !
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