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MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE

Mari Katayama : le corps sous toutes ses coutures

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Publié le , mis à jour le
Atteinte d’une maladie congénitale rare, Mari Katayama a dû prendre, à l’âge de neuf ans, la lourde décision de se faire amputer les jambes. Depuis, elle a fait de son corps, comme de ses prothèses, son principal médium artistique. Dans de puissants autoportraits aux accents surréalistes, elle se met en scène tantôt en poupée désarticulée, tantôt en Vénus tentaculaire. Un travail bouleversant à découvrir, pour la première fois en France, à la MEP.
Mari Katayama, Bystander #016
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Mari Katayama, Bystander #016, 2016

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© Mari Katayama

Que peut-il bien se passer dans la tête d’une enfant qui prend la courageuse décision de se faire amputer une partie de ses membres ? C’est à ce choix terrible qu’a été confrontée, à l’âge de neuf ans seulement, Mari Katayama. Née en 1987 dans la préfecture de Saitama, au Japon, elle est atteinte d’une maladie rare : une hémimélie tibiale qui a lourdement altéré la formation de ses os et provoqué de sévères malformations aux pieds et aux mains. Avec ses pieds bots, la petite Mari se déplace difficilement. La perspective de passer sa vie clouée dans un fauteuil roulant ne l’enchante guère. Bien que radicale, l’amputation lui offre un certain confort assuré par des prothèses, qui bientôt s’imposeront comme un prolongement d’elle-même. Du temps, il en aura fallu à la fillette pour s’adapter à ce nouveau corps en pièces détachées. De la douleur, aussi. Mais peu à peu, Mari Katayama s’apprivoise.

Mari Katayama, On the way Home #005
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Mari Katayama, On the way Home #005, 2017

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© Mari Katayama

Si le temps de l’adolescence est celui du rejet et des brimades, c’est aussi celui d’une révélation. Pour ce corps qui ne correspond à aucune norme de beauté, ni d’habillement, elle crée des vêtements fantaisistes. Elle fait de ses prothèses le support de sa créativité et les pare de toutes sortes de dessins, comme des tatouages. Sur MySpace – réseau social des années 2000 – la jeune fille s’affirme telle qu’elle est, et diffuse peu à peu sur la Toile ses premiers autoportraits. Elle intègre alors l’université des Arts de Tokyo, d’où elle sort diplômée en 2012. Son succès au Japon est phénoménal, mais il faudra attendre la Biennale de Venise, en 2019, pour que son travail soit enfin connu en Europe.

Dans l’œuvre de Mari Katayama, il est avant tout question de jeu, bien plus que de photographie. L’artiste pense soigneusement ses mises en scène, se crée des costumes qu’elle tricote ou coud elle-même. Décore enfin ses fameuses prothèses, avec des dessins de fleurs, des coquillages. Son corps se mue en sculpture vivante. Dans un autoportrait de 2011, la jeune femme pose, impassible, au milieu d’un improbable capharnaüm : autour d’elle s’accumulent des textiles en tout genre, de drôles de mannequins en tissu (surréalisme es-tu là ?) mais aussi des peluches. L’enfance n’est pas si loin. Telle une poupée désarticulée, la main fermement appuyée sur le déclencheur, elle nous regarde fixement. Le spectateur n’a alors d’autre choix que d’observer son corps façonné par la maladie et la chirurgie. Katayama est reine de sa propre image. Son contrôle est absolu.

Mari Katayama, Shell
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Mari Katayama, Shell, 2016

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© Mari Katayama

En voyage à Naoshima en 2016, une minuscule île connue pour ses nombreuses installations d’art contemporain, elle découvre le bunraku. Dans ce type de théâtre japonais traditionnel, les différents personnages sont incarnés par d’imposantes marionnettes dépourvues de pieds, actionnées par des comédiens cachés dans l’ombre. Katayama décide alors de photographier les mains de ces discrets marionnettistes. Des mains travailleuses – comme les siennes, à leur manière – qu’elle a ensuite imprimées, rembourrées, et cousues à un costume spectaculaire, qu’elle arbore dans une série d’autoportraits intitulée By stander. Mari Katayama apparaît sur le rivage mi Vénus, mi pieuvre, le regard cette fois perdu au loin mais déterminé. [ill. en une]

Mari Katayama, In the Water #001
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Mari Katayama, In the Water #001, 2019

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© Mari Katayama

Dans une série plus récente encore qui, à la Maison Européenne de la Photographie, se déploie telle une frise, la jeune femme saisit en gros plan ses membres amputés et sa main atrophiée, semblable à une pince de crabe. Ici, pas de mise en scène, pas d’artifices, seulement quelques paillettes dorées qui brillent, comme de la poussière d’étoiles à la surface de sa peau. Devenue mère depuis peu, Mari Katayama dit enfin faire l’expérience d’un nouveau regard sans préjugé : « Il existe enfin dans ce monde quelqu’un qui voit et considère mon corps comme normal. » Un nouveau tournant dans la carrière de cette artiste polymorphe, sans nulle autre pareille.

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Mari Katayama. Home again

Du 3 septembre 2021 au 24 octobre 2021

www.mep-fr.org

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