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Château de Vincennes

Les prisonnières dévisagées de Bettina Rheims

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Publié le , mis à jour le
Loin de l’univers pop et people qu’on lui associe habituellement, Bettina Rheims livre une bouleversante série de portraits de détenues actuellement exposée dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, révélant toute la nuance du travail de mise à nu de la photographe. Une claque.
Bettina Rheims, Niniovitch II, Novembre 2014, Roanne
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Bettina Rheims, Niniovitch II, Novembre 2014, Roanne

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© Bettina Rheims

Elles ont l’air de saintes déchues… Les prisonnières photographiées par Bettina Rheims en 2014 sont mères, filles, sœurs, ou plutôt étaient, avant d’être isolées du monde. Si le dispositif mis en place au château de Vincennes est simple, il n’en est que plus éclatant. Une seule série, soit une cinquantaine de portraits et quelques anecdotes, est présentée entre les hauts murs de la chapelle du château de Vincennes, dont l’architecture fut commandée au XIVe siècle par un Charles V désireux d’une réplique de la Sainte-Chapelle parisienne. Les vitraux vertigineux projettent sur les photographies des reflets colorés qui changent au fil de la journée, soulignant les variations des regards et des attitudes.

Vue de l’exposition « Détenues » de Bettina Rheims à la Sainte-Chapelle de Vincennes
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Vue de l’exposition « Détenues » de Bettina Rheims à la Sainte-Chapelle de Vincennes

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© Didier Plowy / CMN

Car si, comme l’écrit avec émotion Robert Badinter, qui a encouragé Bettina Rheims à s’aventurer au-delà des barreaux, les prisonnières portraiturées ont toutes « un mystérieux air de famille », ce sont leurs différences qui forgent leur humanité. Photographiées sur fond blanc, leurs singularités sautent aux yeux à travers des détails : la tension du corps, l’inclination de la tête, les yeux brillants. Une ou deux se cachent ; une seule pleure à chaudes larmes…

Bettina Rheims, Vaiata, Novembre 2014, Rennes
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Bettina Rheims, Vaiata, Novembre 2014, Rennes

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© Bettina Rheims

En passant devant elles, on s’interroge : pourquoi sont-elles enfermées ? Certaines sont là depuis plus de 20 ans, lesquelles ? Celles qui ont l’air abattu, ou celles qui, au contraire, font bonne figure et tentent de sourire à l’objectif, charmantes dans leur chemise repassée ? Leur mystère est impénétrable. Un prénom est indiqué, plus rarement un nom de famille, parfois un surnom – et toujours, la localisation de la prison. D’autres marques interpellent : des cicatrices sur les avant-bras, un tatouage qui s’efface, un maquillage coquet. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’immense tendresse du procédé photographique de Bettina Rheims. Elle confère de la dignité à chacun de ses sujets grâce au format large des tirages, et grâce à la lumière très claire qu’elle a utilisée dans son petit studio photo de fortune installé en prison, renforcée par celle, dorée, de la Sainte-Chapelle. On leur donnerait tout de suite l’absolution, car comment ne pas pardonner à un visage ainsi tendu vers soi ?

Bettina Rheims, Eve Schmit II, Novembre 2014, Roanne
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Bettina Rheims, Eve Schmit II, Novembre 2014, Roanne

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© Bettina Rheims

« Le visage s’impose à moi sans que je puisse rester sourd à son appel, ni l’oublier, je veux dire, sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. » Les mots du philosophe Emmanuel Lévinas (1906–1995) nous viennent à l’esprit. En passant et repassant – car leur effet est hypnotique – devant les portraits de Bettina Rheims, on ne peut que prendre conscience du langage du visage, de ce qu’il signifie et impose à celui qui le regarde : un devoir moral, une éthique, une responsabilité vis-à-vis de l’autre. Cette impression diffuse est concrétisée par l’émotion ressentie à la lecture des fragments de textes de la photographe, qui donne quelques détails sur la vie en détention : les « ecstasys pour faire la fête » à Noël, le silence des prisonnières pour que celles dont les maris sont enfermés de l’autre côté du mur puissent entendre leurs mots d’amour hurlés… L’empathie est totale. La rencontre, réelle.

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Bettina Rheims, Détenues

Du 9 février 2018 au 30 avril 2018

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