Article réservé aux abonnés

Sélection

Rencontres d’Arles : nos 10 expos coups de cœur

Par

Publié le , mis à jour le
Après un an d’absence et avec un nouveau directeur aux manettes, le plus célèbre festival photo du monde entre dans une nouvelle ère. Dans l’éclectique programmation 2021, qui met à l’honneur artistes émergents, horizons lointains et débats contemporains, Beaux Arts vous livre ses expos coups de cœur !

1. Des photos de mâles extatiques

Ambitieuse et réjouissante, l’exposition phare des Rencontres brise les codes de la sacro-sainte loi des genres, pas si naturelle que ça. Une démonstration magistrale venue du Barbican Centre et qui, une fois n’est pas coutume, met fin aux stéréotypes par le biais de la figure masculine. De l’apologie de la virilité par le corps à sa remise en question par les féministes et les milieux queer ou africains-américains, l’image traditionnelle du « mâle » a cédé la place à une multiplicité de modèles : imparfait et viscéral chez John Coplans, vulnérable dans les larmes de l’Allemand Bas Jan Ader, mystique et sensuel dans les nus de Rotimi Fani-Kayode ou ultrasexualisé chez les motards allemands généreusement dotés de Karlheinz Weinberger. Les regards se déplacent, glissant des femmes vers les hommes et vice versa.

Les poncifs sont mis à mal : celui du corps musclé que Robert Mapplethorpe déconstruit avec sa muse bodybuildée, ou celui du guerrier redoutable que les portraits de talibans aux yeux cernés de khôl découvert par Thomas Dworzak font voler en éclats. Adieu cow-boys, Rambo et autres héros de l’Amérique reaganienne. Le gangster tatoué chez Deana Lawson est aussi un père de famille attentionné, et les femmes, d’Ana Mendieta à Catherine Opie, portent la moustache à merveille. Lauréate 2021 du prix Women in Motion pour la photographie, Liz Johnson Artur explore de son côté la diaspora africaine en mouvement avec une liberté de ton non contenue. Savoureux vertiges que procure cette leçon de masculinité tout en nuances et loin des clichés.

Thomas Dworzak, Portrait de talibans
voir toutes les images

Thomas Dworzak, Portrait de talibans, 2002

i

Photographie • © Karlheinz Weinberger. Coll. Thomas Dworzak

Arrow

Masculinités – La libération par la photographie

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

2. Black avant-garde

Ils sont jeunes, africains-américains et pendant longtemps ont été relégués aux marges de la gloire. Aujourd’hui, leur cote s’envole et les marques, magazines, galeries et musées du monde entier se les arrachent : Campbell Addy, Daniel Obasi ou encore Nadine Ijewere font partie de cette nouvelle génération d’artistes au carrefour de l’art et de la mode et à la pointe de l’avant-garde. Conçue autour d’eux par le curateur Antwaun Sargent et la galerie new-yorkaise Aperture, « The New Black Vanguard » redistribue les cartes de la pop culture et balaie les clichés sur la créativité noire. On y retrouve Dana Scruggs, ses couleurs vives et ses corps pleins de soleil, mais aussi Tyler Mitchell, jeune prodige qui, à 23 ans seulement, immortalisait une Beyoncé rayonnante en couverture du Vogue US. Une première pour un photographe de couleur, qui en dit long sur une mise en lumière aussi vive que tardive. Désormais, ses photos humanistes s’exposent sur les cimaises des musées et racontent une nouvelle histoire : celle de l’espoir d’un avenir plus clément. À suivre, forcément.

Dana Scruggs, Nyadhour, Elevated
voir toutes les images

Dana Scruggs, Nyadhour, Elevated, 2019

i

© Dana Scruggs.

Arrow

The New Black Vanguard Photographie entre art et mode

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

3. Fragments recomposés et redessinés

Prix Découverte Louis Roederer

Attention découverte ! L’Américaine d’origine péruvienne Tarrah Krajnak se met en scène à Arles cet été, avec la série Rituels de maîtres II, second volet d’un hommage consacré aux grands maîtres nord-américains de la photographie. Après sa réinterprétation des paysages d’Ansel Adams, ce sont les fragments de corps des muses d’Edward Weston que la photographe mime ici, en rétablissant à l’image ce qu’il avait laissé hors champ : une main par ici, un regard furtif par là… Elle y dévoile ses choix de cadrage et de fabrication de l’image, comme un making-of de l’original. Krajnak recentre la série sur le modèle féminin et lui redonne le contrôle, déclencheur à distance en main. Devenue à la fois photographe et sujet, l’artiste recompose la partition de l’autoportrait performatif dans des selfies noir et blanc à l’allure anachronique mais à la modernité criante.

Tarrah Krajnak, Autoportrait en Weston / en Charis Wilson, 1936/1920, série “Rituels de maîtres II : les nus de Weston”
voir toutes les images

Tarrah Krajnak, Autoportrait en Weston / en Charis Wilson, 1936/1920, série “Rituels de maîtres II : les nus de Weston”, 2020

i

Courtesy Tarrah Krajnak.

Arrow

Tarrah Krajnak – Rituels de maîtres II : les nus de Weston

Du 4 juillet 2021 au 29 août 2021

www.rencontres-arles.com

4. Êtres hybrides entre passé et futur

Prix Découverte Louis Roederer

L’Allemand Jonas Kamm explore le médium avec ses Habitants, série hybride dont la genèse réside dans les codes d’un logiciel informatique. Entre sculpture et peinture, outils numériques et prises de vue, l’artiste multidisciplinaire, diplômé de l’université des Arts de Folkwang, à Essen, crée des figures étranges et minérales, sorte d’avatars flottant entre deux mondes, le réel et le dématérialisé. Ces personnages érodés semblent avoir été découverts après des siècles d’ensevelissement. Tirés du néant, après quelques heures de calcul et un brin de hasard, ils nous projettent dans une dimension parallèle, archaïque, où le temps devient une notion perméable, aussi poreuse que la pierre et le crépi. Une esthétique uchronique faite de reliques du passé et du futur. Troublant.

Jonas Kamm, série « Les habitants »
voir toutes les images

Jonas Kamm, série « Les habitants », 2020

i

Courtesy Jonas Kamm.

Arrow

Jonas Kamm – Les habitants

Du 4 juin 2021 au 29 août 2021

www.rencontres-arles.com

5. Régime alimentaire en cartographie

Projet lauréat du Luma Rencontres
Dummy Book Award 2019

Cinq bananes et un journal local à la publicité aguicheuse. Voilà pour la lecture et pour vos trois repas du jour. Avec leur série Seuil de pauvreté, les artistes Chow et Lin, respectivement photographe et économiste, offrent un portrait du « pain quotidien » de ceux dont les revenus correspondent au seuil de pauvreté. Pendant dix ans, le duo a parcouru le globe en reconstituant l’assiette des plus modestes. 20 000 km et 36 pays plus tard, ils sont parvenus à dresser une cartographie gastronomique des inégalités et des fractures sociales. D’un pays à l’autre, la somme en poche varie – de 0,45 dollars au Népal en 2011 à 10,26 dollars en Norvège en 2014 – et les menus aussi : pattes de poulet en Birmanie, pâtisseries en France, nouilles instantanées au Nigeria. En toile de fond, toujours, les pages d’un périodique aux titres et encarts parfois ironiques, comme cette tarte aux framboises posée sur les caricatures grinçantes d’un Charlie hebdo, ou les macaronis étalés sur un article d’étude comparée de shopping en ligne. Comme pour mieux souligner les dérives d’une civilisation aussi distraite que connectée.

Chow et Lin, Chine, Pékin, janvier 2016. 8,22 CNY (1,27 USD ; 1,17 EUR)
voir toutes les images

Chow et Lin, Chine, Pékin, janvier 2016. 8,22 CNY (1,27 USD ; 1,17 EUR), 2016

i

En 2016 à Pékin, avec des revenus équivalents au seuil de pauvreté, vous aviez 1,17 euros par jour pour vous nourrir, l’équivalent d’un régime de bananes. Le duo
Chow et Lin met en lumière les inégalités sur fond de papier journal.

© Chow et Lin.

Arrow

Chow et Lin – Seuil de pauvreté

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

6. La botanique pour révéler des images

Lauréate 2020 de la Résidence BMW

À l’heure où le numérique donne une forme à tous les rêves, Almudena Romero passe son temps avec le réel et la nature. Dans le projet « The Pigment Change », elle explore les limites du huitième art et y ajoute une bonne dose de conscience écologique. En exposant des négatifs de ses archives familiales sur des panneaux de semence de cresson, l’artiste plasticienne joue à la botaniste et fait littéralement « pousser » ses photographies, transformées en jardin d’images. Dans une autre série, elle se sert de la plante comme toile de fond et la chlorophylle dessine les contours d’une main, d’un visage. La photo devient vivante, organique, mais aussi inéluctablement vouée à disparaître. La Madrilène questionne la durabilité du médium et ses dérives environnementales, là où le digital démultiplie les possibilités de production et de circulation des œuvres. Et remet au goût du jour l’éphémère.

Almudena Romero, Family Album 1
voir toutes les images

Almudena Romero, Family Album 1, 2020

i

© Almudena Romero.

Arrow

Almudena Romero – The Pigment Change

Du 4 juillet 2021 au 29 août 2021

www.rencontres-arles.com

7. Monumentale Sabine Weiss

Prix Women in Motion pour la photographie 2020

Née Weber à Saint-Gingolph en Suisse en 1924, Sabine Weiss est un monument de la photographie de rue et des émotions humaines. À 96 ans, celle qui se revendique « photographe-artisan et témoin plutôt qu’artiste » a pris toute sa vie le pouls des autres pour devenir, aux côtés des Doisneau, Ronis et Brassaï, l’une des figures de proue du courant humaniste apparu dans l’entre-deux-guerres. Pour Arles, elle a sorti de ses boîtes précieusement conservées dans sa maison-atelier parisienne des archives plus ou moins connues, extraits de ses voyages, rencontres et commandes commerciales. L’occasion de plonger dans ces moments uniques mêlant travestis sur scène, pensionnaires d’un hôpital psychiatrique, mariage gitan et fêtes du nouvel an… Sans jugement ni grandiloquence, juste des instants de vie.

