Sphinx de Gizeh, vers 2500 av. J.-C.
© EmmePi Travel / Alamy / Hemis
Un grand mystère viendrait-il d’être résolu ? Le 17 octobre, dans la revue Physical Review Fluids, éditée chaque mois depuis 2016 par l’American Physical Society, des chercheurs de l’Université de New York ont publié une étude qui prétend avoir percé le secret de la construction de la plus grande statue monolithique du monde : le grand Sphinx de Gizeh. Selon eux, avant d’avoir été fignolée par des mains humaines 2 500 ans avant notre ère, cette immense représentation en pierre du pharaon sous forme de chimère à tête d’homme et corps de lion (jadis recouverte de plâtre et de couleurs vives), aurait été pré-façonnée par la nature !
Avec ses 73 mètres de long, 20 de haut et 14 de large, et son poids de 20 000 tonnes, ce majestueux et impassible gardien, sculpté dans un seul bloc de roche calcaire sur le plateau de Gizeh (où s’élèvent trois pyramides mythiques abritant les tombeaux de rois et reines d’Égypte antique), est l’objet de toutes les interrogations depuis son désensablement dans les années 1930 : combien de décennies, voire de siècles, a-t-il fallu aux Égyptiens, munis de simples burins et de maillets, pour dégrossir ainsi une telle masse de pierre ?
Reconstitution de la construction du Grand Sphinx et de la pyramide de Gizeh
© NPL – DeA Picture Library / Bridgeman Images
Réalisée par les chercheurs Samuel Boury, Scott Weady et Leif Ristroph, du laboratoire de mathématiques appliquées de l’Université de New York, l’étude avance que la forme originelle de ce colosse (son brouillon, en quelque sorte !) aurait été sculptée par le vent il y a plus de 4 500 ans – ce que suggérait déjà le géologue Farouk El-Baz dans le Smithsonian Magazine en 1981. Les sculpteurs auraient donc tiré parti d’une forme géologique existante appelée yardang (une grande masse de roche molle érodée, de forme souvent étrange, que l’on retrouve dans les régions désertiques balayées par le vent ), qui leur aurait prémâché le travail.
« Il existe aujourd’hui des yardangs ressemblant à des animaux assis ou couchés », rappellent les scientifiques américains. Au cours d’expériences en laboratoire, ces derniers ont placé des monticules en argile, incrustés de diverses roches, sous un courant d’eau rapide imitant l’action des vents qui soufflaient sur le plateau de Gizeh il y a 4 500 ans. Résultat : en quelques heures, ces monticules ont pris la forme générale du grand Sphinx, avec un corps, une tête et même, à la base, un renflement évoquant les pattes d’un animal couché. Inspirés, les artistes auraient ensuite pris le relai en détaillant la créature. Une théorie qui rend cet exploit (certes toujours impressionnant) un peu plus réaliste !
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