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David Hockney, The Entrance, 2019
Acrylique sur 2 panneaux • 91,4 x 243,8 cm • © David Hockney / Photo Richard Schmidt / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
Vous avez choisi de vous installer en France l’année dernière. Plus précisément en Normandie, qui est aussi le thème de votre exposition « Ma Normandie » à la galerie Lelong & Co. actuellement. Pourquoi cette région vous intéresse tant ?
David Hockney, 2018
© Photo Victoria Jones / WPA Pool / Getty Images
David Hockney : Eh bien, je ne connais pas très bien la France, mais j’aime la Normandie pour ses fleurs. Fin 2018, nous avons passé quelques jours à Honfleur pour nous reposer. De là, nous sommes allés à Bayeux voir la tapisserie (1066–1082) – une œuvre d’art incroyable. Nous avons donc traversé la campagne et je me suis dit que si nous nous installions ici un moment, je pourrais peindre l’arrivée du printemps en Normandie. En 2011, j’avais déjà peint The Arrival of Spring dans le Yorkshire sur mon iPad. Je vivais dans une maison au bord de la mer, je devais sortir de la ville tous les jours pour trouver un motif. Ici, je vis complètement entouré par le motif. Je le vois en regardant par la fenêtre. Tout est vert, et il y a une grande variété de fleurs. Le monde est beau, mais ici, il est exceptionnel. Je dois aussi ajouter qu’en tant que fumeur, je suis bien mieux toléré ici.
Vous avez été confiné dans cet environnement. Comment avez-vous vécu cette période ?
Ici, nous vivons dans la maison des sept nains au milieu d’un terrain d’un peu plus d’un hectare et demi planté de beaucoup d’arbres fruitiers, donc je ne la quitte jamais. Le confinement a été une bénédiction : il n’y avait pas de visiteurs. J’ai pu travailler toute la journée et le printemps était magnifique. C’est maintenant l’automne et j’ai produit 170 œuvres sur iPad, j’ai l’intention de continuer jusqu’à la fin janvier, et ensuite j’espère avoir… 220 dessins réalisés en Normandie en 2020.
David Hockney, In the Studio, 2019
Impression jet d’encre sur papier, édition de 35 • 86,3 × 109,2 cm • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
Vous employez souvent un iPad pour travailler, mais vous continuez également de peindre, comme on peut le voir à travers la série de grandes toiles exposées à la galerie Lelong & Co. Est-ce que la peinture reste le cœur de votre pratique ?
« Ceux qui affirment que la peinture est morte ont tort. La peinture, c’est comme le chant et la danse : les gens chanteront et danseront toujours. »
J’ai toujours peint et je peindrai toujours. Ceux qui affirment que la peinture est morte ont tort. La peinture, c’est comme le chant et la danse : les gens chanteront et danseront toujours. L’exposition à la galerie Lelong & Co. comprend onze peintures. Dix ont été réalisées au cours de l’été 2019 et une au cours de l’été 2020. Elles sont exposées dans l’espace principal de la galerie [rue de Téhéran, ndlr]. Ce sont toutes des vues de ce que je peux observer autour de moi. En outre, sont présentés des impressions jet d’encre, qui comptent parmi les premiers travaux que j’ai réalisés quand je suis arrivé en Normandie : la maison vue des quatre côtés, une nature morte, la cheminée…
Qu’appréciez-vous avec le travail sur iPad ? Comment choisissez-vous un médium plutôt qu’un autre ?
Après les tableaux de l’été, je suis retourné à l’iPad. C’est un outil formidable. On peut travailler très vite. C’est parfait pour saisir la nature, qui change constamment. On peut définir la lumière rapidement. On peut également procéder par couches, revenir en arrière et travailler sur les couches précédentes… C’est vraiment une nouvelle forme de dessin. Et comme l’appareil est rétroéclairé, il est même possible de travailler dans le noir, la nuit. Je l’emporte toujours avec moi, c’est comme un carnet de croquis. Je peux aussi l’utiliser depuis mon lit ! Bien sûr, comme tous les supports, l’iPad a des avantages et des inconvénients. Cela m’a pris environ six mois à apprendre à le maîtriser. Et si on ne sait pas peindre, on ne peut pas l’utiliser. C’est un outil qui a vraiment changé ma façon d’aborder la toile.
David Hockney, Hawthorn Bush in Front of a Very Old and Dying Pear Tree / In Front of House Looking East, 2019
Impressions jet d’encre sur papier, éditions de 35 • 111,7 x 83,8 cm / 86,3 x 109,2 cm • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
Est-ce que cet intérêt pour les nouvelles technologies vous a conduit à considérer la réalité virtuelle ?
« J’aime la vie, c’est aussi simple que ça. »
La dernière fois que j’ai été confronté à la réalité virtuelle, c’était à Paris. Jonathan Yeo, un peintre anglais, m’a montré des vues de Florence, assez belles parce qu’architecturales. Il m’a montré une photo du quartier de Laurel Canyon à Los Angeles, juste à côté de chez moi. Je lui ai demandé pourquoi les arbres avaient un air cubiste. Eh bien, il m’a répondu que les arbres leur posent problème. Cela ne m’a pas surpris. Pour recréer un arbre en 3D, il faudrait enregistrer une grande quantité images en faisant le tour de chaque petite branche et de chaque feuille. C’est une tâche presque impossible pour un arbre, sans parler d’une forêt. C’est pour cela que la réalité virtuelle me semble idiote. Ce serait comme essayer de recréer le monde grandeur nature ; où le mettrait-on ? On ne peut qu’interpréter le monde, que je trouve très beau, et c’est ce que j’essaie de faire.
