La dentellière du P’tit Quinquin décapitée à Lille, 2023
© X (ex-Twitter) Martine Aubry
Le Nord pleure l’un de ses plus chers symboles. Samedi 25 novembre au matin, les Lillois ont découvert, le cœur serré, que l’emblématique statue de la dentellière du P’tit Quinquin, située à l’entrée du square Foch, à deux pas de la Grand’Place, avait été décapitée dans la nuit. Réalisée en 1902 par l’artiste local Eugène Deplechin, né dans la ville voisine de Roubaix, cette sculpture Art nouveau représente une dentellière de taille humaine, berçant son enfant assis sur ses genoux. La tête coupée de la jeune femme a été retrouvée gisante sur les lieux, abandonnée par le ou les vandales, qui demeurent introuvables.
Affront délibéré ou pure bêtise ? « Un acte déplorable qui s’attaque à la culture populaire lilloise », a dénoncé, en colère, la maire de la ville Martine Aubry, samedi 25 novembre sur le réseau social X (ex-Twitter). La statue rend en effet hommage à la fameuse berceuse (« Dors min p’tit Quinquin, min p’tit pouchin, min gros rogin… ») composée et chantée pour la première fois en 1853 par Alexandre Desrousseaux dans un estaminet de Gand, puis exportée à Paris en 1855, avant de devenir un succès national.
Le monument à Alexandre Desrousseaux, créateur du P’tit quinquin, à l’entrée du square Foch à Lille
Contant l’histoire d’une pauvre dentellière de l’ancien quartier Saint-Sauveur tentant d’endormir son bébé, la chanson et son incarnation sculptée constituent des symboles forts du passé industriel du Nord en évoquant le travail de la dentelle, spécialité de la région et fleuron de sa production textile, florissante au XIXe siècle. Entonnée comme chanson de marche par les soldats nordistes pendant la guerre franco-prussienne de 1870, cette berceuse est devenue l’hymne officieux de la ville de Lille, sonné par le carillon du beffroi de la chambre de commerce, et fut même citée en 1965 dans l’album de bande dessinée Le Tour de Gaule d’Astérix !
L’œuvre est d’autant plus intéressante que le visage de la dentellière serait inspiré du fameux masque mortuaire de « l’Inconnue de la Seine », une noyée devenue célèbre vers 1900 pour la mystérieuse et gracieuse sérénité de ses traits. « Les équipes de la ville sont mobilisées pour la remettre en état. Une plainte sera déposée », a assuré Martine Aubry. Car bien qu’il s’agisse d’une réplique de l’œuvre originale en marbre, déplacée dans l’hôtel de ville il y a plusieurs années suite, justement, à différents actes de vandalisme, la peine reste la même dans le cœur des Lillois.
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