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Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Les Heures de la Vierge : Le Couronnement de la Vierge), 1411-1416
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Janvier), 1411-1416
Un calendrier d’une précision inédite
Au Moyen Âge, le livre d’heures, livre liturgique enluminé, est indispensable à tout bon noble catholique. Le plus souvent, il s’ouvre, comme ici, sur un calendrier illustrant le cycle des saisons et les fêtes religieuses, permettant au fidèle de se repérer dans ses prières. Celui des Très Riches Heures est remarquable en tout point. Chaque mois occupe deux pleines pages. Sur celle de droite, le texte est divisé en sept colonnes : la première est consacrée au nombre d’or astronomique (qui fait coïncider les cycles lunaire et solaire), dans la seconde figurent les lettres dominicales (renvoyant aux jours de la semaine), la troisième correspond au décompte des jours du calendrier julien et la cinquième liste les saints français. Fait rare pour les livres d’heures de l’époque, ce calendrier contient une sixième colonne qui fait le décompte de la durée du jour en heures et en minutes. Plus exceptionnel encore, une septième colonne indique un nouveau nombre d’or préfigurant le calendrier grégorien !
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Février), 1411-1416
Traité de la vie quotidienne
Sur les pages de gauche, une miniature illustre la vie quotidienne des nobles, mais aussi des paysans. Chacune d’elle est surmontée d’un demi-disque, sur lequel sont inscrites des informations astronomiques. Les signes du zodiaque y sont également représentés sur un ciel étoilé. Le demi-cercle central accueille quant à lui le dieu Apollon assis sur son char, un motif probablement inspiré d’une médaille byzantine acquise par le duc de Berry. Consacrée aux travaux des champs, la miniature de février est la première représentation de paysage enneigé de l’histoire de l’art !
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Janvier), 1411-1416
À la table du duc de Berry
Cette miniature, consacrée au mois de janvier, s’inspire probablement d’une fête de l’Épiphanie ou d’un banquet célébrant le 1er janvier 1414. Dans cette scène foisonnante de personnages, le duc de Berry est représenté dos à une cheminée, arborant un luxueux manteau bleu rehaussé de motifs dorés et une toque de fourrure. Il accueille les invités à sa table (on peut lire derrière-lui l’inscription « approche, approche »), recouverte de plats. Au second plan, une majestueuse tapisserie, qui représenterait un épisode de la guerre de Troie, confère à la scène une ambiance chevaleresque.
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Avril), 1411-1416
Moyen Âge polychrome
Bleu lapis-lazuli, vert de cuivre, laque rose, rouge vermillon… La palette des frères de Limbourg qui, contrairement à leurs contemporains, utilisaient très peu d’or pour rehausser leurs enluminures et miniatures, est haute en couleur ! On distingue toutefois une utilisation différente des teintes chez les trois frères. En effet, les miniatures attribuées à Jean sont les plus saturées, celles attribuées à Herman, les plus sombres, et enfin celles attribuées à Paul où dominent le bleu et le jaune pâles, ainsi que le rose saumon, apparaissent comme les plus douces.
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Septembre), 1411-1416
Tour de France des châteaux
Trônant fièrement sur les hauteurs de Saumur en Anjou, ce château, couronné de girouettes en forme de fleurs de lys dorées, semble tout droit sorti d’un conte de fées ! De Dourdan à Mehun-sur-Yèvre en passant par Vincennes, Étampes et bien-sûr Paris, Les Très Riches Heures offre un panorama des plus beaux châteaux de France au XVe siècle, représentés par les frères de Limbourg et leurs successeurs avec un grand souci de réalisme. D’autres châteaux présents dans le calendrier, comme celui de Lusignan ou celui de Poitiers, ont été transformés par le duc de Berry lui-même, qui en plus d’un insatiable collectionneur et bibliophile fut l’un des plus grands bâtisseurs du Moyen Âge !
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (L’Homme anatomique ou L’Homme zodiacal), 1411-1416
Humanité cosmique
C’est l’un des chefs-d’œuvre absolu des Très Riches Heures ! Probablement inspirée d’ouvrages d’astrologie et de médecine, il fait partie d’un ensemble de huit miniatures exécutées sur des feuillets isolés. Entourés d’une double mandorle, dans laquelle sont reproduits les signes du zodiaque, un homme et une femme sont dos à dos, le corps couvert, là encore, de signes zodiacaux. Les caractéristiques de ces derniers sont expliquées dans le texte entourant la miniature. En haut, de part et d’autres du feuillet, on reconnaît les armes du duc de Berry : « Trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur avec bordure engrêlée de gueule ».
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Les Heures de la Vierge : La Purification de la Vierge), 1411-1416
Inspiration antique
Cette miniature, extraite des « Heures de la Vierge », évoque la présentation de Jésus au Temple, 40 jours après sa naissance. La Vierge, au pied des marches, est suivie par un joyeux cortège dans lequel on distingue Joseph. Au centre de la composition, qui est sans doute inspirée d’une fresque de la basilique Santa Croce à Florence, une servante tient dans ses mains deux colombes et un cierge. Là encore, les frères de Limbourg font preuve d’une grande minutie et de réalisme, tant dans les effets de marbre rose que dans les drapés des tissus, qui évoquent l’Antiquité.
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly • ©Photo. R.M.N. / R.-G. Ojéda
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (L’Office des morts : L’Enfer), 1411-1416
L’Enfer sur le grill
Voilà un barbecue auquel on ne regretterait pas d’être invité ! Sur un immense grill, Satan, allongé, projette en l’air les âmes des damnés avec l’aide de son souffle. Ces derniers, terrorisés, attendent leur tour au milieu des flammes. Autour, des créatures impitoyables font subir toutes sortes de sévices à des hommes, dont un religieux reconnaissable à sa tonsure et ses vêtements. Au second plan, d’autres damnés observent la scène depuis des lucarnes creusées dans la roche des montagnes environnantes… Aux premières loges !
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Jean Colombe, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Les Heures de l’année liturgique : Le Martyre de saint André), 1485-1486
Joyau oublié
Difficile de retracer l’histoire des Très Riches Heures après la mort de son commanditaire et des frères de Limbourg. Il aurait été complété par Barthélémy d’Eyck – bien que cette attribution soit contestée par plusieurs historiens –, puis achevé entre 1485 et 1486 par Jean Colombe pour le duc de Savoie. Oublié pendant presque trois siècles, son rachat par le duc d’Aumale en 1856 permet sa redécouverte. Considéré aujourd’hui comme l’un des plus beaux témoignages du Moyen Âge, sa riche iconographie a contribué à façonner notre imaginaire collectif.
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Reproduction intégrale des "Très Riches Heures du duc de Berry"
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Un chef-d’œuvre inachevé
Vers 1410, le duc Jean Ier de Berry commande aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg un livre d’heures. Ce n’est pas la première fois que le trio d’enlumineurs ont à faire au duc, pour qui ils ont déjà réalisé Les Belles Heures du duc de Berry. En bon protecteur, le seigneur les installe dans une luxueuse demeure près de Bourges afin qu’ils puissent pleinement se consacrer à leur œuvre… Sans pouvoir toutefois l’achever : les trois frères meurent en 1416, tout comme le duc, probablement de la peste.