Pourquoi la nature et le cycle des saisons occupent-ils une place si importante dans vos œuvres ?
David & Ruby dans l’atelier en Normandie, 25 mai 2020
© David Hockney / Photo Jean-Pierre Gonçalves de Lima / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
J’aime la vie, c’est aussi simple que ça. Le printemps, c’est le moment de la renaissance de la nature. Elle change tous les jours. C’est pour cela que j’ai décidé de dessiner l’arrivée du printemps en Normandie, après l’avoir fait dans le Yorkshire. J’ai produit environ 120 images du printemps avec mon iPad, qui seront présentées en deux temps, d’abord à Londres à la Royal Academy en mars prochain, puis à Paris à l’Orangerie à l’automne 2021. Je vais maintenant continuer à représenter le reste de l’année. Parfois la même vue, le même arbre : en hiver avec ses branches nues, au printemps, fleuri, avec ses premières feuilles, en été avec ses fruits puis en automne quand les fruits et les feuilles tombent. Le temps qui passe, c’est la vie. Et c’est ce que je peins.
David Hockney, Apple Tree, 2019
Acrylique sur toile • 91,4 x 121,9 cm • © David Hockney / Photo Richard Schmidt / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
Certaines de vos œuvres évoquent l’art des impressionnistes, qui ont trouvé eux aussi en terre normande le lieu idéal pour peindre les variations de la lumière et du paysage.
Bien sûr, on ne peut pas penser à la Normandie sans penser à Monet. Les peupliers, les meules de foin (même si leur forme est différente aujourd’hui), je les ai peints aussi. L’un des tableaux de l’exposition représente des gouttes de pluie sur un étang près de la maison : Some smaller splashes [De plus petites éclaboussures]. C’est une citation directe. C’est fantastique quand on se rend à Giverny : la dernière fois, nous nous sommes assis face à un étang et avons fumé une cigarette, puis nous sommes retournés à l’atelier, comme le faisait Monet. Il devait avoir une formidable mémoire visuelle. Il se rappelait très précisément les reflets des nuages sur l’eau et toutes ces formes qu’il peignait dans son atelier juste après les avoir observées. Mais ce que je remarque aussi c’est que les peintres français n’ont pas vraiment montré les maisons traditionnelles de Normandie. Ils ont dû les considérer comme des maisons de conte de fées, des témoignages du passé, alors qu’ils étaient en quête de modernité. J’ai peint la maison typique normande, non pas comme un vestige du passé mais comme un élément à part entière du présent.
Vous avez toujours entretenu un dialogue avec les artistes du passé ?
J’ai toujours considéré que l’art contemporain est celui qui me parle. Et Bruegel, Rembrandt et Van Gogh sont les artistes qui me parlent vraiment, aujourd’hui encore. Je suis intéressé par l’art de toutes les époques.
David Hockney, Trees Mist, 2019
Acrylique sur toile • 91,4 × 121,9 cm • © David Hockney / Photo Richard Schmidt / Courtesy Galerie Lelong & Co. Paris
Qui sont les jeunes artistes que vous appréciez ?
Je connais peu de jeunes artistes, mais quelques-uns aujourd’hui à Los Angeles disent être influencés par mon œuvre, comme Ramiro Gomez et Jonas Wood. J’ai pu voir leur travail, et il est très bon. Mais celui que je connais le mieux à Los Angeles c’est le sculpteur Thomas Houseago. Je l’ai rencontré il y a environ quatre ans et on s’est bien entendus… Il travaille avec beaucoup de médiums, mais il est particulièrement doué pour la sculpture sur bois. J’ai vu en lui un véritable artiste, intéressé par le passé et le présent – les deux le nourrissent. Et c’est ce qui me plaît.
Lorsque le monde entier était confiné au printemps dernier, votre lettre adressée à Ruth McKenzie, accompagnée d’un dessin à l’iPad représentant une brassée de jonquilles, a galvanisé les réseaux sociaux et a été perçue comme un message d’espoir…
Je venais de peindre les premières jonquilles sur la pelouse et j’en ai envoyé une photo à une vieille amie. Elle m’a demandé si elle pouvait la partager avec des amis et j’ai dit oui. Je ne savais pas que ses amis étaient The Guardian et The Times. C’est comme ça que le cliché est arrivé sur les réseaux sociaux – que je n’utilise pas moi-même. Nous étions bombardés de mauvaises nouvelles. J’ai pensé que nous avions besoin d’un peu d’optimisme. L’arrivée du printemps, c’est une bonne nouvelle. Et, alors que tout était annulé à cause de la pandémie, j’ai inscrit sous la photo : Remember that they can’t cancel spring [Souvenez-vous qu’ils ne peuvent pas annuler le printemps].
Le monde vit aujourd’hui une crise exceptionnelle. Comment imaginez-vous le futur ?
Je ne l’imagine pas. Je veux vivre dans le présent. Pas dans le passé ou dans le futur, mais dans l’instant présent.
David Hockney - Ma Normandie
Du 15 octobre 2020 au 27 février 2021
Galerie Lelong & Co • 13 Rue de Téhéran • 75008 Paris
www.galerie-lelong.com
À découvrir aussi à travers l’exposition virtuelle
À lire
Ma Normandie
Catalogue de l’exposition avec des textes de David Hockney, Donatien Grau, Jean Frémon (FR, EN)
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