Portrait de Claude Lévêque à l’Opéra de Paris en 2018
© AFP / Lionel Bonaventure
Le dossier s’alourdit pour Claude Lévêque. Longtemps figure admirée de l’art contemporain français, l’artiste de 70 ans avait déjà fait l’objet d’une plainte déposée en 2019 par le sculpteur Laurent Faulon, qui l’accusait de l’avoir agressé et violé alors qu’il était enfant, de ses 13 à 17 ans, de 1982 à 1986 environ – des faits prescrits en raison de leur ancienneté. Aujourd’hui, c’est au tour de deux frères d’une quarantaine d’années (originaires de la Nièvre comme l’artiste, qui fut témoin au mariage de leurs parents) de porter plainte pour des faits similaires, mais non prescrits…
Dans ses œuvres obsédées par l’enfance et la perte de l’innocence, beaucoup lisent aujourd’hui des indices des crimes dont il est accusé.
Le 31 mars, l’artiste a ainsi été mis en examen pour « agressions sexuelles » et « viols sur mineurs de 15 ans », « par personne ayant autorité de droit ou de fait sur la victime », a annoncé vendredi 23 juin le parquet de Bobigny à l’AFP. L’un des deux frères, Y.R., évoque, dans sa plainte déposée en novembre 2022, des relations sexuelles entre l’âge de 13 et 15 ans, de 1997 à 2000, rapportait vendredi le journal Le Monde, qui avait déjà révélé la première affaire en 2021. Il raconte que l’artiste aurait « graduellement poussé les limites », l’aurait fait dormir dans son lit et l’aurait masturbé. Entendu le 6 janvier, son frère N.R. déclare avoir subi de la part de Claude Lévêque des agressions entre 1989 et 1997, des viols par sodomie dès ses 10–11 ans au domicile parisien de l’artiste, ainsi que des attouchements dans une installation de James Turrell, au sein de l’exposition « Chambre 321 » présentée au Confort moderne (Poitiers) en 1995.
Claude Lévêque, À gauche, “J’ai peur” : installation artistique sur l’École Pierre Budin à Paris. À droite, “Le grand sommeil” installé en 2006 au MAC VAL, Vitry-sur-Seine
Néon et LED • Claude Lévêque, ADAGP 2023 © Duende © Marc Domage / MACVAL
Si Claude Lévêque dénonce des « propos diffamatoires et calomnieux » et invoque la présomption d’innocence (tout comme lors de la première affaire – il avait néanmoins avoué des relations sexuelles avec Faulon, mais « consenties » dit-il, entre ses 16 et 18 ans, invoquant « des mœurs d’un autre temps »), d’autres victimes présumées viennent noircir le tableau. Car lors de sa plainte, Faulon avait évoqué six autres enfants, dont trois, désormais adultes, ont confirmé à la police avoir été sexuellement agressés par l’artiste, qui est désormais sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire et d’entrer en relation avec dix de ses victimes présumées, précise Le Monde.
Ses accusateurs décrivent un lent mécanisme d’emprise qui, facilité par sa notoriété, se serait étendu aux mères des victimes. De nombreux acteurs du monde de l’art affirment désormais que de fortes suspicions entouraient depuis longtemps le plasticien, qui apparaissait constamment entouré de préadolescents, et de doudous et nounours qu’il offrait aux petits garçons. Lits d’enfants renversés, oursons, restes déchirés de guirlandes en papier, enfants tristes transformés en icônes martyres… Dans ses œuvres obsédées par l’enfance et la perte de l’innocence, beaucoup lisent aujourd’hui des indices des crimes dont il est accusé…
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