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Les 1001 vies du Grand Palais

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Coiffé d’une verrière éblouissante, le Grand Palais, érigé « à la gloire de l’art français » pour émerveiller les visiteurs de l’Exposition universelle de 1900, est l’un des joyaux de la capitale. Alors qu’il a fermé ses portes jusqu’au printemps 2024 pour une restauration complète, retour sur l’histoire de ce fabuleux édifice de pierre, de verre et d’acier, témoin du faste de la Belle Époque…
La première exposition aéronautique, sous la nef du Grand Palais
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La première exposition aéronautique, sous la nef du Grand Palais, 1909

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© Ullstein Bild / Roger-Viollet

À l’aube des années 1890, Paris est en ébullition : on y prépare l’Exposition universelle de 1900, qui s’annonce la plus légendaire de toutes ! Cinquième d’une série à succès débutée en 1855, cette grande manifestation de fierté nationale succède à celle de 1889, qui a vu s’élancer la Tour Eiffel. Pour fêter l’avènement du nouveau siècle, un feu d’artifice artistique et technique s’impose… ainsi que des transformations spectaculaires dans toute la ville.

Des appels à projets sont lancés. En 1894, une idée folle est retenue : relier les Champs-Élysées à l’esplanade des Invalides en perçant une grande artère (l’avenue Alexandre III, aujourd’hui Winston Churchill), prolongée par la création du pont Alexandre-III. Décision est même prise de raser le Palais de l’Industrie et des Beaux-Arts (pourtant un bel édifice construit pour l’Exposition universelle de 1855) et d’y ériger à la place, le long de la nouvelle avenue, un bâtiment flambant neuf dédié aux grandes manifestations artistiques officielles de la capitale : le futur Grand Palais !

Ernest Sébille, Projet pour la façade du Grand Palais
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Ernest Sébille, Projet pour la façade du Grand Palais, vers 1896. Projet pour l'Exposition universelle de Paris de 1900

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aquarelle et encre sur papier • 73,5 x 242,5 cm • Coll. Musée d'Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

En 1896, le concours d’architecture bat son plein. Quatre concurrents se démarquent, mais impossible de les départager. Qu’à cela ne tienne ! Le jury opte pour une synthèse des quatre projets. La partie principale du Grand Palais (dont la nef et l’entrée) est confiée à l’architecte Henri Deglane ; sa partie intermédiaire (avec le Salon d’honneur) à Albert Louvet ; sa partie arrière à Albert Thomas. Le tout supervisé par Charles Girault, qui s’occupe également de concevoir, juste en face, le Petit Palais, écrin actuel du musée des Beaux-Arts de Paris.

Dès 1897, 1500 ouvriers s’affairent sur ce chantier titanesque. Terminé en trois ans – un véritable exploit ! – l’ensemble est inauguré le 1er mai 1900 par le Président Émile Loubet. En 212 jours, 51 millions de visiteurs (soit plus que la population de la France à l’époque) affluent dans les rues de Paris pour admirer de somptueux pavillons étrangers, un écran géant des Frères Lumière, un télescope révolutionnaire et une grande roue de 70 mètres de haut. Pour l’occasion, la gare d’Orsay et la première ligne de métro parisien sont ouvertes et l’électricité illumine la ville…

À gauche : le Salon d’Automne de 1905. À droite : le Grand Palais dans l’axe du Pont Alexandre-III lors de l’Exposition universelle de 1900
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À gauche : le Salon d’Automne de 1905. À droite : le Grand Palais dans l’axe du Pont Alexandre-III lors de l’Exposition universelle de 1900

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© Tallandier / Bridgeman Images / © Paris Musées / Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais

Le Grand Palais remporte un succès triomphal. Siège de deux expositions ambitieuses (la Centennale, rétrospective de l’art français de 1800 à 1890, où des sculptures de Rodin se mêlent à des peintures d’Ingres, Delacroix et Monet, et la Décennale, consacrée aux œuvres de 1890 à 1900, où rayonne l’Art Nouveau), le bâtiment émerveille avec son immense nef de verre. Culminant à 45 mètres de hauteur, longue de 200 mètres et soutenue par une charpente d’acier de 8500 tonnes, elle chapeaute une surface de 13 500m² et un volume de 450 000 m3 d’air !

Le reste de l’édifice émerveille tout autant : son escalier d’honneur orné d’élégantes arabesques de fer et de colonnes en porphyre vert, son architecture Belle Époque, mélange éclectique de baroque et de classicisme, et ses façades en pierre ornées de statues, mosaïques et frises polychromes créées par une quarantaine d’artistes… dont les quadriges de Georges Récipon, deux impressionnants groupes de chevaux en cuivre de 6 mètres de haut, dressés sur leurs fers arrière au sommet des portes nord et sud !

