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Galerie Perrotin

Quand le chat de Sophie Calle réunit Pharrell Williams, Bono et Camille

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Publié le , mis à jour le
Pour sa 15e exposition entre les murs de la galerie Perrotin, l’artiste française nous invite une fois de plus dans son intimité : le projet Souris Calle rend hommage à son chat, Souris, mort en 2014, à travers une quarantaine de chansons signées Pharrell Williams, Bono, Camille, Brigitte, Raphaël… Mais aussi et surtout elle-même. Un album aussi surprenant qu’émouvant, à écouter ici.
Sophie Calle, Pochette de l’album “Souris Calle”
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Sophie Calle, Pochette de l’album “Souris Calle”, 2018

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© Sophie Calle / ADAGP, Paris 2018 Courtesy Sophie Calle & Perrotin

« Le 26 janvier 2014, à 15h35, dix-sept années de nuits passées tous les deux enlacés, sans jamais fermer la porte de ma chambre pour qu’il puisse me rendre visite, ont pris fin ». Sophie Calle aimait tendrement son chat, Souris, qu’un amant lui avait offert en octobre 1996, pour son anniversaire. Il était, explique-t-elle, le seul animal vivant dans sa maison emplie d’animaux empaillés. Il se masturbait contre elle, ronflait, marchait comme John Wayne : elle en parle comme d’un événement poétique, cocasse, qui a disparu sans laisser quoi que ce soit d’autre derrière lui qu’un peu de sciure, et « l’absence du bruit des griffes dans les escaliers ».

Sophie Calle, Souris
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Sophie Calle, Souris, 2017

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Digital print • image 76,5 × 76,5 cm – texte 50,5 × 50,5 cm • © Claire Dorn, Courtesy Galerie Perrotin

Son amie Camille, célèbre chanteuse des titres Ta Douleur et Seeds, était présente le jour où Souris est mort. Elle lui a murmuré à l’oreille sa chanson She Was, avant que d’autres amis, également présents, le caressent une dernière fois, creusent un trou pour l’enterrer et se recueillent, plantant des jonquilles autour du petit corps froid. « Il est insupportable d’imaginer un chat qui d’ordinaire se blottit sous les radiateurs et dont la fourrure vous réchauffe reposant sous la terre gelée », souligne Sophie Calle. Sa réponse à l’insupportable est ce projet Souris Calle, extrêmement lumineux : il y a environ deux ans, inspirée par l’élan de son amie Camille, Sophie Calle a demandé à des amis musiciens de composer une chanson pour Souris. Ainsi qu’à des amis d’amis. Et lors de soirées mondaines, comme pour Pharrell Williams, rencontré à New York à une fête. La spontanéité de l’artiste française, accordée à son nom célèbre, ont fait le reste, et c’est aujourd’hui un album riche de quarante titres qui honore Souris.

Pour aider ses invités, Sophie Calle a envoyé à chacun quelques photographies et des explications ; celles-ci ont été quelquefois utilisées par les artistes, mixant ou reprenant ses mots. Ce matériel se retrouve dans une vidéo présentée dans la troisième et dernière salle de l’exposition de la galerie Perrotin – la première est dédiée à une grande installation des vinyles de l’album, édité à 900 exemplaires et vendu sur place, et la deuxième fait se succéder plusieurs box d’écoute, dans lesquels on s’installe confortablement (les plus fervents y passeront un peu moins de deux heures, durée de l’album).

Successivement, on entend les compositions de Jeanne Cherhal, d’Alex Beaupain, de Laurie Anderson, de Juliette Armanet, de Feu! Chatterton, de Christophe, de Jean-Michel Jarre, de Keren Ann, de Lou Doillon, de Thomas Fersen… La liste est longue, et prestigieuse. Avec un invité plutôt surprenant, Linus Öhrn, groupe de métal dont le morceau dure une minute et qui fait figure d’explosion au milieu des dizaines de chansons douces, spectrales, délicates ou amusantes des autres musiciens. Beaucoup de jeux de mots – « Chat va mon chamarré (…) Chalumeau de mon âme », souffle Clarika dans sa comptine Mon chat beauté –, quelques miaulements – dont un petit « miaou » à la toute fin de la composition électronique Cat Mouse de Pharrell Williams, comme si le chat avait quitté la pièce à l’instant –, et quelques aveux – Raphaël notamment, qui confie : « J’ai voulu écrire pour Sophie un oratorio pour Souris… J’ai essayé mais j’ai calé. »

Surtout, ultime morceau de l’album, la chanson de Sophie Calle. La voix de celle-ci était déjà apparue, remixée par Mirwais ou en trio avec Pierre Lapointe et Albin de la Simone (une beauté !) – la voici enfin seule. Sans artifice, sans effet, Sophie Calle chante Souris, et c’est absolument poignant : intitulée Les Sensations manquantes, la chanson dénote avec l’ensemble de l’album, puisqu’elle est tissée de vérités, de souvenirs, de détails parlants, et parvient à nous faire entendre les bruits de Souris, l’harmonie douce de ses pas, de ses caresses et de ses ronrons. Elle ajoute un point d’orgue aux trente-neuf morceaux des artistes invités, qui ont improvisé des compositions pop avec quelques éléments narratifs : elle est un morceau de vie brut, quoique travaillé avec charme, poésie et humour, comme sait toujours si bien le faire Sophie Calle. « Souris est le nom que j’aurai le plus souvent prononcé dans ma vie », dit-elle : impossible, pour nous, d’oublier ce nom, désormais associé au plus fabuleux hommage post mortem qu’ait reçu un matou noir et blanc.

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Sophie Calle. Souris Calle

Du 13 octobre 2018 au 22 décembre 2018

Retrouvez dans l’Encyclo : Sophie Calle

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