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LA FOLLE HISTOIRE

L’improbable épopée du « Musée de l’art mauvais »

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Publié le , mis à jour le
Chaque mois, Beaux Arts revient sur une histoire inouïe. Cette fois, place à l’aventure cocasse du « Musée de l’art mauvais », le MOBA (Museum of Bad Art). Lancée dans une cave de Boston par un groupe d’amis, cette collection d’œuvres ratées a connu un tel succès qu’elle a donné naissance à un vrai musée de renommée internationale. Récit de son incroyable ascension, partie d’un tableau criard trouvé dans une poubelle !
A. Schmidt, Mana Lisa
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A. Schmidt, Mana Lisa, Non daté

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Coll. MOBA, Boston • © MOBA / Rex Features / Sipa

Existe-t-il des œuvres si mauvaises qu’elles méritent d’être célébrées ? C’est en tous cas l’avis des créateurs du MOBA, entièrement dédié à l’art « trop mauvais pour être ignoré » ! L’histoire de ce musée est aussi invraisemblable que son concept. Tout commence en 1993. Alors qu’il se promène dans une rue de Boston, l’antiquaire Scott Wilson tombe nez à nez avec un tableau abandonné entre deux poubelles. Sous un ciel jaune acide, une grand-mère en robe bleue trône au beau milieu d’un champ de marguerites, assise sur une chaise qui semble léviter au-dessus de l’herbe, collée à son postérieur !

Anonyme, Lucy in the Field with flowers
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Anonyme, Lucy in the Field with flowers, Non daté

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Coll. MOBA, Boston • © MOBA

Wilson embarque la toile et la montre à un couple d’amis, Jerry Reilly et Mary Jackson. « C’est tellement mauvais que c’est bon ! » s’exclament-ils. Une idée folle leur vient en tête : et s’ils débutaient une collection ? Pris au jeu, le trio interroge son entourage sur la possession éventuelle d’œuvres de qualité douteuse, puis écume vide-greniers, bennes et bazars. Une première exposition est organisée en mars 1994. Le succès est tel qu’au bout d’un an, les réceptions tenues dans la cave de la maison bostonienne de Jerry et Mary attirent des centaines de personnes. Un jour, un autobus entier de personnes âgées fait même irruption chez le couple pour visiter la collection !

Face à cette situation devenue ingérable, les œuvres migrent dès 1995 dans le sous-sol délabré d’un théâtre de Dedham (Massachusetts), où elles se visitent gratuitement. Et se trouvent placées juste à côté des toilettes des hommes, d’où parvient le bruit régulier de la chasse d’eau… Un choix assumé par les co-fondateurs dont l’humour fait des merveilles dans les petits cartels qui accompagnent chaque œuvre d’un commentaire pince-sans-rire.

Anonyme, Charlie and Sheba
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Anonyme, Charlie and Sheba, 2007

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Coll. MOBA, Boston • © MOBA / Rex Features / SIPA

Régulièrement mentionné dans la presse et les guides, le MOBA se met même à prêter des œuvres à d’autres institutions. À sa galerie permanente s’ajoutent des expositions itinérantes aux thèmes croustillants – comme I can’t stop, consacrée à des œuvres gâchées par un élément de trop ajouté dans un élan malheureux – et à la présentation originale, avec des tableaux suspendus aux arbres d’une forêt ou recouverts de plastique dans un lave-auto !

Après dix ans à Dedham, le musée déménage en 2008 au Somerville Theater, un cinéma de 1912 à Somerville, toujours dans le Massachusetts. Placées de nouveau au sous-sol à côté des toilettes, 20 à 25 œuvres issues des 700 pièces de la collection permanente (gérée par une équipe de bénévoles) y sont exposées par roulement. Fermé depuis février 2019 au grand désarroi de ses fans, le MOBA est désormais à la recherche d’un nouvel espace.

Jack Owen, He was a friend of mine
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Jack Owen, He was a friend of mine, 2007

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Coll. MOBA, Boston • © MOBA / Rex Features / SIPA

À ses débuts, le musée avait été victime d’un vol incongru. En 1996, un portrait de femme trouvé dans une poubelle (Eileen de R. Angelo) disparaît du local d’exposition. La valeur de l’objet étant considérée comme nulle, la police classe l’affaire dans la catégorie « autres larcins ». Dix ans plus tard, le MOBA reçoit une lettre anonyme réclamant une rançon de 5000 dollars contre sa restitution ! Trop cher. La direction ignore la missive. Quelques semaines plus tard, l’œuvre est retrouvée sur le paillasson du musée. Peut-être une performance questionnant la valeur de « l’art mauvais »…

Mais qu’est-ce qu’une œuvre mauvaise ou ratée ? Comment le déterminer ? Le concept, épineux, soulève forcément des questions. Les Impressionnistes, les Fauves, les Naïfs, l’art brut de Jean Dubuffet… De nombreux artistes, aujourd’hui célébrés, ont été violemment moqués en leur temps par le public et la critique qui les considéraient à tort comme des incompétents, auteurs d’œuvres criardes, grossières et maladroites. Mais contrairement à Picasso, Derain ou Matisse, les artistes acceptés par le MOBA ne doivent pas avoir intentionnellement malmené leur sujet ou les règles de la perspective. Pour intégrer la collection, une œuvre doit obligatoirement être le fruit d’une sincère tentative (ratée) de « bien faire ». Exit les œuvres kitsch, volontairement de mauvais goût, ou appartenant à un mouvement d’avant-garde !

Erin Rothgeb, Ronan the Pug
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Erin Rothgeb, Ronan the Pug, 2006

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Coll. MOBA, Boston • © MOBA / Rex Features / Sipa

Drôle, invraisemblable… Pour être acceptée, une pièce doit également présenter des failles importantes sans pour autant être ennuyeuse. Seul le « meilleur du pire » est validé. Dénichées dans la rue, dans des bazars ou, parfois, données par un ami du musée – et, dans de très rares cas, par l’artiste lui-même –, les œuvres choisies sont celles « d’artistes talentueux qui ont mal tourné » ou d’amateurs en cruel manque de bases techniques.

Cependant, à la différence du collectionneur qui avait acheté le Portrait de Monsieur X, dit Portrait de Pierre Loti (1891–1910) d’Henri Rousseau pour s’en moquer dans son « cabinet des horreurs », le MOBA n’a pas pour but d’être méchant. L’idée ? Célébrer « le droit de l’artiste à l’échec glorieux ». Le tout dans la bonne humeur ! Selon son curateur en chef Michael Frank, Lucy in the Field with flowers aurait même inspiré à l’artiste américain Kehinde Wiley son portrait de Barack Obama, Barack in Wrigley Field with Ivy (2018) conservé à la National Portrait Gallery de Washington. À voir si l’intéressé le confirme…

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Museum Of Bad Art

www.museumofbadart.org

Le musée est pour l’instant fermé et dans l’attente d’une réouverture dans un nouvel espace. Son site web permet d’explorer les collections en ligne, et comprend une boutique proposant à la vente de masques Covid à l’effigie d’œuvres du musée.

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