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Des chantiers de décoration à l’architecture, de l’art contemporain à l’univers du luxe, l’artisanat d’art, jadis jugé ringard, est aujourd’hui plébiscité par tous les milieux de la création. Valeur essentielle d’une époque en quête de sens, il offre désormais un supplément d’âme au style globalisé. Au point que les marques communiquent volontiers sur ces travailleurs de l’ombre, dont le savoir-faire justifie des tarifs de prestation élevés. Dans le même esprit, les grands noms du luxe sortent de plus en plus souvent de leur périmètre traditionnel : ils éditent des collections de mobilier et d’objets s’appuyant sur ces savoir-faire, multiplient les journées portes ouvertes dans leurs ateliers de fabrication et construisent des sites dédiés à ces métiers. Chanel a ainsi confié à l’architecte Rudy Ricciotti le dessin de son centre consacré aux métiers d’art, qui sera achevé l’an prochain, porte d’Aubervilliers, à Paris. Plus de 25 000 mètres carrés de béton et de verre, ouverts sur l’extérieur, comme une ambassade des artisans maison. Elle abritera ces métiers d’exception, un secteur en plein dynamisme. Tour d’horizon de ces savoir-faire les plus en vue. En 2020, Chanel rassemblera ses métiers d’art dans un écrin de béton blanc (de 25000m2) conçu par Rudy Ricciotti. © Chanel/Rudy Ricciotti
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Secteur ultradynamique, la maroquinerie nécessite un savoir-faire exigeant porté par des artisans d’art issus de l’Europe entière. La maison Dior fait ainsi fabriquer son sac 30 Montaigne dans ses ateliers de Florence, en Italie, où une équipe de professionnels coud le cuir de veau box (tanné au chrome, ce qui lui donne un aspect très lisse), qu’il double ensuite de cuir d’agneau. Les pièces sont assemblées à la main à toutes les étapes, depuis la couture de la structure jusqu’à la pose de l’étiquette. Sac Dior 30 Montaigne La région de Florence, et notamment la petite ville de Scandicci, est devenue en dix ans la capitale de la maroquinerie artisanale de luxe. Ici, l’assemblage d’un nouveau modèle de la marque Dior, dessiné par sa directrice artistique, Maria Grazia Chiuri. ©Pol Barik
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Grande spécialité genevoise, réservée à une élite d’artisans confirmés, la peinture miniature en émail « grand feu » connaît un retour en grâce depuis une vingtaine d’années. Après le dépôt d’une première couche d’émail blanc sur le cadran, ce dernier est passé au four à une température avoisinnant les 900 °C. L’artiste reproduit ensuite un motif coloré, qui est recuit plusieurs fois pour gagner en intensité, avant d’être recouvert d’émail transparent. Une fois la pièce finie, elle est inaltérable et conserve son éclat durant des siècles. Les plus grandes maisons horlogères, parmi lesquelles Vacheron-Constantin, Patek Philippe, Piaget ou Hermès, ont adopté ce procédé.
Montre Patek Philippe 7000/5G
La peinture miniature en émail « grand feu », a fait son grand retour depuis une vingtaine d’années. Le Patek Philippe Museum de Genève témoigne de l’histoire de ce savoir-faire d’excellence, très apprécié jadis des souverains et aujourd’hui apanage de quelques rares maisons qui le perpétuent selon les règles de l’art.
©Patek-Philippe
Le guillochage est une technique de gravure à la lime du dos de la lame d’un couteau, que la maison suisse Breguet s’est appropriée pour les cadrans de ses montres à la fin du XVIIIe siècle. Clou ou pavé de Paris, rayons de soleil, grain d’orge, vieux panier, satiné circulaire ou décor flammé sont réalisés par l’artisan d’art sur son traditionnel tour à guillocher, qui lui permet de graver des motifs d’un dixième de millimètre sur l’or ou l’argent. L’opération est entièrement réalisée par la main de l’homme. Signe de l’importance de cette technique, Breguet a inauguré un bureau de recherche et création consacré à ce métier d’art et au dessin de nouvelles figures.
