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Rencontre

« Le tatouage est la mère de tous les arts »

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Publié le , mis à jour le
À l’occasion de sa venue en France pour la promotion de son ouvrage XXL « Tattoo » aux éditions Taschen, Beaux Arts est allé à la rencontre d’une légende vivante du tatouage : Henk Schiffmacher. Historien, philosophe, photographe et artiste tatoueur, ce passionné a constitué au fil de sa vie l’une des plus importantes collections de tatouages au monde, et a tatoué les plus grandes rock stars, de Kurt Cobain aux Red Hot Chili Peppers. Rencontre.
Le célèbre tatoueur américain Charlie Wagner, au centre, avec une femme tatouée et un marin américain
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Le célèbre tatoueur américain Charlie Wagner, au centre, avec une femme tatouée et un marin américain, vers 1930

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Courtesy Schiffmacher Tattoo Heritage

Portrait de Henk Schiffmacher
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Portrait de Henk Schiffmacher

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© Rudi Huisman

« On dit que la prostitution est le plus vieux métier du monde, mais je parie que la première prostituée était tatouée », s’amuse Henk Schiffmacher. Parce qu’il a été pratiqué partout et de tout temps, le tatouage est à ses yeux « la mère de tous les arts ». D’ailleurs, nous dit-il, ce serait la forme d’art la plus collectionnée au monde. Pour lui comme pour de nombreux autres, le tatouage a surtout été une porte d’entrée vers l’histoire de l’art, dans un monde où « les marches des musées sont trop hautes pour beaucoup ».

Grandi dans une famille de bouchers, le jeune Henk a toujours été fasciné par les corps. Enfant, il dissèque toutes sortes d’animaux, dont il conserve religieusement des morceaux qu’il expose ensuite dans sa chambre, son « musée ». Collectionneur de la première heure, Henk débarque dans l’univers du tatouage en suivant ses passions de toujours : le dessin, l’humain et l’Histoire. Il a alors 20 ans et se destine à être photographe. C’est en flânant dans le quartier rouge d’Amsterdam à la recherche d’images inspirantes qu’il découvre le plus vieux salon de tatouage du pays, Tattoo Peter’s Studio. Il trouve en son fondateur Peter un mentor qu’il suivra dans de nombreux voyages autour du monde, à la rencontre d’autres artistes tatoueurs. Car le monde des années 1970 ne compte pas plus de 400 tatoueurs. Et pour s’y faire une place, il faut aller à la rencontre de ces quelques « guerriers-poètes », toquer à de nombreuses portes et ne pas se décourager.

Album de dessins originaux de tatouages par un tatoueur britannique non identifié
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Album de dessins originaux de tatouages par un tatoueur britannique non identifié

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Courtesy Schiffmacher Tattoo Heritage

Des tatouages échangés aux quatre coins du monde, des dessins et des planches de motifs envoyés par courrier… C’est en collectionnant ces trésors que Henk tombe amoureux du tatouage, de son histoire et de ses artistes. Le livre « Tattoo » paru aux éditions Taschen en janvier 2021 est un hommage rendu aux origines du tatouage, à ses traditions multiples et à ses défenseurs.

Couverture du livre : THE TATTOO BOOK (XL)
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Couverture du livre : THE TATTOO BOOK (XL)

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© Taschen

Il présente une partie de sa collection, riche aujourd’hui de 40 000 œuvres. Une somme qui fait office de « musée », nous dit-il, puisque ses deux tentatives d’ouvrir un musée dédié à Amsterdam se sont soldées par un échec financier. Ce qui lui pose de sérieuses questions sur la suite de sa collection : « Depuis que mon musée a fermé, à cause du prix de l’immobilier, je vis au milieu de montagnes d’objets. Dans le monde virtuel, il n’est pas question de mètres carrés. Le Covid aussi m’a fait réaliser que posséder toutes ces choses pouvait être un fardeau. Tu as une responsabilité, et que vas-tu en faire ? »

Beaucoup de jeunes artistes formés dans des écoles de beaux-arts intègrent le monde du tatouage.

D’un « art souterrain » et banni en Europe, le tatouage s’est popularisé depuis les années 1980 jusqu’à se démocratiser tout à fait. Quant à sa place dans l’histoire de l’art ? « Il reste encore du travail », répond Henk. « L’exposition consacrée au musée du Quai Branly (« Tatoueurs tatoués », 2015, ndlr) a ouvert les portes du musée à des personnes qui n’y étaient jamais entrées auparavant. Or, c’est exactement la mission d’un musée : faire de l’art un vecteur d’éducation. Tous les arts primitifs ont une place énorme dans l’histoire des beaux-arts. Et le tatouage en est la forme la plus primitive. Une prochaine exposition pourrait traiter de la place du tatouage dans les beaux-arts. De nombreux peintres ont représenté des personnes tatouées : Toulouse-Lautrec notamment, Picasso, Van Gogh… »

Felice "Felix" Beato, Messager tatoué
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Felice « Felix » Beato, Messager tatoué, vers 1864–1867

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Photographie coloriée à la main • Courtesy Schiffmacher Tattoo Heritage

Plusieurs pièces de sa collection tournent encore avec l’exposition « Tatoueurs Tatoués », qui s’enrichit dans chaque nouvelle ville de collections locales. Tout juste démontée à Nice, à l’Espace Lympia, l’exposition passera ensuite quatre ans en Espagne. Les frontières entre le monde du tatouage et le monde de l’art seraient de plus en plus poreuses. « En ce moment, beaucoup de jeunes artistes formés dans des écoles de beaux-arts intègrent le monde du tatouage et deviennent des artistes à part entière, et ainsi, ils créent des ponts entre le monde de l’art et celui du tatouage. C’est une période fascinante pour ça. »

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Tattoo. 1730s-1970s. Henk Schiffmacher’s Private Collection

par Henk Schiffmacher

Éd. Taschen • 440 p. • 125 €

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