Article réservé aux abonnés

Ornans

Yan Pei-Ming au pays de Courbet

Par • le
Elle a eu, en juin dernier, les honneurs du Président de la République, venu de Paris pour l’inaugurer et offrir aux Ornanais un lapsus mémorable : l’exposition du bicentenaire de la naissance de Gustave (et non Gaston !) Courbet se déploie dans l’ancien atelier du peintre et dans le musée qui lui est dédié. Avec, en invité, l’immense Yan Pei-Ming. Un dialogue (d)étonnant, entre deux géants.
Yan Pei-Ming, Portrait de Gustave Courbet
voir toutes les images

Yan Pei-Ming, Portrait de Gustave Courbet, 2019

i

Huile sur toile • 120 x 150 cm • Photo André Morin / © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2019

À sa place, nous aurions sans doute été intimidés. Pourtant, Yan Pei-Ming (né en 1960) résume simplement son travail effectué à Ornans, petite ville du Doubs où Gustave Courbet (1819–1877) est né et a peint quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre : « Je suis venu en avril, suis resté trois semaines et j’ai fait mon autoportrait et le portrait de Courbet. À la fois pour lui rendre hommage, et pour redonner de la vie à son atelier », nous raconte-t-il le jour de l’inauguration. Cet atelier, récemment racheté et restauré par la ville, est resté quasiment intact depuis que Gustave Courbet l’a quitté en 1873 pour s’exiler clandestinement en Suisse, où il vécut jusqu’à sa mort. Yan Pei-Ming a ainsi pu travailler dans le décor qui entourait le peintre de L’Origine du monde, les murs portant encore les traces de certaines de ses peintures.

Vue de l’exposition Yan Pei-Ming face à Courbet
voir toutes les images

Vue de l’exposition Yan Pei-Ming face à Courbet

i

Photo André Morin / Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2019.

A-t-il aimé dialoguer avec un artiste ? « Du niveau de Courbet, oui », affirme-t-il sans détour. Il est vrai que les deux peintures monumentales produites expressément pour l’exposition sont habitées d’une grande détermination et d’une force plastique indéniable. Impossible de ne pas sentir immédiatement qu’elles s’inscrivent dans une déférence absolue… Son autoportrait, intitulé Yan Pei-Ming, l’artiste à 58 ans, le représente de trois-quarts, regardant les visiteurs du haut de ses quatre mètres avec la sagesse de l’homme vieillissant. 58 ans, c’est exactement l’âge auquel Gustave Courbet est mort, trois jours avant l’amnistie qui aurait pu le voir rentrer enfin en France. Tout aussi haut, tout aussi impressionnant, le portrait du célèbre peintre est celui d’un homme droit, figé pour l’éternité dans l’apparence de son âge mur, la barbe blanchissante et le regard cerné. Ici, dans son ancien atelier, ce regard de géant trouble.

Yan Pei-Ming dans l’atelier de Courbet, Ornans
voir toutes les images

Yan Pei-Ming dans l’atelier de Courbet, Ornans, 2019

i

Photo Marie Clérin / © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2019

Car Yan Pei-Ming a l’art de brosser avec exactitude les émotions qui traversent un visage. Et ce avec cette peinture grasse qui est sa signature, animée de larges coups de pinceaux. Voilà pour le face-à-face, spectaculaire, exposé dans l’ancien atelier de Gustave Courbet. De l’autre côté de la Loue, le musée Courbet poursuit le dialogue avec une quinzaine de toiles de Yan Pei-Ming et une vingtaine d’œuvres du maître ornanais. Thématique, le parcours fait se croiser les lévriers de l’un et les loups féroces de l’autre, la sœur du Franc-comtois (superbe et étrange Portrait de Juliette Courbet de 1844, qui montre la jeune fille aux yeux pâles fuir le regard du peintre, tout en posant avec application) et l’oncle du peintre Franco-chinois, ou encore le sage rivage d’une plage du XIXe siècle face à une saisissante marine contemporaine, où vogue sur les flots agités une embarcation semblant crouler sous le poids de migrants…

Yan Pei-Ming, “Colonne Vendôme” et “Yan Pei-Ming, l’artiste à 58 ans”
voir toutes les images

Yan Pei-Ming, “Colonne Vendôme” et “Yan Pei-Ming, l’artiste à 58 ans”, 2011 et 2019

i

Huile sur toile • 200 x 200 cm et 400 x 300 cm • Photos André Morin / © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2019

Le face-à-face est aussi celui de deux époques, de deux mondes, de deux histoires intimes. L’artiste contemporain regarde, médusé, le peintre du XIXe siècle engagé, qu’on a rendu injustement responsable de la destruction de la colonne Vendôme lors de la Commune de Paris en 1871. La prison, l’exil, l’enfermement, la fuite et la résistance, tout ceci semble s’exprimer dans l’implacable Colonne Vendôme peinte en 2011, dont les pierres effondrées sur le sol se diluent dans la matière peinte. L’expression même d’un destin lié à l’Histoire… Car Gustave Courbet a cherché son salut – tant financier qu’humain – dans la peinture : cette Colonne d’huile et de pigments semble être sa plus fidèle incarnation plastique.

Arrow

Yan Pei-Ming face à Courbet

Du 11 juin 2019 au 30 septembre 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Gustave Courbet

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi