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La Ferme du Buisson

Philippe Druillet, Métal Hurlant gronde encore

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Publié le , mis à jour le
De la dope, de la déglingue et des créatures. Philippe Druillet, génial cofondateur de Métal Hurlant dans les années 1970, a dynamité les codes de la bande dessinée. Avec ses planches dignes de tableaux, ce dessinateur unique a enfin sa première exposition monographique à la Ferme du Buisson. Vous avez jusqu’au 21 avril, ne perdez pas de temps !
Philippe Druillet, Salammbô
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Philippe Druillet, Salammbô, 1979

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Couverture du journal "Pilote" Mensuel spécial Science-Fiction. Encre de Chine et gouache sur papier, planche 41 • 63 x 50 cm • © Philippe Druillet

« À l’époque du magazine Métal Hurlant, le futur que nous envisagions était multiple, innovant, esthétiquement incarné. Aujourd’hui, la science-fiction est au sommaire du journal télévisé : aseptisée, forcément catastrophiste et parfaitement inutile. » Ces mots de Jean-Pierre Dionnet, recueillis à l’occasion de l’exposition « Philippe Druillet, la nuit transfigurée », organisée dans le cadre du Pulp festival à la Ferme du Buisson, traduisent bien l’un de ses enjeux : les visions artistiques.

Druillet… La Nuit Impossible de passer à côté du chef-d’œuvre toutes catégories que le créateur du héros intergalactique Lone Sloane, et cofondateur de Métal Hurlant en 1974, initia après le décès de sa femme et muse Nicole : La Nuit, dont les premières pages paraissent en 1975 dans Rock & Folk. C’est certainement la salle la plus impressionnante de cette belle exposition écrite par Lucas Hureau, à partir de la collection du fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture. Quelques originaux – les seuls disponibles à ce jour – de La Nuit sont immergés dans un tabernacle, un mausolée en négatif, avec deux matelas au sol pour ne surtout pas dormir en écoutant la bande-son de Proton Burst, un groupe de heavy metal qui a réinterprété l’œuvre en six mouvements. À force de cachets, de drogues et d’alcool, La Nuit a bien failli être fatale à son créateur en son temps.

Philippe Druillet, Lone Sloane, Salammbô
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Philippe Druillet, Lone Sloane, Salammbô, 1980

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Couverture. Encre de Chine, gouache et encre sur carton • 65 × 50 cm • © Philippe Druillet

Philippe Druillet est sans doute l’auteur de BD francophone le plus important des années 1970, avec Moebius et Enki Bilal. Dire que, contrairement à ses illustres confrères, qui ont été exposés chez agnès b. ou à la fondation Cartier, il aura attendu un demi-siècle pour voir son travail présenté au sein d’un majestueux parcours. « Cette exposition monographique, rappelle Lucas Hureau, son commissaire, est la première consacrée à Druillet. Au regard de l’histoire de la bande dessinée, c’est une honte. Je remercie vivement la Ferme du Buisson, et particulièrement son directeur Vincent Eches, de l’avoir initiée. L’œuvre de Philippe Druillet est à la fois historique et universelle. Peu d’artistes parviennent à concilier ces deux aspects. Plastiquement, Druillet n’a aucun équivalent. Ses grands formats sont légendaires. En réalité, il est contraint par la taille du papier, mais son geste et sa vision dépassent largement les bords de la planche. Son œuvre est tentaculaire, gigantesque et démesurée. En plus, il touche à de nombreux mediums : dessin, peinture, sculpture. L’idéal pour une exposition. Druillet sait tout faire. Il est incompréhensible qu’aucun musée ne s’y soit intéressé. »

Philippe Druillet, Touareg
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Philippe Druillet, Touareg, 1987

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Acrylique sur toile • 116 × 89 cm • © Philippe Druillet

Et c’est vrai ! « Philippe Druillet, la nuit transfigurée » est une exposition muséale. Elle rassemble plus de 100 pièces glanées auprès de quinze prêteurs et galeristes. L’artiste a beaucoup vendu tout au long de sa carrière. Sur le marché de l’art, sa cote est impressionnante. Le 8 avril 2017, chez Artcurial, une planche de La Nuit est partie pour 50 000 € quand, le 22 novembre 2014, une peinture extraite d’Yragël s’est envolée pour 126 400 €. En France, seuls Enki Bilal, Pierre Soulages et Robert Combas atteignent une telle cote. Surtout, accrocher des originaux de Druillet va de soi. Ses planches de BD déconstruites, abolissant le gaufrier des cases, élaborées à l’encre de Chine, avec un peu de gouache et agrémentées parfois de collages photographiques, dépassent allègrement tous les formats usuels : 90 × 60 cm.

Philippe Druillet, Gaïl
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Philippe Druillet, Gaïl, 1977

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Double planche 8-9 et 10- 11. Encre de Chine et gouache blanche sur papier • © Philippe Druillet

Lucas Hureau ne s’est pas pour autant contenté d’un accrochage littéral, plongeant notamment aux sources du 9e art à travers une première salle dédiée aux influences qui, à elle seule, justifie de visiter la Ferme du Buisson. S’y côtoient, à travers des liens esthétiques permanents, la bande dessinée avant-gardiste des années 1960 publiée par Éric Losfeld (Pravda de Peellaert, Saga de Xam de Nicolas Devil, Barbarella de Forest), les grands réalistes américains (Alex Raymond, Hal Foster, Burne Hogarth), voire les contemporains de Métal Hurlant (Paul Gillon, Gal, Bilal, Moebius). Ensuite, c’est la claque. Architectures fantasques, vaisseaux merveilleux, portraits flippants, univers crissants, guerrières macabres, combats de Titans, visions d’enfer… les mondes cosmogoniques et allégoriques imaginés par Philippe Druillet apparaissent dans toute leur brutalité. Un artiste unique. Le contempteur rétro-futuriste et alambiqué de nos modernités. Des années qu’on attendait ça. Précipitez-vous !

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Philippe Druillet - La Nuit transfigurée

Du 6 avril 2018 au 21 avril 2018

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