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Visiteur en fauteuil roulant au musée d’art et d’histoire de Genève
© Afp / Amélie Benoist / BSIP
« La culture (…) a un rôle fondamental à jouer dans la politique en faveur des personnes en situation de handicap », expliquait la ministre de la Culture le 29 juin dernier, à l’occasion du colloque « Médias et Handicaps ». Si l’engagement de Françoise Nyssen n’est, en théorie, plus à démontrer, que proposent concrètement les lieux de la culture en terme d’accessibilité ? Si, depuis près de 20 ans beaucoup de musées se sont efforcés d’accroître leur médiation à l’égard des publics dits « empêchés », se sont dotés de « pôles handicap » et ont aménagé leurs espaces afin qu’ils soient accessibles à tous et à toutes, 61 % des personnes en situation de handicap continuent de trouver difficile l’accès à la culture (chiffre issu de l’étude réalisée entre le 3 avril et le 17 mai 2017 par le groupe Malakoff Médéric).
Et pour cause : nombre d’espaces d’expositions ne sont toujours pas accessibles aux personnes à mobilité réduite, ne proposent pas de visites en langue des signes française, ne disposent pas de galerie tactile ou n’ont pas de médiation à destination des personnes handicapées mentales ou psychiques. Pour y remédier, le Sénat lançait en 2015 – à l’occasion des 10 ans de la loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes en situation de handicap » – un groupe de travail sur « l’accès à la culture des personnes concernées ». Mais les lacunes persistent…
Raoul Dufy, La Fée Électricité, 1937
Peinture à l’huile sur contreplaqué • 1000 × 6000 cm • Coll. musée d’art moderne de la ville de Paris • © Leemage / © Adagp, Paris 2018
Dans la plupart des cas, la bonne volonté de nombre d’établissements culturels n’est plus à démontrer.
Sur son site, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris précise, par exemple, que « la librairie, les terrasses et le café du musée, les salles de La Danse d’Henri Matisse et de La Fée Électricité de Raoul Dufy, ainsi que certaines salles des collections permanentes » ne sont pas accessibles à qui ne peut monter ou descendre des escaliers. De même au musée Carnavalet, qui a cependant pour projet – tout comme le MAMVP – de réaliser des travaux d’ampleur afin d’être à « 99 % accessible » en 2019. En novembre dernier, le musée de la Vie romantique, géré lui aussi par la Ville de Paris, fermait également ses portes pour travaux. Bien que considéré comme l’un des musées les plus charmants de la capitale, son organisation alambiquée, les pavés disjoints de sa cour et l’absence d’ascenseurs en son sein ne permettaient pas à tous et toutes de jouir de ses collections. Une série de travaux de réaménagement – repavement de la cour, remplacement de marches par un plan incliné et installation d’un ascenseur – devrait offrir un accès presque total aux œuvres du musée (l’hôtel particulier ne faisant l’objet d’aucune modification) dès juin 2018.
Identifier les lieux accessibles aux personnes à mobilité réduite peut par ailleurs se révéler fastidieux. Pour y remédier, l’association Jaccede.com les a tous répertoriés sur son site et offre ainsi un tableau complet des efforts fournis (ou non) par les différentes institutions. Et si, dans la plupart des cas, la bonne volonté de nombre d’établissements culturels n’est plus à démontrer, l’urgence de ces transformations n’est cependant pas assimilée par tous.
Parfois difficilement réalisables pour des raisons de classement et de protection du patrimoine, ces aménagements ne sont cependant pas les seules solutions possibles. N’étant pas en mesure de modifier physiquement l’ancienne résidence du peintre Ary Scheffer, le musée de la Vie romantique a, en effet, décidé d’installer un dispositif de réalité virtuelle dans sa serre permettant aux personnes à mobilité réduite de découvrir l’hôtel particulier. À Beaulieu-sur-Mer, aux abords chic de Nice, c’est un robot qui devrait permettre de visiter à distance la très belle Villa Kérylos. En effet, en s’associant à la société spécialisée dans la téléprésence Awabot, le Centre des monuments nationaux (CMN) met à disposition des publics éloignés ou empêchés, au sein de la villa, un robot prénommé « Beam ». Pilotable via une application téléchargeable sur un ordinateur classique, ce robot est à l’essai dans l’ancienne villa de l’archéologue Théodore Reinach depuis décembre 2017 et sera, dans un premier temps, proposé aux enfants hospitalisés à l’Institut d’hématologie et d’oncologie pédiatrique de Lyon.
