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Saint-Nazaire

L’incroyable cascade de sable de Stéphane Thidet

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Publié le , mis à jour le
C’est probablement la dernière exposition d’art contemporain que l’on verra dans l’ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire. Un monstre de béton, où le centre d’art de la ville mène depuis 2009 une ambitieuse programmation estivale, profitant de ses volumes hors-normes. Pour ses adieux au LiFE – la mairie désirant réorienter l’usage du lieu –, le Grand Café invite Stéphane Thidet à l’investir d’une œuvre monumentale, avec le panache qu’on lui connaît. Résultat ? Wow…
Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand  Café – centre d’art contemporain
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Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand Café – centre d’art contemporain, 2022

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Courtesy Galerie Aline Vidal, Paris / © ADAGP, Paris, 2022 / Photo Marc Domage

C’est un bloc de 1600 mètres carrés. Une seule salle, rectangulaire, sombre, appelée le LiFE. Dans une mégastructure hantée par la guerre et la violence, la base sous-marine de Saint-Nazaire ayant été construite par l’Allemagne nazie lorsqu’elle occupait la France durant la Seconde Guerre mondiale. Pour défier l’Histoire et y répondre, le Grand Café de Saint-Nazaire (situé à deux pas de là) y a depuis une quinzaine d’années multiplié les projets : le jardinier Gilles Clément a transformé son toit en prairie fertile, et chaque été a offert jusqu’à aujourd’hui l’occasion d’une grande exposition gratuite. On y aura vu une installation vidéo en 12 écrans géants de Harun Farocki, une gigantesque maquette en mousse polyuréthane de Simone Decker, des montagnes russes métalliques signées Jeppe Hein…

Cette fois-ci, place à une installation hypnotisante et infiniment sereine, quoiqu’un peu inquiétante. L’artiste français Stéphane Thidet (né en 1974), qui n’en est pas à son premier projet monumental, a imaginé in situ une cascade au flux continu. Celle-ci coupe l’espace en deux, et il est impossible de la contourner, ou de la dépasser pour la voir par derrière. Ainsi, elle est comme une scène de théâtre, que l’on regarde – longuement – de face. « Le white cube a ses codes, le théâtre a ses codes. J’aime jouer avec tous les codes, et ce lieu est déjà un peu une scène par ses proportions », éclaire l’artiste. Ce qui coule ? Non de l’eau, mais du sable. Devant la cascade, des dunes, sensuelles dans leurs courbes parfaites, veloutées sous la lumière rousse. On y plongerait volontiers les mains… Mais leur harmonie délicate en serait immédiatement souillée. Un détail étrange : le sable qui coule et coule encore ne change pas la forme de ce micro-paysage désertique, ne fait ni grossir ni déborder les dunes. Il y a un truc. On le devine en suivant des yeux les longs tuyaux noirs qui remontent jusqu’en haut de la cascade : le sable est perpétuellement réutilisé.

Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand  Café – centre d’art contemporain
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Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand Café – centre d’art contemporain, 2022

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Courtesy Galerie Aline Vidal, Paris / © ADAGP, Paris, 2022 / Photo Marc Domage

« J’avais un désir de chute qui vient du monde dans lequel on vit, mais un émerveillement est possible… »

Stéphane Thidet

En une seule vision, l’artiste réunit donc à la fois la chute, la perte, la beauté, la stabilité, le mouvement perpétuel, l’harmonie, l’écoulement. « J’avais un désir de chute qui vient du monde dans lequel on vit, nous explique l’artiste. Mais un émerveillement est possible : c’est une tension que j’essaie de garder. » Stéphane Thidet a voulu répondre au béton de la structure du lieu par du sable – rappelant par là-même que le béton naît du sable – et évoquer l’idée que le bâtiment « coulerait de l’intérieur ». Le LiFE n’est alors plus tout à fait un écrin : l’œuvre s’inscrit dans sa continuité, en poursuit l’histoire. Quant à la matière principale de l’œuvre, elle est tout à fait spéciale puisqu’écologique. « J’ai utilisé un sable végétal fait de coques de noix broyées. C’est un matériau qui m’a plu, parce qu’il travaille avec le déjà-là. »

Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand  Café – centre d’art contemporain
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Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand Café – centre d’art contemporain, 2022

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Courtesy Galerie Aline Vidal, Paris / © ADAGP, Paris, 2022 / Photo Marc Domage

Stéphane Thidet, on le disait, n’en est pas à son coup d’essai. Toujours ambitieux, l’artiste est friand de projets à grande échelle, réalisés en collaboration étroite avec des artisans et des entreprises qui l’introduisent à des savoir-faire précis voire inédits, « qui n’existent pas dans l’industrie » (ici, il a travaillé avec les Ateliers Puzzle à Nantes, et c’est l’écoulement harmonieux du sable sur toute la largeur du site qui a posé le plus de questions). De lui, il ne faut attendre que la surprise, l’enchantement. Car il a déjà détourné la Seine pour la faire venir dans la Conciergerie, créé un circuit de moto à la Biennale de Lyon, amené un terril noir au Louvre-Lens… Actuellement, on peut voir à la fondation Wattwiller son Refuge (2007) antinomique, soit une cabane en bois à taille réelle à l’intérieur de laquelle tombe une pluie continue. Stéphane Thidet est un poète fabuleux, qui a écrit « Pour tes beaux yeux » en lettres capitales sur la Seine Musicale à Boulogne-Billancourt en 2021, et qui avait déjà créé une cascade pour le Voyage à Nantes en 2020, un rideau d’eau devant le théâtre Graslin.

Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand  Café – centre d’art contemporain
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Stéphane Thidet, Bruit rose, au LiFE, base sous-marine de Saint-Nazaire. Production Le Grand Café – centre d’art contemporain, 2022

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Courtesy Galerie Aline Vidal, Paris / © ADAGP, Paris, 2022 / Photo Marc Domage

Ici, l’homme a souhaité « ériger tout en faisant tomber », faire se confronter la masse et la légèreté, donner forme à une sculpture monumentale qui « peut s’effacer en deux secondes : on arrête la machine, et l’œuvre disparaît ». Pour son titre, il a choisi Bruit rose, soit le bruit d’une cascade, et n’a pas voulu dissimuler les sons techniques de son installation, pour au contraire la donner à sentir par l’ouïe : « La machine est dévoilée. » Comme le dit la directrice du centre d’art Sophie Legrandjacques : « Il s’agit d’habiter le lieu, pas de le remplir. » Avec ce coup d’éclat superbe, la puissance de l’art contemporain n’aurait pu être mieux illustrée. Espérons que la mairie se laissera séduire, et permettra encore de belles propositions.

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Stéphane Thidet. Bruit rose

Du 8 juillet 2022 au 2 octobre 2022

www.grandcafe-saintnazaire.fr

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