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Perché à plus de 2 400 mètres et construit aux alentours de 1450, le Machu Picchu est resté caché pendant cinq cents ans jusqu’à sa révélation au monde en 1911. Il marque l’apogée de la civilisation inca.
© Photo Éric Planchard / hemis.fr.
Ce 24 juillet 1911, les nuages sont bas et l’humidité de la jungle a, comme d’habitude, détrempé le paysage. Après six jours de marche, Hiram Bingham, accompagné d’un jeune guide et d’un officier péruviens, entame l’ascension d’une nouvelle crête. Professeur d’histoire à l’université de Yale, marié à une héritière du joaillier Tiffany, l’Américain sillonne le Pérou en quête de Vilcabamba, où les derniers rebelles incas se sont établis après la conquête espagnole. Mais, comme avec Christophe Colomb, le destin a un autre programme. Bien tapi derrière l’impénétrable végétation.
L’explorateur américain Hiram Bingham posant dans les ruines du Machu Picchu, lors de l’expédition qu’il mène pour le compte de l’université de Yale en 1911. Deux ans plus tard, ses récits et clichés font l’objet d’un numéro entier de National Geographic : la légende du Machu Picchu est née.
© The Granger Collection, New York / Aurimages.
« Soudain, je me suis retrouvé face aux murs de maisons en ruines construites grâce à un travail de pierres très minutieux », racontera Bingham dans les 150 pages de son reportage publié dans la revue National Geographic en 1913. L’ancien militaire de 36 ans se frotte les yeux : « Les surprises se sont succédé jusqu’à ce que je réalise que j’étais au cœur des ruines les plus merveilleuses jamais trouvées au Pérou. » En réalité, la « trouvaille » de Bingham n’en est pas une car, on le saura plus tard, le site était connu et avait déjà été fouillé. Qu’importe : la montagne a bien accouché d’un mythe, et il s’appelle Machu Picchu, la « vieille montagne » en quechua, la langue des Incas.
Quiconque a eu la chance de le contempler mesure combien ce sanctuaire, inscrit depuis 1983 au patrimoine mondial de l’Unesco, captive. Vous en rêvez ? Paris n’est pas le Pérou mais l’exposition présentée dès le 16 avril à la Cité de l’architecture & du patrimoine promet un véritable voyage avec quelque 192 artefacts et un parcours immersif dans le monde du Machu Picchu. Perché à 2 400 mètres d’altitude, aux pieds du grandiose mont Huayna Picchu (« jeune pic ») et dominant une vallée sacrée où coule l’Urubamba, ce site exceptionnel s’étend sur 10 hectares.
Le site archéologique de Chan Chan, plus grande ville en terre de l’Amérique précolombienne. Il s’agissait de la capitale de la culture Chimú.
© Photo Diego Grandi / Alamy via Hemis.
Bâti vers 1450, à l’apogée de l’empire inca, sous le règne de Pachacútec (« Fils du Soleil »), il rassemble plus de 200 constructions : des temples, des palais, des habitations et des observatoires astronomiques, faits de blocs de pierre assemblés sans mortier et dont certains dépassent les 100 tonnes !
Culture Inca, Qhipu inca, 1438–1532 apr. J.-C
Les Incas avaient recours à ce système de cordelettes, sophistiqué et facilement transportable, pour recueillir, enregistrer et transmettre toutes les informations de leur immense empire. On en conserve environ 600 dans le monde.
fibres animales • 168 × 80 cm • Sierra du sud • Coll. et © Musée Larco, Lima, Pérou.
La prouesse architecturale ne cesse d’intriguer les historiens. On ne connaît pas, par exemple, tous les rouages de la construction ni pourquoi, après avoir prospéré pendant quatre-vingts ans, la cité fut abandonnée vers 1570. Située à une centaine de kilomètres de la capitale inca Cuzco, le Machu Picchu, de par sa localisation, était resté protégé des conquistadors espagnols arrivés en 1532. Les Incas ne connaissant pas l’écriture – ils communiquaient grâce aux qhipus, un système de cordelettes à nouer –, les seuls témoignages sont donc leurs vestiges archéologiques. Les indices font du Machu Picchu une construction royale à l’usage exclusif du Sapa Inca Pachacútec, le chef suprême inca.