Anonyme, Groupe de poilus visitant Paris près du Grand Palais, avenue du Général Eisenhower
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Anonyme, Groupe de poilus visitant Paris près du Grand Palais, avenue du Général Eisenhower, entre 1914 et 1918

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tirage gélatino-argentique • 12,8 × 17,9 cm • Coll. Musée Carnavalet, Paris • © Paris Musées / Musée Carnavalet, Paris

Dès 1901, le lieu devient le décor lumineux de nombreux salons artistiques : Salon des artistes français, Salon des Orientalistes, Salon des peintres, graveurs et lithographes… sans oublier le Salon d’automne où résonne, en 1905, le scandale de la « cage aux Fauves » déclenché par les audaces chromatiques d’Henri Matisse et André Derain ! D’autres événements prisés s’y succèdent, comme le concours hippique (dès 1901), le Salon de l’automobile (1901) et le Salon de l’aviation (à partir de 1909), qui invite des dizaines d’aéronefs sous la verrière pour un effet spectaculaire !

Durant la Première Guerre mondiale, le Grand Palais est transformé en hôpital militaire et en camp d’entraînement. En 1920, il accueille pour la première fois le Salon des indépendants fondé en 1884 par une quarantaine d’artistes dont Paul Signac et Odilon Redon. Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1937, un musée culturel et scientifique de 25 000m², le Palais de la découverte, prend définitivement place dans l’aile ouest.

Stéphane Gaillarde, Travaux de restauration du Grand Palais : dépose de l’un des deux quadriges de Georges Récipon
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Stéphane Gaillarde, Travaux de restauration du Grand Palais : dépose de l’un des deux quadriges de Georges Récipon, 2001–2004

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© Photo Collection Raphaël Gaillarde, Dist. RMN-Grand Palais / Raphaël Gaillarde

Après avoir subi l’occupation de l’armée allemande puis un incendie en 1944, il échappe de justesse à un projet de démolition proposé par Le Corbusier au début des années 1960.

À partir du milieu du siècle, le bâtiment, usé, commence à révéler ses fragilités. Après avoir subi l’occupation de l’armée allemande puis un incendie en 1944, il échappe de justesse à un projet de démolition proposé par Le Corbusier au début des années 1960. En 1964, des travaux de rénovation sont lancés. Le conservateur des musées de France, Reynold Arnould, transforme une partie de l’aile nord en Galeries nationales destinées à recevoir de grandes expositions temporaires – à commencer par une rétrospective Picasso en 1966. À partir de 1977, la FIAC (Foire internationale d’art contemporain) s’installe dans la nef.

Mais en 1993, la chute d’un rivet déclenche l’alerte. Classée monument historique depuis 1975, la nef ferme ses portes pour des raisons de sécurité. En 2000, le Palais entier est enfin classé et d’importants travaux sont menés pour restaurer ses fondations, toiture, charpente, verrières et quadriges de 2001 à 2004 ; puis ses façades de 2005 à 2008. Rouverte en 2006, la nef accueille FIAC, défilés de mode, salons, concerts, spectacles, congrès et œuvres monumentales. Petit à petit, ses espaces intérieurs sont restaurés et réhabilités.

La nef et la verrière du Grand Palais
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La nef et la verrière du Grand Palais

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c Sarah Akad / Alamy / Hemis / © Godong / Alamy / Hemis

Fin février 2018, la ministre de la Culture Françoise Nyssen annonce que le Grand Palais fermera de nouveau ses portes en décembre 2020 pour un chantier de grande ampleur visant à augmenter drastiquement ses capacités d’accueil. En attendant, un « Grand Palais éphémère » de 10 000m2 signé Jean-Michel Wilmotte assurera l’intérim sur le Champ-de-Mars… Mais fin septembre 2020, le projet de rénovation de l’ancien édifice, jugé trop pharaonique et peu adapté à la crise sanitaire, est abandonné au profit d’une restauration sans transformations majeures, le tout pour le même coût : 466 millions d’euros.

Préfiguration de Grand Palais éphémère qui s’installera sur le Champ-de-Mars en 2021
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Préfiguration de Grand Palais éphémère qui s’installera sur le Champ-de-Mars en 2021

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© Wilmotte & Associés Architectes

Au programme ? Rénovation de la nef, des galeries, de la façade et des statuaires mises sous filet depuis 2018, espaces d’exposition repensés et gain de milliers de mètres carrés grâce à une vaste remise aux normes. Lancés début 2021, les travaux devraient être entièrement terminés en 2025, et la restauration de la nef en 2024, à temps pour les Jeux Olympiques. Le début d’une nouvelle vie pour ce vénérable vaisseau amiral !

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Retrouvez dans l’Encyclo : Henri Matisse

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