Sur un décor méditerranéen simplifié, Pablo Picasso offre un instantané du bonheur d’Olga, alors jeune mère. Elle tient dans ses bras le petit Paulo, l’unique enfant du couple, né quelques mois plus tôt. Au début des années 1920, Olga est la source principale de l’inspiration de l’artiste qui la croque dans des attitudes immobiles, proches de la statuaire antique. Le volume des personnages va continuer de croître pour aboutir au hiératisme des sculptures gréco-romaines, tel que ce tableau en témoigne – la femme porte d’ailleurs une tunique d’inspiration grecque. Cette huile a eu un parcours inédit : elle a été acquise et revendue trois fois par Paul Rosenberg, en 1922, 1926 et 1953, avant d’aboutir à l’Art Institute de Chicago.
Pablo Picasso, Mère et enfant, 1921
Huile sur toile • 142,9 ×172,7 cm • Coll. The Art Institute of Chicago • © Photo Musée de Grenoble/presse ; © Photo Art Institute of Chicago, Dist RMN-Grand Palais/The Art Institute of Chicago © Succession Picasso, Paris 2018
Cette Nana géante de Niki de Saint Phalle est une « madame » bien comme il faut. Tout au moins dans l’apparence qu’elle donne ou bien qu’elle veut donner. Elle n’est ni ludique ni allègre, mais figée, raide dans sa robe vert vif aux motifs noirs arachnéens. La couleur acide accentue la dimension du corps et la disproportion entre celui-ci et la tête, les mains et le sac minuscules. La petite tête au visage pincé et à la coiffure noire sévère ainsi que le buste massif, tendu comme pour s’élargir encore, évoquent une aspiration à l’autorité, à la domination de son interlocuteur. Las ! elle n’est que ridicule. Un comique accentué par les motifs noirs filandreux qui lui montent sur l’avant des jambes en guise de bas ou de poils. C’est la caricature impitoyable de la « mère dévoreuse » déguisée en bourgeoise conforme.
Niki de Saint Phalle, Madame ou Nana verte au sac, 1968
La plus colorée
Cette Nana géante de Niki de Saint Phalle (1930–2002) est une « madame » bien comme il faut. Tout au moins dans l’apparence qu’elle donne ou bien qu’elle veut donner. Elle n’est ni ludique ni allègre, mais figée, raide dans sa robe vert vif aux motifs noirs arachnéens. La couleur acide accentue la dimension du corps et la disproportion entre celui-ci et la tête, les mains et le sac minuscules. La petite tête au visage pincé et à la coiffure noire sévère ainsi que le buste massif, tendu comme pour s’élargir encore, évoquent une aspiration à l’autorité, à la domination de son interlocuteur. Las ! Elle n’est que ridicule. Un comique accentué par les motifs noirs filandreux qui lui montent sur l’avant des jambes en guise de bas ou de poils. C’est la caricature impitoyable de la « mère dévoreuse » déguisée en bourgeoise conforme. M. B.
Polyester peint • 250 × 160 × 50 cm • Courtesy, NCAF, Santee et Galerie GP & N Vallois, Paris / Photo André Morin © Niki Charitable Art Foundation, all rights reserved, 2018. © Adagp, Paris, 2018.
Exploré dès 1922, le thème de la mère à l’enfant deviendra rapidement, au dire même d’Henry Moore, « la plus fondamentale de ses obsessions ». Nulle surprise donc d’en trouver encore des déclinaisons jusqu’aux années 1980. Lui inspirant de nombreux dessins, ce sujet l’incite à travailler inlassablement des jeux d’équilibre ou d’emboîtement entre une forme massive, la mère – mater en latin, renvoie aussi à l’idée de matrice –, et une autre, plus petite, l’enfant, dont Donald Winnicott, psychanalyste anglais contemporain de Moore, analyse les subtilités du holding (« maintien ») et du handling (« maniement »). En 1943, à la suite d’une commande, la Vierge à l’enfant donne lieu à un autre traitement de ce rapport tant la Vierge Marie, « exclue du champ du désir parce que élue » pour Murielle Gagnebin (L’Irreprésentable ou les Silences de l’œuvre), et Jésus, lui aussi figure sacrificielle par excellence, requièrent des représentations tout en majesté et sobriété, à l’instar de sa sculpture Claydon Madonna and Child (1948–1949), à côté de laquelle Henry Moore posera, avec gravité et émotion, deux ans avant sa disparition.