Sabine Weiss, Félix Labisse, peintre décorateur
voir toutes les images

Sabine Weiss, Félix Labisse, peintre décorateur, 1952

i

© Sabine Weiss.

Arrow

Sabine Weiss – Une vie de photographe

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

8. La Corée du Nord piégée

Après des années à couvrir des zones de conflit, en Afghanistan, au Kosovo ou en Irak, le photographe Stéphan Gladieu n’avait pas peur d’infiltrer l’une des dictatures les plus opaques du monde. Et encore moins d’y tirer le portrait de ceux qui font son quotidien, dans un pays où l’individu n’existe pas et où la photographie se limite aux fables collectives ou aux images soigneusement mises en scène de la dynastie Kim. Plan fixe, lumière au flash, couleurs vives et vues frontales : le cadre rigoureux – et contrôlable – de ses portraits-miroirs a su pourtant amadouer les autorités nord-coréennes. Une docilité apparente qui lui permettra de choisir ses sujets, une fois posés le lieu et le champ de son studio de rue. Aux côtés des agriculteurs, militaires et autres figures de propagande pétrifiées, on y découvre des hôtesses aux allures de James Bond girl, une famille élégante en balade dans le zoo de Pyongyang, des écoliers dans des parcs d’attractions ou avant une séance de cinéma 3D. Impressions subtiles d’une société qui, petit à petit, explore une nouvelle identité culturelle. Un vent de rébellion soufflerait-il ?

Stéphan Gladieu, Entraînement au stand de tir
voir toutes les images

Stéphan Gladieu, Entraînement au stand de tir, Juin 2018

i

Courtesy School Gallery-Olivier Castaing, Paris.

Arrow

Stéphan Gladieu - République populaire démocratique de Corée, portraits

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

9. Toutes les légendes du jazz

John Coltrane, Billie Holiday, Charles Mingus… Toutes les grandes stars du jazz ont fait la couverture de Jazz magazine. Fondée en 1954 par le couple Nicole et Eddie Barclay, la revue emboîte le pas à l’avant-garde et prend le contre-pied des discriminations subies par les Africains-Américains, icônes du jazz ou pas, des deux côtés de l’Atlantique. L’exposition (et le riche catalogue qui l’accompagne) parcourt les vingt premières années de ce mensuel qui, sous la houlette de Frank Ténot et Daniel Filipacchi, participera à la construction des légendes shootées par de grands noms comme Herman Leonard ou de jeunes inconnus, Jean-Marie Périer en tête. Dans les coulisses, Ella Fitzgerald swingue en talons, Elvin Jones resserre sa cravate et Ron Carter médite. Les cadrages sont insolents, la lumière effrontée et les jeux de typo pleins de modernité. Qui a dit que le son n’était pas photogénique ?

Giuseppe Pino, Roy Ayers
voir toutes les images

Giuseppe Pino, Roy Ayers, Vers 1969

i

Archives Jazz Magazine. © Chenz-Dalle

Arrow

Jazz Power! – Jazz magazine, vingt ans d’avant-garde (1954-1974)

Du 4 juillet 2021 au 26 septembre 2021

www.rencontres-arles.com

10. Les portraits sans fard de Pieter Hugo

Sa série sur le Mexique devait être un moment fort de la saison 2020. Soucieux de respecter le programme de son prédécesseur, Christoph Wiesner a conservé l’une des têtes d’affiche du festival, mais troqué le projet initial de Pieter Hugo pour un panorama quasi rétrospectif de ses portraits. Car c’est dans les projets au long cours et dans le regard de l’autre que le Sud-Africain, passé par le photojournalisme, puise son adrénaline. Aux instants volés dans l’urgence, il préfère les rencontres : « Je commence presque toujours mon travail en me présentant. Je regarde et on me regarde en retour. » Qu’il portraiture une mariée posant avec un iguane, des trans tatoués ou des odalisques modernes, Pieter Hugo regarde l’humanité frontalement et se glisse dans les récits. En rassemblant vingt ans de tête-à-tête glanés dans le monde entier, l’exposition offre une parabole sublime de ce moment crucial où le sujet baisse les armes, sans filtre.

Pieter Hugo, To Have and to Hold, Oaxaca de Juárez
voir toutes les images

Pieter Hugo, To Have and to Hold, Oaxaca de Juárez, 2018

i

Courtesy Pieter Hugo

Arrow

La cucaracha. Pieter Hugo

Du 6 septembre 2019 au 23 novembre 2019

Arrow

Rencontres d'Arles 2021

Du 4 juillet au 26 septembre

https://www.rencontres-arles.com/

 

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi