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Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme

René Goscinny, de l’exil au rire

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Publié le , mis à jour le
Le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (Mahj) revient sur la vie et l’œuvre de René Goscinny, disparu il y a quarante ans. Cette première rétrospective consacrée au père du Petit Nicolas et d’Astérix célèbre la « culture goscinnienne », imprégnée du judaïsme d’Europe orientale, notamment à travers des planches et scénarios originaux. L’occasion aussi de révéler une facette moins connue du scénariste.
René Goscinny, Iznogoud menaçant la ville de Bagdad
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René Goscinny, Iznogoud menaçant la ville de Bagdad, Dessin pour la couverture de Pilote n°446 du 9 mai 1968

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Gouache, encres de couleur et encre de Chine • © IMAV éditions / Goscinny – Tabary

Goscinny exposé au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, à Paris ? L’événement mérite quelques éclaircissements… C’est d’abord l’indice que sa biographie est peu connue. Une méconnaissance qui est inversement proportionnelle à la notoriété d’Astérix. Si le petit Gaulois est une co-création de Goscinny et Uderzo, c’est bien le premier qui inventa son nom, ses attributions, et écrivit ses meilleures aventures. Mais cette création relativement tardive – Goscinny avait 33 ans quand Astérix parut – est venue se greffer à toutes les expériences précédentes du scénariste, qui avait notamment cherché fortune aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Stanislas, Anna, Claude et René Goscinny
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Stanislas, Anna, Claude et René Goscinny, Paris, 12 février 1927

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Photo Simonet © Anne Goscinny. Prêt de l’institut René Goscinny

Auparavant, le jeune René avait vécu avec ses parents en Argentine. Grâce aux archives familiales Beresniak et Goscinny, dont une partie est exposée au Mahj, on sait désormais que Stanislas Goscinny et son épouse Anna Beresniak avaient maintenu des liens étroits avec la famille de cette dernière restée en France. L’arrivée d’immigrés juifs allemands fuyant le régime national-socialiste était alors facilitée par la Jewish Colonization Association. Lorsque la guerre éclata, le couple garda contact au travers de lettres, telle celle de Cécile Darevsky, la sœur d’Anna, qui dès 1940 s’était réfugiée dans le Sud de la France avec son père, Abraham Lazare. Stanislas et Anna Goscinny utilisèrent le réseau de la JCA, ensuite liée à l’organisation d’aide aux juifs – la HIAS-HICEM – qui possédait des bureaux au Portugal, et transmettait de l’argent et des colis à Cécile.

À bien regarder certains dessins de René Goscinny – qui dessina avant de devenir scénariste – on ne peut qu’être édifié par certains des personnages représentés – Hitler et Laval, par exemple. La réalité de l’holocauste n’est pas encore connue mais la chasse aux juifs est lancée, et René Goscinny ne pouvait l’ignorer. Cela dit, il n’est jamais fait mention des juifs ou de leur persécution dans son œuvre à venir. Pourquoi ? Goscinny était soucieux de produire une œuvre universelle, loin des soubresauts de l’histoire récente. En outre, il était très regardant sur sa vie privée. Pour autant, certains indices prouvent qu’il était sensible à sa judéité.

René Goscinny, Famille Mueller
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René Goscinny, Famille Mueller, vers 1943 ou 1945

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Encre de Chine et mine de plomb sur carton • 18 × 26 cm • © Anne Goscinny. Prêt de l’institut René Goscinny

En 1966, le New York Times rapporte la question d’une femme lui demandant si, dans Astérix chez les Goths, les Romains qu’il avait créés étaient le reflet de ce qu’il avait connu sous l’Occupation. L’amuseur avait répondu en anglais : « It is not possible to joke about concentration camps [Il n’est pas possible de plaisanter à propos des camps de concentration] ». Dans L’Express, en 1974, il explique à la journaliste Sophie Lannes : « On a fait de moi « le chantre du Français moyen », xénophobe, chauvin. Et raciste de surcroît. Alors qu’une partie de ma famille est morte dans les camps de concentration. Ce sont des accusations que je ne supporte pas ». Ce n’est que dans l’Odyssée d’Astérix, un scénario post-mortem écrit par Uderzo, que des personnages juifs font leur apparition.

Selon Anne-Hélène Hoog, la commissaire de l’exposition « Goscinny. Au-delà du rire », le fait que Goscinny parlait de multiples langues et comprenait le yiddish sont constitutives de son remarquable esprit. Elles lui ont également permis de mettre à distance les événements dramatiques issus de son histoire familiale : « Ces dispositions lui ont donné l’opportunité de traverser et comprendre des mondes différents, de combiner des mots et des images mentales diverses. Le plurilinguisme introduit un espace de jeu où l’esprit acquiert de la souplesse et, dans le cas de Goscinny, une virtuosité pour jongler avec les mots, les sons et les clichés en les retournant et en les décomposant pour construire de nouvelles formes, et donc de nouvelles visions. », affirme la commissaire. On comprend mieux, dès lors, les nombreux jeux de noms et de mots du génial humoriste. Autre élément éclairant de l’exposition, visible dès le début du parcours avec la mise en situation de la machine à écrire sur laquelle Goscinny a imaginé les scénarios d’Astérix, de Lucky Luke, de Valentin le vagabond, d’Iznogoud ou du Petit Nicolas : c’était un amoureux de la chose imprimée.

René Goscinny (scénario) et Morris (dess.), avec un assistant de Morris (dess.), Lucky Luke, La Ballade des Dalton
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René Goscinny (scénario) et Morris (dess.), avec un assistant de Morris (dess.), Lucky Luke, La Ballade des Dalton, 1978

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Encre de Chine sur papier • pl. n°105-108 • © Mediatoon

Cette particularité professionnelle est également une disposition familiale. Les Beresniak étaient une famille d’imprimeurs sur trois générations, de père en fils. Anne-Hélène Hoog attribue cette propension à certains ouvriers juifs d’Europe centrale : « René Goscinny a grandi dans un milieu où l’on lisait des livres et des journaux, et où le travail du typographe, en allemand le Drucksetzer et en yiddish le zetser, était essentiel. Le zetser compose la page du livre ou du journal, il joue avec les mots, les fontes, les mises en page. Il fabrique l’objet lu avec le souci de l’intelligence et de l’esthétique de la page. »

René Goscinny
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René Goscinny

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© Anne Goscinny. Prêt de l’institut René Goscinny

Goscinny a, dès l’enfance, fréquenté le milieu des imprimeurs pendant ses vacances en France chez les Beresniak. Adolescent, à Buenos Aires, il a écrit et dessiné pour les journaux, puis il a continué dans le monde de la publicité, de l’édition et de la presse. Le quatrième chapitre du livre Les Récrés du Petit Nicolas s’intitule d’ailleurs « On fait un journal ». La manière dont Goscinny a travaillé est très similaire à celle d’un zetser, tant dans la conception que dans la démarche et la réalisation d’un journal, d’une bande dessinée ou d’un texte. On s’en rend bien compte à travers l’analyse des nombreux tapuscrits visibles dans l’exposition « Goscinny. Au-delà du rire ». Le talent de Goscinny y est à l’œuvre et se révèle notamment à travers les planches originales, également visibles sur les cimaises du Mahj, des génies du neuvième art qui ont eu la chance d’illustrer en bande dessinée ses scénarios : Uderzo, Morris, Tabary, Franquin, Paape, Tibet, Jijé, Sempé. Excusez du peu.

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René Goscinny. Au-delà du rire

Du 27 septembre 2017 au 4 mars 2018

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Goscinny et le cinéma

Du 4 octobre 2017 au 4 mars 2018

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