Tarik Kiswanson sur une terrasse de centre Pompidou, 2023
© Julie Ansiau
On s’en souvient encore : Tarik Kiswanson (né en 1986) a signé il y a un peu plus d’un an l’une des installations les plus fortes de la dernière Biennale de Lyon en suspendant au plafond de l’ancien musée Guimet du mobilier ancien et d’impressionnantes formes blanches, ovoïdes, essentielles, sortes de chrysalides minimalistes voulant évoquer le « flottement propre aux histoires de migration ».
Bonne nouvelle : une déclinaison de cette œuvre est actuellement montrée au quatrième étage du Centre Pompidou, aux côtés des trois autres artistes nommés. Cette fois-ci, la chrysalide flotte entre deux murs du musée, accompagnée d’un meuble gris, rudimentaire, utilisé pour meubler les foyers les plus démunis après la guerre (The Wait, 2023). Conçue d’après ses propres mensurations, la sculpture blanche convoque un peu de l’histoire personnelle de Tarik Kiswanson, qui explique : « En créant ces formes condensées, je me suis rendu compte de tout ce que cela ouvrait. Plus on réduit, plus cela génère des interprétations. Les formes deviennent alors beaucoup plus vastes. »
Tarik Kiswanson, The Wait, 2023
Résine, fibre de verre, peinture, acier inoxydable • 270 × 222 × 100 cm • Courtesy Tarik Kiswanson et carlier l gebauer, Berlin-Madrid / © Centre PompidouPhoto Bertrand Prévost
Né en Suède de parents palestiniens, l’artiste formé à la Central Saint Martin’s School of Art de Londres et à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris a vu son travail défendu devant le jury de l’ADIAF (Association pour la diffusion internationale de l’art français) par Jean-Marc Prévost, directeur du Carré d’Art de Nîmes, où il a été exposé en 2020–2021.
« Je suis issu de la deuxième génération d’immigration, mon récit est façonné par le déplacement et le déracinement », détaille celui qui a conservé des liens forts avec la terre de ses parents, et qui travaille désormais entre Paris et Amman en Jordanie. Sa pratique, marquée par son histoire personnelle, se distingue par la subtilité de ses explorations tout-terrain (sculpture, dessin, vidéo, performance) et la distance instaurée avec ses sujets de prédilection.
En témoignent les autres œuvres réunies au Centre Pompidou, dont une vidéo captivante où un jeune homme tombe à la renverse dans un spectaculaire ralenti (The Fall, 2020), ou encore le dessin spectral d’une silhouette tendant la main vers le spectateur, travaux marqués par la fragilité, l’évanescence et la poésie. Xavier Rey, directeur du musée national d’Art moderne, a salué, à l’occasion de la remise du prix, « un travail pluridisciplinaire extrêmement abouti, aussi bien dans sa dimension formelle que dans son rapport à l’histoire. S’appuyant sur les rapports énergiques entre divers éléments, ses œuvres visent, avec beaucoup de sensibilité, à un message universel. »
D’ordinaire organisée au Centre Pompidou devant un public d’invités, la remise du prix n’a pas pu se tenir au musée, dont les portes sont restées fermées ce lundi en raison d’un mouvement social – ses salariés s’interrogent sur leur avenir durant les cinq années de travaux prévues de 2025 à 2030. D’autres récompenses seront remises cette semaine, comme la Bourse Révélations Emerige ce mardi 17 octobre (les nommés sont actuellement exposés au 190 rue Lecourbe, dans le 15e arrondissement), le prix Art & Environnement créé par Lee Ufan Arles et Guerlain ce mercredi 18 octobre, ou encore le prix Ricard ce vendredi 20 octobre (dont on peut également découvrir les nommés au sein de la fondation Pernod Ricard).
Prix Marcel Duchamp 2023
Du 4 octobre 2023 au 8 janvier 2024
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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