Montre Breguet Marine 5571
Utilisée à l’origine dans l’orfèvrerie, la technique du guillochage a été introduite dans l’horlogerie en 1786 par Abraham-Louis Breguet, fondateur des montres du même nom. Outre ses qualités décoratives, elle protège le cadran de l’usure et améliore la lisibilité.
© Breguet
La précision est la vertu cardinale de la joaillerie. C’est pourquoi les maisons font appel aux artisans les plus chevronnés pour fabriquer ces joyaux miniatures. Peinture, sculpture et gravure sur or, travail de l’émail ou encore marqueterie de nacre… Van Cleef & Arpels réunit les talents d’artisans dont les savoir-faire se combinent au sein d’un même cadran, donnant naissance à des créations horlogères d’exception. Chez Piaget, les graveurs collaborent avec les bijoutiers et les polisseurs pour livrer les modèles iconiques de la maison horlogère, parmi lesquels le modèle Altiplano, véritable joyau dans le registre de l’extraplat.
À gauche, la montre Piaget Altiplano et à droite, la montre Van Cleef & Arpels Lady Arpels Ronde des Papillons.
Montre Piaget Altiplano : le luxe se cache aussi parfois dans la simplicité. Ici, une référence de l’ultraplat avec boîtier en or rose gravé, mécanique extrême.
Montre Van Cleef & Arpels Lady Arpels Ronde des Papillons : cette montre à complication, c’est-à-dire qui dispose de fonctions autres que l’affichage de l’heure et des minutes, propose un ballet virevoltant entre une hirondelle et des papillons. Technicité et luxe absolus pour cette pièce, ici en cours de montage.
© Piaget / © Van Cleef & Arpels
Il y a un an, LVMH inaugurait à Longarone, en Italie, la Manifattura Thélios, un site de production de lunettes, où travaillent une centaine d’artisans lunetiers pour les maisons Celine, Berluti, Kenzo, Loewe et Fred. Cette unité d’excellence accueille des résidences artistiques pour sortir les artisans de leur zone de confort. L’année dernière, l’artiste Marion Verboom y a exploré l’acétate et produit une quinzaine de pièces avec le concours des artisans. Un savoir-faire proche de celui du bijoutier, par l’utilisation du métal, ou du menuisier par l’usage des marchines-outils telles que des toupies, des fraiseuses ou des tours à canneler. De quoi répondre aux attentes d’une clientèle avide d’accessoires sur mesure. Lunettes de soleil Loewe Anagram Ce modèle de la collection automne-hiver 2019 est une création de la Manifattura Thélios, en Italie, ville réputée pour son savoir-faire lunetier. © Photo Ava du Parc / © Loewe
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Technique longtemps oubliée, la plumasserie est remise au goût du jour grâce à de jeunes créateurs comme Maxime Leroy ou Éric Charles-Donatien, qui renouvellent son usage dans la mode. Ainsi, lors de l’exposition « Double Je – Artisans d’art et artistes » en 2016, au Palais de Tokyo, le premier avait habillé une moto et divers accessoires de plumes noires. Chef de file de ces néo-artisans, Christelle Kocher, directrice artistique de Lemarié, plumassier historique racheté par Chanel en 1996, travaille la queue de faisan, le pied plat de dinde, la frange d’autruche brûlée, les plumes de nageoires d’oie et de collet de canard peintes. Autant d’atours qui garniront les robes et autres pièces phares du vestiaire Chanel. Preuve du retour en grâce de cette spécialité, Lemarié collabore avec d’autres grands noms de la mode. Celine, Givenchy ou Dior comptent désormais parmi les clients des ateliers de Pantin.
Serre-tête d’Éric Charles-Donatien Queeny Bird
Des plumes de faisan noires, bleues et blanches composent ce serre-tête en métal et or jaune de la collection Cléopâtre (2012) d’Éric Charles- Donatien, designer-plumassier, ancien directeur artistique chez Lemarié, qui a lancé son propre studio en 2010.
© Photo Lorenzo Fornari
Retrouvez notre dossier complet sur l'artisanat d'art dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine :
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