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Portrait

Les métamorphoses d’Edi Dubien

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Séduisant par ses motifs liés à l’enfance et ses animaux colorés, l’art d’Edi Dubien est plus complexe qu’il n’y paraît. Plus sombre aussi. Fruit de l’histoire singulière de cet artiste autodidacte longtemps resté en marge, il interroge les notions de nature, d’identité et de genre. À découvrir, dès que possible et jusqu’au 11 avril, au musée d’art contemporain de Lyon.
Edi Dubien, Être enfin pour toujours
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Edi Dubien, Être enfin pour toujours, 2020

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Aquarelle et encre sur papier • 59 x 42 cm • Courtesy de l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris • © Adagp, Paris, 2020

Portrait de l’artiste Edi Dubien dans son exposition « L’homme aux mille natures »
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Portrait de l’artiste Edi Dubien dans son exposition « L’homme aux mille natures »

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©Blandine Soulage / Adagp, Paris, 2020

Parcourir la première exposition monographique muséale d’Edi Dubien (né en 1963) est une invitation au voyage. Un voyage fait de nuages de dessins punaisés sur des cimaises aux couleurs pastelles, ponctués de toiles monumentales et d’installations au sol. « Revenir sur l’enfance », « Un animal comme les autres », « L’aube de son corps » et « L’homme libre » sont les quatre chapitres de ce voyage au long cours, au cœur de l’intime et en pleine nature. Un environnement sauvage et accueillant à la fois, mais pour le moins troublant, peuplé d’enfants, de jeunes hommes et même d’êtres hybrides, de mammifères, d’oiseaux et d’insectes… Des créatures le plus souvent maquillées, parées d’une boucle d’oreilles ou d’escarpins, entre autres prétendus attributs féminins. À quoi s’ajoute la redondance des crânes et des blessures, évocateurs de mort et de souffrance. Car s’il est envoûtant et poétique, sensible et touchant à coup sûr, ce voyage n’est pas idyllique, loin s’en faut. La douleur se devine, l’oppression et la violence sont palpables. La volonté de s’en sortir aussi…

Un monde en métamorphose

Les couleurs sont éclatantes, et les coulures manifestes. « J’avais cette idée dans la tête d’un monde, d’un environnement un peu liquide, qui se déconstruit en même temps qu’il réapparaît. Techniquement, je mélange un peu d’aquarelle et de peinture, pour faire quelque chose d’assez fluide, comme une naissance » expliquait l’artiste en novembre 2018 à Frédéric Ramade, rebondissant ensuite sur l’idée de métamorphose : « On est spectateur d’un environnement qui se déconstruit, qui se détruit malheureusement, avec quand même un regard neuf et positif. »

Edi Dubien, “Jeune garçon trans” et “Transition”
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Edi Dubien, “Jeune garçon trans” et “Transition”, 2019 et 2020

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Aquarelle et crayon sur papier / Aquarelle, crayon et encre sur papier • 29,5 x 20,5 cm • Courtesy de l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris • ©Adagp, Paris, 2020

« Je fais des liens avec la nature et avec ma propre transition. »

Edi Dubien

La peinture comme la vie coule dans l’univers de Dubien où rien ne se fixe jamais vraiment. C’est un monde de lisières, de coupures – pas toujours nettes – et d’infinies métamorphoses. « Je m’amuse avec la nature, avec la transition, précisait-il encore. Je fais des liens avec la nature et avec ma propre transition. À un moment je me suis dit : mince, moi je transitionne mais le monde transitionne aussi… et encore plus aujourd’hui, de plus en plus vite ! » Lui qui dans l’enfance trouvait refuge dans la campagne auvergnate, chez ses grands-parents, dès qu’il pouvait fuir les violences connues à Paris, vit aujourd’hui à la campagne. Et la nature qu’il évoque dans son art semble échapper à tout rapport de domination entre les êtres. Humains, animaux et végétaux y sont représentés sur un pied d’égalité, en dehors de tout diktat social.

Vue de l’exposition Edi Dubien, « L’homme aux mille natures »
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Vue de l’exposition Edi Dubien, « L’homme aux mille natures »

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Musée d’art contemporain de Lyon, Lyon • ©Blaise Adilon / Adagp, Paris, 2020

Car l’histoire qui nous est contée là est aussi une histoire d’identité. Elle se fait l’écho d’un parcours du combattant, évoqué tout en pudeur et en subtilité. Chacune des 440 œuvres montrées, sélectionnées avec le commissaire de l’exposition Matthieu Lelièvre, a en effet été produite après le 23 juin 2014, date de modification officielle de l’état civil d’Edi Dubien. « Depuis ma petite enfance, d’aussi loin que je m’en souvienne, je me suis toujours vécu en tant que garçon » nous confie-t-il avec simplicité. « Quand on est un homme trans, on se reconstruit totalement, on rebat les cartes, en fonction de ce qu’on est, de ce qu’on se sent être. On envisage ce qui se passe, d’où on vient, où on va… » Si l’exposition ne tait pas la douleur de Dubien de ne pas avoir pu être lui-même durant des décennies et d’avoir été trop longtemps privé de la possibilité de trouver sa place, elle est avant tout le reflet d’une pulsion de vie, d’un cheminement fait de rage et de volonté d’exister. L’art a été son arme, la nature son modèle et son alliée.

Vue de l’exposition Edi Dubien, “L’homme aux mille natures”
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Vue de l’exposition Edi Dubien, “L’homme aux mille natures”

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Musée d'art contemporain de Lyon, Lyon • ©Blaise Adilon / Adagp, Paris, 2020

Bien loin de pouvoir se réduire aux seules questions de genre et d’identité, cette exposition est une expérience aux mille essences. Une expérience esthétique et sensuelle qui interroge la notion même de nature et d’identité sociale. Et c’est aussi un plaidoyer en faveur des enfants et de leur parole. L’artiste autodidacte s’attache tout particulièrement à représenter les victimes de violence : « J’essaye de réparer ces enfants. C’est bien sûr une part de moi, mais j’essaie également de redonner à ces enfants violentés un visage, de les montrer, d’en parler pour les faire exister. » N’affirmait-il pas déjà en avril 2019 à Marie Maertens dans Connaissance des Arts : « Je suis toujours sensible à une jeunesse en souffrance et j’aime témoigner de ceux que j’estime être des combattants. Il y a toujours nécessité de protéger, que ce soit l’enfance ou la planète, ce qui revient à se sauver soi-même » ? Et l’on ne saurait lui donner tort.

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Edi Dubien : l’homme aux milles natures

Du 7 octobre 2020 au 11 avril 2021

www.mac-lyon.com

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