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Reims

Une explosion de fleurs et de bonheur

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Publié le , mis à jour le
Prenant le contrepied de la morosité ambiante, le Domaine Pommery transforme son nouvel espace d’expositions, le cellier Pompadour, en un jardin luxuriant où il fait bon humer le parfum de l’art. Une proposition complémentaire à l’Expérience Pommery #15 qui transfigure les crayères du domaine. Mais surtout, une exposition qui fait du bien !
Vue in situ de l’exposition
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© Ballade Studio

« Offrez-moi une fleur ! » C’est avec ces mots et ce désir que tout a commencé. En mars dernier, désolée par cette morosité qui s’installait alors que le contexte sanitaire imposait de maintenir fermé le domaine, Nathalie Vranken s’adressait ainsi aux artistes qui avaient déjà participé aux « Expériences Pommery ». Ils ont tous dit oui ! Et pour que ce projet devienne une pure explosion de fleurs sous le signe de la renaissance (so blooming!), elle a confié le commissariat à ses deux complices, Fabrice Bousteau, directeur de la rédaction de Beaux-Arts Magazine, et Catherine Delot, directrice du musée des Beaux-Arts de Reims. D’où un dialogue printanier entre créations récentes et œuvres du XIXe siècle du musée (fermé jusqu’en 2024 pour travaux). Cette balade enchanteresse dans le cellier Pompadour offre une véritable virée à la campagne balisée par les abeilles et les papillons géants du fantasque Jean-François Fourtou.

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On entend les insectes butiner dans la prairie sauvage du duo Ida Tursic et Wilfried Mille, on ressent la fraîcheur du paysage matinal dans la vue de Honfleur de Camille Corot, le soleil de midi accablant dans le jardin fleuri d’Abel Truchet, et l’obscurité du soir qui découpe les silhouettes des plantes dorées à la feuille d’or de Lionel Estève. Au fur et à mesure qu’on avance dans ce labyrinthe bucolique, on traverse différents moments de la journée et de l’histoire de l’art : de la peinture de paysage à la nature morte, dont celle aux cerises d’Antoine Vollon qui renvoie à la tradition du XVIIe siècle. Sujet incontournable, il est troublant de voir les interprétations de Henri Fantin-Latour et Stephan Gladieu tant leurs roses peintes pour l’un, photographiées pour l’autre, sont formellement proches alors qu’un siècle les sépare. Laurent Pernot l’aborde avec son génie poétique et fige dans la glace son bouquet et la console XVIIIe sur laquelle il est posé. Le temps s’est arrêté pour l’éternité, venant contrecarrer le message moralisateur et glaçant des vanités.

Beau par nature

L’exposition se veut une fête et une célébration de la joie de vivre. Ce que traduit très bien le tableau introductif de Gaston Béthune dépeignant cette ronde de jeunes femmes en fleurs au sein d’une clairière. On se laisse porter par les champs colorés de Jean-Pierre Formica ou encore aspirer par le collage de Keith Tyson qui est comme un vortex. Les dialogues surprennent car ils fonctionnent heureusement, telle la confrontation improbable entre Le petit fleuriste (Victor Weinsanto) de Pierre & Gilles et Margot d’Adolphe Binet. La beauté et la féminité s’imposent comme un fil conducteur, que ce soit dans les portraits, mais aussi dans les courbes des céramiques et du mobilier Art nouveau, et peut-être surtout dans ce flot de fleurs qui nous transporte.

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Mais il ne faudrait pas croire en la naïveté des commissaires qui n’auraient qu’une vision romantique et esthétique de la nature. Lorsqu’on arrive au cœur du jardin et qu’on atteint la pièce d’eau centrale, elle se révèle inquiétante, à commencer avec le chef-d’œuvre de l’exposition, Roses et statuettes de Paul Gauguin. Il y représente l’intérieur de l’auberge Le Pouldu, près de Pont-Aven, avec une statuette martiniquaise posée à côté d’un bouquet de roses. Juste en face, Philippe Cognée donne une coloration violente, menaçante et sexuelle à ses amaryllis rouges, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher du Bœuf écorché de Rembrandt. Barthélémy Toguo lui bascule dans l’infiniment petit avec son installation Vaincre le virus ! Ces quatre vases monumentaux reproduisent des cellules infectées par les virus du Sida et d’Ebola, un enjeu et une bataille qui n’en finit pas.

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Et l’écologie ? Bien sûr, impossible d’en faire l’impasse. Dans sa série « Les Effacées », Raphaëlle Peria s’intéresse aux plantes des marais de la Somme qui ont été ajoutés à la liste des espèces locales en voie de disparition. À l’inverse du botaniste suédois Carl Von Linné qui répertoriait et classifiait les espèces vivantes, l’artiste liste celles qui se raréfient. Stephen Wilks quant à lui s’inspire des bouteilles en plastique, à la fois vecteur de pollution des océans et contenant d’eau potable. Il crée une installation avec une soixantaine de Bottle River (Bouteille Rivière) en céramiques, toutes uniques, qui représentent un vaisseau, avec cette idée utopique qu’aux origines nous étions un, et que ce rêve d’unité n’est pas si loin. L’avenir de l’humanité n’est-il pas une cause fédératrice ?

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Blooming

Du 3 juin 2021 au 15 novembre 2021

www.reims-tourisme.com

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