À l’époque, le site abritait jusqu’à 750 personnes. Pour nourrir ce petit monde, on cultivait en terrasse du maïs ou des pommes de terre… Cet aménagement à flanc de montagne facilitait le drainage des eaux, qui peuvent être diluviennes dans la région. La résidence du Sapa Inca, quant à elle, avec ses bains, ses fontaines alimentées par des sources naturelles, un jardin et des espaces de culte, ne manquait pas de confort. L’essentiel des activités de la cour se tenait en extérieur, en particulier sur la grande place qui se déploie sur près d’un tiers du Machu Picchu. C’est dans cet environnement envoûtant que se déroulaient les banquets entre les puissantes familles incas de Cuzco et les cérémonies religieuses, en particulier les offrandes au dieu Soleil, dont la date était déterminée en observant les constellations.
© World Heritage Exhibitions.
Cette formidable civilisation n’a pas surgi des entrailles de la Pachamama (la « Terre-Mère ») du jour au lendemain. Elle est le fruit de trois millénaires pendant lesquels des petites sociétés agricoles vont coexister et se succéder, depuis la Cordillère des Andes jusqu’au littoral de la côte Pacifique. Un monde pluriel, aux langues et aux expressions diverses, souvent en conflit, que les Incas vont intégrer dans une même organisation politique. Considérée comme « la mère des civilisations andines », la culture Chavín est une des premières à s’épanouir, vers 1250 et jusqu’à environ 200 av. J.-C., dans les hauts plateaux de la Sierra du nord de l’actuel Pérou. Les Chavíns bâtissent plusieurs centres cérémoniels dont le plus célèbre reste Chavín de Huántar. On y voit surgir toute une iconographie animale, jaguars, serpents ou condors, féroces intercesseurs avec les dieux. Pour honorer les principales divinités, les Chavíns créent des céramiques, des textiles, des parures en or. La Nature étant garante de l’ordre sur Terre, les chamanes scrutent le ciel et ses signes divins.
800 figures géométriques et 70 dessins zoomorphes, parfois d’une envergure de plusieurs kilomètres, dont la signification demeure un mystère !
Fascinante encore est la culture Nazca qui, entre 200 av. J.-C. et 650 apr. J.-C., va pousser en plein désert le long des côtes. On connaît ses géoglyphes, immenses dessins tracés dans le sol aride de la pampa péruvienne, les fameuses « lignes de Nazca » : 800 figures géométriques et 70 dessins zoomorphes, parfois d’une envergure de plusieurs kilomètres, dont la signification demeure un mystère. Mais on sait que, comme la plupart des sociétés andines, les Nazcas distinguaient trois mondes : Hanan Pacha (le « Monde Supérieur »), royaume du Soleil, de la Lune, de la pluie et des divinités célestes incarnées par les oiseaux ; Kay Pacha (le « Monde du Milieu »), soit celui où l’on vit, incarné par les félins; et Uku Pacha (le « Monde Inférieur »), territoire souterrain et humide peuplé de morts et de serpents.
Pétroglyphe dit « du colibri ». Plusieurs théories ont été émises à propos de ces « lignes de Nazca » : s’agissait-il des reflets terrestres des constellations ? De chemins de procession pour réclamer la pluie aux dieux ? De représentations mythologiques ? Y avait-il un lien avec le calendrier agricole ?
© Aflo / Hemis.
En héritiers de la culture Paracas, les Nazcas sont aussi adeptes des déformations crâniennes, pratiquées dès la naissance. Surtout, ingénieurs hors pair, ces hommes parviendront à dompter l’extrême sécheresse au sud du Pérou en mettant au point un vaste système d’irrigation très sophistiqué, capable d’amener l’eau des montagnes vers le désert, mué alors en terres agricoles.
