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MARSEILLE

Rolling Stones et artistes : le choc des titans

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Déjanté, hyperactif, exubérant… Après plus de 50 ans de carrière, l’esprit libre des Rolling Stones n’a pas pris une ride ! Après avoir parcouru le monde (Londres, New York…), leur exposition « Unzipped » arrive enfin en France, et c’est à Marseille qu’elle s’installe. À cette occasion, Beaux Arts revient sur les folles collaborations qui ont uni ces stars du rock aux plus grands artistes.
Andy Warhol et Mick Jagger lors de la promotion de l’album Love You Live, à New York, le 23 septembre 1977.
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Andy Warhol et Mick Jagger lors de la promotion de l’album Love You Live, à New York, le 23 septembre 1977.

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© Anonymous/AP/SIPA

« L’une des choses que les Stones ont su faire, c’est de choisir comme collaborateurs de grandes personnalités. Mick est concentré sur ce qu’il veut obtenir d’un point de vue créatif. Je comprends pourquoi ce gars est une telle force dans la culture. » En deux phrases, le street artiste Shepard Fairey résume presque 60 ans de fascination et de symbiose entre le quatuor rockissime et les arts.

« Wouldn’t it be fun to put a blue-jean zipper on a cover ? » « Yeah, that sounds like a great idea, man. » (« Ce ne serait pas marrant de mettre une fermeture éclair de jean sur la pochette ? » « Oui, c’est une idée géniale, mec. ») Voilà comment, dans le brouhaha d’une soirée londonienne, Andy Warhol, le roi du pop art, trace en filigrane l’idée de la pochette (et du scandale) du prochain album des Stones. L’affaire est entendue et, le 21 avril 1969, Mick Jagger précise sa commande : « Cher Andy (…) Ci-joint, deux boîtes de matériel que tu pourras utiliser ainsi que le disque en question. De ma courte et douce expérience, plus le format de l’album est compliqué, plus la reproduction sera fastidieuse. » Jagger a beau envoyer quelques morceaux, pour l’inventeur du pop art, c’est le contenant qui prime. Un objet d’art sulfureux qui prend la forme d’un polaroïd de bassin d’homme vêtu d’un Levis 505 sur lequel on distingue la proéminence phallique du modèle.

Andy Warhol, Billy Name, Craig Braun, John Pasche, Rolling Stones Records, pochette d’album pour Sticky Fingers
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Andy Warhol, Billy Name, Craig Braun, John Pasche, Rolling Stones Records, pochette d’album pour Sticky Fingers, 1971

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Coll. The Museum of Modern Art, New York. • © Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence

Second trait de génie, le zip métallique laissant apparaître, quand on le descend, un slip kangourou blanc. S’il raye la face B du vinyle, Warhol, qui a déjà fait sensation avec la mythique banane des Velvet en 1967, n’en a cure. Exit les considérations techniques ou financières. Provocante à souhait, la cover Sticky Fingers rempli son rôle et à sa sortie, le 23 avril 1971, certains pays l’interdisent. Si la collaboration avec Andy continue – en 1977 sort la pochette de l’album Love You Live puis, en 1983, celle d’Emotional Tattoo – les Stones recourent aussi aux services de David Bailey pour Out of Our Heads (1965) et Goats Head Soup (1973). « D’une certaine façon, dira le photographe, la musique influence l’art et l’art influence la musique ; c’était une rue à deux voies. » Cet échange artistique constant se poursuit jusqu’aux 50 ans du groupe. Mick Jagger contacte son ami Walton Ford. L’artiste contemporain imagine un gorille aux crocs acérés, flanqué des célèbres lèvres, pour l’album GRRR ! alors que, parallèlement, le street artist américain Shepard Fairey réinvente le logo créé par John Pashe en 1971. Enfin, en 2017, Speedy Graphito mêle les logos du PSG et des Stones pour une collection lifestyle exclusive…

Andy Warhol, Mick Jagger
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Andy Warhol, Mick Jagger, 1975

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Acrylique et sérigraphie sur toile • 101,6 × 101,6 cm • Collection particulière • © Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2021