Henry Moore, Mother and Child, 1932
La plus minérale
Exploré dès 1922, le thème de la mère à l’enfant deviendra rapidement, au dire même d’Henry Moore (1898–1986), « la plus fondamentale de ses obsessions ». Nulle surprise donc d’en trouver encore des déclinaisons jusqu’aux années 1980. Lui inspirant de nombreux dessins, ce sujet l’incite à travailler inlassablement des jeux d’équilibre ou d’emboîtement entre une forme massive, la mère – mater en latin, renvoie aussi à l’idée de matrice –, et une autre, plus petite, l’enfant, dont Donald Winnicott, psychanalyste anglais contemporain de Moore, analyse les subtilités du holding (« maintien ») et du handling (« maniement »). En 1943, à la suite d’une commande, la Vierge à l’enfant donne lieu à un autre traitement de ce rapport tant la Vierge Marie, « exclue du champ du désir parce que élue » pour Murielle Gagnebin (L’Irreprésentable ou les Silences de l’œuvre), et Jésus, lui aussi figure sacrificielle par excellence, requièrent des représentations tout en majesté et sobriété, à l’instar de sa sculpture Claydon Madonna and Child (1948–1949), à côté de laquelle Henry Moore posera, avec gravité et émotion, deux ans avant sa disparition. M. B.
Pierre verte de Hornton • 99,5 × 53,5 × 38 cm • Coll. University of East Anglia, Norfolk • © The Henry Moore Foundation © ADAGP, Paris 2018 / Bridgeman Images
La maternité est le grand sujet de Paula Modersohn-Becker. Bien avant d’être elle-même enceinte – ce qui ne se produira qu’un an avant sa mort –, la peintre s’intéresse au corps de la femme et en livre sa vision très personnelle, permettant au spectateur de pénétrer dans une intimité à laquelle il n’a jamais accès : celle de la relation, charnelle, existant entre la mère et son nourrisson. Pour Marie Darrieussecq, auteur de sa biographie, Paula Modersohn-Becker offre là une image très moderne de la maternité. « Ces femmes ne sont ni des madones ni des putains. Ce sont des femmes qui allaitent, qui sont souvent fatiguées. Mais le regard porté sur elles ne se fait jamais misérabiliste. Dans ces tableaux, il y a une façon très forte de donner à voir la présence au monde, dénuée de tout jugement. »
Paula Modersohn-Becker, Mère nue en buste, avec un enfant sur son bras II, automne 1906
La plus naturelle
La maternité est le grand sujet de Paula Modersohn-Becker (1876–1907). Bien avant d’être elle-même enceinte – ce qui ne se produira qu’un an avant sa mort –, la peintre s’intéresse au corps de la femme et en livre sa vision très personnelle, permettant au spectateur de pénétrer dans une intimité à laquelle il n’a jamais accès : celle de la relation, charnelle, existant entre la mère et son nourrisson. Pour Marie Darrieussecq, autrice de sa biographie, Paula Modersohn-Becker offre là une image très moderne de la maternité. « Ces femmes ne sont ni des madones ni des putains. Ce sont des femmes qui allaitent, qui sont souvent fatiguées. Mais le regard porté sur elles ne se fait jamais misérabiliste. Dans ces tableaux, il y a une façon très forte de donner à voir la présence au monde, dénuée de tout jugement. » M. B.
Détrempe sur toile • 80 × 59 cm • Coll. musée Ostwall im Dortmunder U, Dortmund • © Fondation Paula Modersohn-Becker
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La plus douce
Sur un décor méditerranéen simplifié, Pablo Picasso (1881–1973) offre un instantané du bonheur d’Olga, alors jeune mère. Elle tient dans ses bras le petit Paulo, l’unique enfant du couple, né quelques mois plus tôt. Au début des années 1920, Olga est la source principale de l’inspiration de l’artiste qui la croque dans des attitudes immobiles, proches de la statuaire antique. Le volume des personnages va continuer de croître pour aboutir au hiératisme des sculptures gréco-romaines, tel que ce tableau en témoigne – la femme porte d’ailleurs une tunique d’inspiration grecque. Cette huile a eu un parcours inédit : elle a été acquise et revendue trois fois par Paul Rosenberg, en 1922, 1926 et 1953, avant d’aboutir à l’Art Institute de Chicago. M. B.