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Peter Knapp, Nicole De Lamargé en Cardin, pour Sunday Times, 1966
© Peter Knapp
Peter Knapp est bien plus qu’un simple photographe. Peintre, graphiste, vidéaste, directeur artistique, il est une référence, qui a su inventer un nouveau langage visuel en variant les écritures. Durant les décennies charnières des années 1960 et 1970, le Suisse, originaire du canton de Zurich, fait ses armes comme photographe de mode. Pour autant, ce sont plus les femmes qui l’intéressent que la mode en soi. Le titre de l’exposition qui lui est actuellement consacrée à la Cité de la Mode et du Design, « Dancing in the Street », renvoie d’ailleurs à ces femmes qui subitement vont sortir des salons feutrés, et se débarrasser de leurs robes corsetées pour descendre dans la rue : « C’était le passage de la haute-couture au prêt-à-porter, la fin d’un genre extrêmement bourgeois, se souvient Knapp. La mode n’était plus dictée par une frange de la population qui payait cher pour être habillée sur-mesure et que les couturières copiaient pour leurs clients plus modestes. »
Peter Knapp, Pat Cleveland & Donna Jordan, 1972
© Peter Knapp
À la croisée de la rigueur helvétique et de la fantaisie parisienne, le style de Knapp vibre d’une intrépide géométrie. Il esquisse, avec spontanéité, une nouvelle icône de la féminité : moderne, indépendante, libérée de tous les carcans. Une centaine de photographies défilent devant nos yeux – pour la plupart inédites : en effet, la Cité de la Mode et du Design conserve les archives du photographe suisse depuis 2007. Audrey Hoareau, commissaire de l’exposition, s’enthousiasme : « Le nom de Peter Knapp nous est apparu avec François Cheval, co-commissaire de l’événement, comme une évidence. » Divisée en cinq parties, l’exposition scande, dans une scénographie tout en cimaises arrondies – un hommage aux sixties signé Vasken Yéghiayan -, les moments clés de la carrière de ce digne héritier du Bauhaus : la fin du studio, l’ambiance de la rue, l’usage des lumières naturelle et artificielle, les couleurs explosives, les courbes, le corps féminin ou encore la mode de Courrèges, Ungaro ou Cardin.
Peter Knapp appartient à la génération de photographes qui, après Richard Avedon et Cecil Beaton, fera de l’image de mode une représentation vivante, en prise avec son époque. Le photographe analyse rétrospectivement : « Les matières, à l’image du coton, se font plus souples, ce qui permet aux vêtements et aux femmes qui les portent de bouger, de se sentir plus libres. Dans les années 1960, poursuit-il, la France redémarre après un grand silence : on commence à travailler sur le Concorde et sur le TGV, les femmes entrent massivement dans la vie active. Ce sont tous ces changements qui ont amené le prêt-à-porter. »
Peter Knapp, Pour les collants Dim, années 1960
© Peter Knapp
En tant que directeur artistique du magazine Elle, Knapp va capter cette révolution, avec une sacrée dose d’audace en mobilisant ses qualités graphiques pour traduire visuellement les intentions d’Hélène Lazareff, fondatrice du magazine féminin : « Les filles sont en lévitation, les jupes s’envolent au-dessus des pavés et les jambes se trouvent parées de flou et d’effets », observe le commissaire François Cheval dans Peter Knapp et la mode, la monographie qu’il lui a consacré et qui a servi de point de départ à l’exposition. « À Paris, à Londres ou au milieu du désert afghan, pointe-t-il encore, Peter Knapp utilise tous les moyens techniques à sa disposition pour parvenir à ses fins. Il emprunte au cinéma les films 16 mm et les appareils à moteur pour rendre compte du mouvement. L’image fixe est fille des images animées. »
Peter Knapp, Rita Scherrer pour Vogue, Paris, 1967
© Peter Knapp
Le bonheur transparaît au grand jour. En détournant à sa guise les contraintes qu’impose la photographie, Peter Knapp s’amuse et met en marche ses modèles, à coups de sauts énergiques, de danses endiablées, d’éclats de rire, de cheveux au vent : « Dans ses débuts balbutiants, ajoute François Cheval, la libération prend la forme d’une géométrie. Les lignes et les cercles donnent le rythme. Les formes corporelles cadencent les couvertures de magazines, elles s’intercalent et perturbent la lettre. Plus tard, elles dictent les nouvelles règles de la couleur. » Et Peter Knapp de renchérir : « Lorsque le sujet est toujours le même, on essaie de varier grâce aux techniques que permettent la photographie : on exploite le grand angle, on fait des solarisations, on ajoute des éléments graphiques. »
« Faiseur d’images », comme il se revendique, plutôt que photographe car il « répond à des commandes », Knapp aborde avec humilité sa carrière : « Revoir ces photos éveille davantage en moi des souvenirs que de l’admiration. Je me rappelle avec qui j’ai collaboré, les équipes, le coiffeur, les stylistes, je les ai tous en mémoire. » Avec son écriture singulière et novatrice, cet artiste aura accompagné avec grâce la vision de créateurs avant-gardistes et les pulsations des époques.
Dancing in the Street, Peter Knapp et la mode 1960-1970
Du 9 mars 2018 au 10 juin 2018
Les Docks - Cité de la Mode et du Design • 34, quai d'Austerlitz • 75013 Paris
www.citemodedesign.fr
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