Cinquantième anniversaire, Mick porte une tenue unique créée par L’Wren Scott. En 2013, Slimane habille Keith Richard et sort « Saint Laurent Stage Wear by Hedi Slimane ». En 2019, la créatrice Jane Hayward imagine 40 pièces pour le « No Filter Tour ». Voilà quelques exemples de la période « moderne » où les looks hors du commun répondent au gigantisme des concerts. « Les enjeux étaient plus élevés, et on attendait presque des stylistes haute couture. » Avant, c’est-à-dire à partir des années 1960, ce sont eux, « un groupe qui se produisait en portant de vrais vêtements, pas de pseudo-costumes », qui inspirent les stylistes : les vêtements bohème chic d’Anna Sui (« En fait, lorsque je prépare une collection, je me dis toujours : « Est-ce assez cool pour Keith ? » »), les tops en mousseline de soie, la légendaire chemise en satin rouge du concert de Altamont, les une-pièce moulants du britannique Ossie Clark ou l’ensemble à la touche asiatique signé Mary McFadden. « Les Stones, dira le designer américain John Varvatos, ont toujours été des leaders, pas des suiveurs ».

Pas suiveurs, parce que jamais sous le joug de l’uniforme comme ont pu l’être les Beatles ; leaders, parce que de leur picorage vestimentaire sur King’s Road est née une codification nouvelle. De dandy des Swinging Sixties, ils sont devenus des bad boys en passant par le look bohème, western, punk et glam ; des activistes du vestiaire androgyne de l’homme et du style boyfriend de la femme. Des identités fascinantes. Si fascinantes que « le groupe est l’exemple même d’une force culturelle qui vous attire si puissamment que vous ne pouvez pas vous en détacher », pas même les génies du septième art.

John Pasche, De gauche à droite : Affiches de tournée de 1970, 1972 et 1973
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John Pasche, De gauche à droite : Affiches de tournée de 1970, 1972 et 1973

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© John Pasche

« Ce serait génial si tout ça était filmé », lâche Mick dans un hôtel de Belfast après une imitation d’Elvis, en septembre 1965. Il n’y a qu’à demander. En 1966 sort Charlie is my darling, de Peter Whitehead, le tout premier hymne du cinéma consacré au groupe. Tourné entre 1965 et 1966, très peu montré et tombé dans l’oubli, il filme le bruit et la fureur de la tournée irlandaise suite au titre Satisfaction. Deux ans plus tard, Jean-Luc Godard balance un solide coup de poing au producteur en découvrant la version modifiée de son film. Sympathy for the devil ouvre le champ du documentaire intimiste. « Sans doute, explique Martin Scorsese, l’un des plus fascinants films sur les Rolling Stones et leur œuvre (…). » Indiscutablement, et Scorsese le rappelle, « le rock est au cœur de la réalisation cinématographique ».

Rob Marshall, Keith Richards dans Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence
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Rob Marshall, Keith Richards dans Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence, 2011

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© Walt Disney Pictures / The Kobal Collection / Aurimages. © Concert Promotions International / The Kobal Collection / Cohl, Jacob / Aurimages

En 1970, sort Gimme Shelter, des frères Maysles, film culte qui mêle images chahutées du festival de Altamont et moments de recueillement. Sans conteste, l’œuvre la plus perturbante reste Cocksucker Blues (1972), commandée au photographe Robert Franck, puis interdite par le groupe. Le titre accrocheur donne le ton : fixer le fantasme lié aux Stones et le légendaire cocktail « sex, drugs et rock’n’roll », à renfort de scènes chocs (une intraveineuse en direct, un téléviseur balancé du sixième étage ou un strip-tease de Jagger). En 2008, Shine a light, tourné à New York par Scorsese, renoue avec une narration intime: « L’idée était de capturer la beauté, la joie, de jouer de la musique en direct, devant un public. »

Outre ces documentaires exceptionnels auxquels s’ajoutent Crossfire Hurricane (2012) de Brett Morgen et Havana Moon (2016), de Paul Dugdale, Mick Jagger et Keith Richards ont aussi endossé le costume d’acteurs. Le premier dans le film Performance (1969), de Nicolas Rœg, Ned Kelly (1970), de Tony Richardson puis, en 2019, dans The Burnt Orange Heresy, de Giuseppe Capotondi. Keith, de son côté fait une apparition dans la saison 12 de Supernatural et sous les traits de Teague Sparrow, dans Pirates des Caraïbes (2007 et 2011).

« Le passé est très beau, et je ne veux pas l’oublier ou l’effacer, mais je ne veux pas en être prisonnier. » Mêlant subtilement fantasme et mémoire, les collaborations artistiques répondent jusqu’à aujourd’hui au souhait de Mick Jagger : déjouer le passé et multiplier les identités. N’en gardant que l’immortalité.

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The Rolling Stones. Unzipped

Du 10 juin 2021 au 5 septembre 2021

www.orangevelodrome.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Andy Warhol

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