Johannes Vermeer, L’Art de la peinture, vers 1666
Huile sur toile • 120 × 100 cm • Coll. Musée d'Histoire de l'art de Vienne
Peinture, sculpture, mais aussi cinéma, bande dessinée, musique ou danse… Aujourd’hui, ceux qu’on place sous la bannière du mot « artiste » touchent à tous les domaines ! Pourtant ce statut – et le crédit qui va avec – accordé aux producteurs d’une œuvre artistique, n’a pas toujours existé.
Saint Luc (saint patron des peintres) peignant la Vierge. Heures à l’usage de Besançon, XVe siècle
© Ville de Besançon
Bien sûr, si l’on remonte à l’Antiquité ou au Moyen Âge, on trouvera des personnes reconnues pour leur capacité à produire des œuvres. Certains vont même jusqu’à les signer. Mais ce qu’on loue alors c’est avant tout un savoir-faire : les artisans occupent le devant de la scène. Ces artisans exercent des compétences dans les arts visuels et conçoivent des fresques, des bannières ou des objets décoratifs. Cette place importante dont les artisans jouissent va leur permettre de se structurer en groupes, en corporations…
Ce qui nous conduit à la Renaissance ! La période qui invente l’artiste. À la fin du XIIIe siècle, en Italie, une distinction s’opère entre « artisans » et « artistes » : « Au départ, explique Stéphane Laurent, historien de l’art et auteur de Le Geste et la Pensée. Artistes contre artisans, de l’Antiquité à nos jours (CNRS éditions), le mot ‘artiste’ désigne la catégorie de ceux qui manient le dessin, langage commun aux peintres, architectes, sculpteurs et graveurs. Cette famille va se singulariser des ‘artisans’ en revendiquant leur capacité de conception par la pensée d’images. Les artistes sont créateurs d’une iconographie savante liée à une culture religieuse ou mythologique. C’est le privilège de l’inventio (invention). Les artisans travaillent uniquement avec leurs mains, ils deviennent de simples exécutants de modèles. »
L’émergence des artistes ne se fait pas toute seule. « Dans l’Italie de la Renaissance, où les cités-États luttent les unes contre les autres, l’art va fournir aux puissants un moyen de se distinguer », souligne Stéphane Laurent. Florence, avec les Médicis, instrumentalise les artistes qui, anoblis, vont servir le pouvoir en retour par le biais de commandes. « On aura longtemps cette même logique de gouverner par les arts en Europe, complète Stéphane Laurent. Pensons à la France de François Ier, de Louis XIV ou de Napoléon ! »
Le peintre Raphaël dans son atelier
© Giancarlo Costa / Bridgeman Images
Mais revenons à la Renaissance. À la cour, les artistes fréquentent aussi des savants qui les initient à d’autres domaines, de l’anatomie à la géométrie. Ce qui leur permet de renouveler leur pratique et d’accroître leur polyvalence : ce qu’on appelle « le génie universel ».
Entre les artistes et les artisans, le fossé se creuse. Les artistes vont s’extraire des corporations, qui regroupent les artisans par métier, et se forgent un statut social propre. Dans leurs ateliers, certains font exécuter les modèles dessinés par des artisans, ou délèguent des tâches à des collaborateurs : Frans Snyders par exemple est le spécialiste des animaux dans les tableaux de Rubens ou de Van Dyck. Au XVIIe siècle, ce désir d’autonomie aboutit à la création des académies : l’artiste bénéficie d’un lieu de formation, de culture, d’identité, où il peut mener carrière grâce aux prix et concours. L’artiste devient officiel !
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