Quittons le sud pour la côte nord où, à la même époque que les Nazcas, le puissant État Mochica (ou Moche, à prononcer Motché) domine : maîtres dans l’agriculture, les Mochicas sont aussi de grands bâtisseurs comme en témoignent les huacas, vastes complexes cérémoniels s’élevant en pyramides à degrés, réalisés en terre crue (adobe) et ornés de peintures polychromes.
Culture Chimú, Trousseau funéraire impérial, 1100–1470 apr. J.-C
Unique au monde, cette somptueuse parure témoigne du pouvoir des dirigeants politico-religieux, descendants directs des dieux sur terre. À leur mort, ces chefs sont enterrés avec leurs insignes, un passeport pour le monde des ancêtres.
Or • h. 1, 30 m • côte nord • Coll. et © Musée Larco, Lima.
C’est au sommet de ces temples monumentaux que se déroulaient les sacrifices humains : une offrande au dieu Radiant, un gage de fécondité en faveur de la Nature dont il fallait conjurer les colères, tremblements de terre et orages diluviens. Surtout, c’est autour des huacas que s’organisait la vie locale, avec ses nombreux artisans, en particulier de fins potiers et des orfèvres aux mains d’or – toute une expertise métallurgique que la culture Lambayeque, aussi appelée Sicán, prolongera brillamment vers 900 apr. J.-C.
Culture Mochica, À gauche : récipient à anse étrier représentant un animal lunaire rampant ; à droite : masque funéraire représentant le visage d’Ai Apaec, 100–800 apr. J.-C
Céramique / Cuivre et coquillage de Strombus • 20,1 × 13,7 cm / 17,5 × 23,5 cm • côte nord • Coll. et © Musée Larco, Lima.
Mais, bien qu’ils partagent une même réalité idéologique, politique et religieuse, la cohabitation entre tous ces petits États ne se fait pas sans rivalité. Dans les hautes terres de la Sierra, la chute des empires Huari et Tiahuanaco, entre 800 et 1000 apr. J.-C., inaugure une période de conflits entre chefferies. Tandis que sur la côte nord, les Chimús, héritiers des Mochicas, ont établi leur capitale à Chan Chan, immense citadelle en terre crue de 20 km2 abritant près de 30 000 âmes. Rayonnant jusqu’en Équateur, le pouvoir Chimú fera concurrence à l’empire Inca qui émerge vers 1200 apr. J.-C., quand Manco Cápac, le premier souverain inca, né selon la légende sur les rives du lac Titicaca, fonde Cuzco. Moins d’un siècle après, l’empire Inca s’étendra, de la Colombie à l’Argentine, sur plus de 5 000 km… Le Machu Picchu est le symbole de l’âge d’or de cet immense rayonnement dont la fin fut brutale et violente.
Machu Picchu et les trésors du Pérou
Du 16 avril 2022 au 4 septembre 2022
Expérience en réalité virtuelle : 15€.
Cité de l'architecture et du patrimoine • 1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre • 75116 Paris
www.citedelarchitecture.fr
L'esprit du condor vient à nous
Pour préserver ce site inestimable, et selon les recommandations de l’Unesco, seuls 675 heureux peuvent le visiter chaque jour. C’est dire si l’exposition de la Cité de l’architecture & du patrimoine vaut le détour… Ai Apaec, héros de la mythologie Mochica, sera le guide de ce voyage immersif où l’on plonge parmi les mystères andins. Pour l’occasion, 192 objets funéraires issus de tombes royales, dont de spectaculaires parures en or et argent, sont arrivés du Pérou : certains n’en étaient jamais sortis. À ne pas manquer, l’expérience de réalité virtuelle «Machu Picchu et l’esprit du condor» qui vous fait survoler la vertigineuse citadelle inca grâce à des vidéos panoramiques réalisées par World Heritage Exhibitions pendant le grand confinement. Sensationnel !
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