En partenariat avec la Fondation groupe EDF

Kimsooja, Bottari Truck-Migrateurs, 2007
Vidéo, 9,20 minutes • © Kimsooja – MAC VAL / ADAGP, Paris, 2022
Voyager, se déplacer, migrer… Si partir est un luxe pour certains, s’exiler relève de la survie pour d’autres. Dans une vidéo projetée à l’étage de l’Espace Fondation EDF, l’artiste coréenne Kimsooja aborde avec délicatesse les trajectoires individuelles et collectives de ceux contraints de tout quitter, n’emportant avec eux que le strict nécessaire, quelques souvenirs qui leur sont chers. Filmée de dos, lors d’une performance réalisée en 2007, la plasticienne semble flotter dans un décor urbain.
Elle est en réalité assise à l’arrière d’un pick-up, sur un monticule de coussins colorés, des balluchons faits avec des tissus récupérés chez Emmaüs, aussi diversifiés que les différentes communautés vivant en Île-de-France. Sur l’écran, la carriole de fortune chemine, rue après rue, depuis le MAC VAL à Vitry-sur-Seine, passe devant les places de la République et de la Bastille, jusqu’à atteindre l’église Saint-Bernard dans le 18e arrondissement. En 1996, une centaine de sans-papiers avaient trouvé refuge dans cet édifice religieux avant d’être expulsés, manu militari, par les forces de l’ordre. Par sa lenteur, cette œuvre, qui transforme le vécu passé en véhicule de pensée, nous laisse le temps de songer à la difficulté à s’intégrer dans un pays dit d’accueil, quand on a été contraint d’abandonner sa ville natale.
Kimsooja, Bottari Truck-Migrateurs, 2007
Vidéo, 9,20 minutes • © Kimsooja – MAC VAL / ADAGP, Paris, 2022
À ces traversées, Bouchra Khalili donne une dimension plus onirique. De loin, ses sérigraphies ressemblent à des cartes du ciel sur un fond bleu nuit. Mais lorsqu’on s’approche, surprise… Ce n’est ni la Grande Ourse, ni Andromède. Les étoiles s’appellent Ramallah, Bari, Rome, Barcelone, Istanbul ou Utrecht. Reliées entre elles par des pointillés, ces « Constellations », comme les appelle l’artiste franco-marocaine, retracent les itinéraires complexes des migrants, leurs dérives d’une ville à une autre. Une manière poétique d’évoquer toutes ces vies prises dans la toile des législations qui régissent chaque état.
Taysir Batniji, L’homme ne vit pas seulement de pain #2, installation reproduite pour l’exposition, Article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen gravé dans des savons de Marseille, 2022
© Taysir Batniji / ADAGP, Paris, 2022 © Christophe Ecoffet
Selon l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un état, de quitter tout pays y compris le sien, et d’y revenir ». En choisissant d’inscrire ces mots dans des blocs de savon de Marseille, éphémère par nature, le plasticien palestinien Taysir Batniji souligne la fragilité des droits que nous croyons gravés dans le marbre.
Simon Faithfull, Going Nowhere 1.5, 2016
Vidéo, 8,43 minutes • © Simon Faithfull
Alors que tant d’exilés sont repoussés hors de nos frontières, cette œuvre pose une question cruciale, criante de responsabilité : pouvons-nous vraiment nous en laver les mains ? Peut-on rester indifférent encore bien longtemps face à l’urgence ? Car dans un avenir qui se rapproche, les déplacements de population ne seront plus du seul fait de la géopolitique. Going Nowhere 1.5, une performance filmique où le Britannique Simon Faithfull s’obstine à marcher sur une bande de sable, qui rétrécit, puis disparaît, engloutie par la marée montante, illustre sans équivoque les réfugiés climatiques de demain. Poussés à partir, tout simplement parce qu’ils n’auront plus de sol sous leurs pieds.
Faut-il voyager pour être heureux ?
Du 23 juin 2023 au 17 septembre 2023
Espace Gilbert-Gaillard
clermont-ferrand.fr
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