Le robot BEAM dans le péristyle de la Villa Kérylos
© Lionel Bouffier / CMN
Si « Beam » n’a, pour l’instant, accès qu’au rez-de-chaussée de la Villa Kérylos, des recherches sont en cours pour améliorer cette technologie mesurant 1,35 mètre pour 22 kilos. Branché sur le réseau 4G qui permet l’activation de ce système de visioconférence sur base mobile, le robot a une autonomie de 2 heures et est soumis aux mêmes consignes de sécurité que les visiteurs présents en chair et en os. Il offre la possibilité de suivre, malgré la distance, une visite guidée et libre, le système de pilotage permettant à celle ou celui aux manettes de l’ordinateur de mouvoir ce « robot d’interaction » où il le souhaite. Le CMN et la société Awabot ont décidé de se laisser six mois pour expérimenter le dispositif au sein de la villa et étendre éventuellement, par la suite, le système à d’autres monuments.
Penser l’accessibilité, c’est aussi penser au discours que les musées veulent transmettre à leur public. Qui vise-t-on ? Que dit-on ? Comment le dit-on ? Le « pôle accessibilité » du musée du Louvre n’est pas à cours d’idées en la matière et propose de temps à autres des visites guidées en langue des signes française (LSF) ainsi que des visites pour un public mal ou non-voyant au sein de sa galerie tactile. Entre 2014 et 2017, le parcours « Sculpter le corps » proposait ainsi des moulages manipulables par les visiteurs accompagnés d’une médiation en braille. Pour se repérer dans l’espace, le visiteur disposait d’une main courante et de bandes podotactiles.
Dispositif tactile au musée du Louvre
© Florence Brochoire
Primé par le ministère de la Culture pour sa politique d’accessibilité, le musée de Bretagne à Rennes propose très régulièrement des visites tactiles ou en audiodescription ainsi que des livrets explicatifs en braille ou en gros caractères. Le musée du Quai Branly n’est pas en reste non plus : tous les deux ans, lors de la semaine de l’accessibilité, il propose des ateliers (danse et langue des signes notamment), des spectacles en audiodescription, des visites adaptées au plus large public, le tout dans un souci « d’accessibilité universelle ».
À quand une politique tarifaire générale pour les personnes en situation de handicap ?
Et lorsque les musées ne suivent plus, les associations prennent le relais. C’est notamment le cas de l’association Signes de Sens qui propose et organise des visites guidées en LSF (Langue des Signes Françaises). Si les établissements culturels semblent faire preuve de bonne volonté, ces initiatives ne sont que trop ponctuelles et le peu de choix dans les dates de visites guidées peut en décourager plus d’un. Un autre frein peut être le prix d’entrée de certains établissements : sur une allocation aux adultes handicapés (AAH) de 860 euros par mois (900 euros d’ici 2019), le prix d’une entrée de musée peut sembler exorbitant. En effet, si un bon nombre de musées applique la gratuité à l’égard de personnes détenant une carte d’invalidité, ils n’y sont cependant pas tenus. Ainsi, des établissements tels que le musée du Louvre, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, le musée du Quai Branly, le musée de l’Homme ou encore le musée des Beaux-Arts de Dijon appliquent cette gratuité, tandis que d’autres ne proposent qu’un accès en tarif réduit. C’est le cas du musée Maillol où l’entrée coûte ainsi 11 euros. À quand une politique tarifaire générale pour les personnes en situation de handicap ?
Accéder pleinement à l’offre culturelle est une chose, travailler au sein de la culture lorsque l’on est mal ou non-voyant, sourd ou malentendant ou encore en fauteuil roulant en est une autre. Alexis Dussaix y est arrivé. Né sourd, Alexis est guide-conférencier en langue des signes française et a été récemment diplômé de l’École du Louvre. Passionné d’histoire et d’art, il se rêvait conservateur du patrimoine et décide, après son baccalauréat, de tenter les concours d’entrée à l’École du Louvre. Il raconte ses années d’études comme « semées d’embuches », les cours dispensés au sein de l’École du Louvre n’étant pas adaptés à un public sourd ou malentendant. Il ne renonce pas, persuadé qu’une formation dans cette école lui donnerait « carte blanche pour réaliser ses rêves ».
Alexis Dussaix, guide-conférencier en langue des signes animant une visite au musée du Louvre
© Alexis Dussaix
Aujourd’hui, le jeune guide-conférencier en LSF travaille dans différents musées et regrette que certains n’aient toujours pas pleinement conscience des besoins de ce secteur. Par manque de financements, les musées espacent les visites en LSF. Alexis s’est ainsi retrouvé malgré lui à n’exercer qu’au sein de « musées stars » comme le musée du Louvre, le Centre Georges Pompidou ou le château de Versailles. Avec un rythme d’une visite-guidée par mois, impossible pour le jeune diplômé de vivre de cette activité. Pourtant, la demande est bien réelle : de plus en plus de personnes répondent présent à l’offre de visites guidées en LSF. Des visites qu’il estime indispensables à la transmission des connaissances, indispensables pour montrer au monde « qu’un sourd est capable de tout dans sa langue maternelle ».
[Merci à l’interprète en LSF Sophie Gwindatch pour son aide lors de l’entretien avec Alexis Dussaix.]
L'association Jaccede
L'association Signes de Sens
Programme des événements accessibles au Musée de Bretagne
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