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Cercueil de Ramsès II, Fin de la XVIIIe dynastie
Cèdre peint • © Sandro Vannini, Laboratoriorosso / World Heritage Exhibitions.
L’Égypte au temps de Ramsès II.
© Stéphane Humbert-Basset.
Pharaon tout puissant, maître de guerre, grand bâtisseur, Ramsès II est le roi de tous les superlatifs. Avec un règne d’une durée de soixante-six ans, de 1279 à 1213 av. JC, l’Égyptien domine la XIXe dynastie et tout le Nouvel Empire (1580 à 1085 av. JC). Pour Dominique Farout, commissaire de l’exposition consacrée au souverain à la Villette ce printemps, « le public connaît le trésor de Toutânkhamon, la pyramide de Khéops et Ramsès pharaon ». Si ce dernier nous est désormais si familier, c’est grâce aux découvertes scientifiques, parfois rocambolesques, souvent hasardeuses, qui émaillent l’égyptologie moderne. Son tombeau, nommé KV7, mis au jour en 1737, est l’une des principales attractions de la vallée des Rois. Il faut dire que les dimensions impressionnent, avec l’entrée monumentale et la succession de salles, toutes décorées, qui s’enfoncent sur une distance de 168 mètres sous la montagne désertique.
Un peu plus loin, dans la vallée des Reines, la tombe de l’une de ses épouses, Néfertari, est même considérée comme l’une des plus belles sépultures de l’Antiquité. Ses murs sculptés et peints, restaurés avec grand soin de 1988 à 1992, livrent désormais leurs traits délicats et leurs couleurs fraîches et chatoyantes à quelques heureux élus. Pour préserver ce joyau, le nombre d’entrées quotidiennes et le temps de visite sont limités.
Grâce à un règne exceptionnellement long et une période de paix comme rarement l’histoire antique en a connu, le Pharaon a pu mettre en place un programme de constructions d’envergure. Temples, statues géantes : du delta du Nil à la Nubie, tout le territoire a été recouvert de monuments à sa gloire. De nombreux sites que le visiteur découvre encore aujourd’hui portent son sceau : des obélisques, les temples d’Abou Simbel, le Ramesseum (temple « de Millions d’années », entièrement dédié au souverain et à sa fonction royale), le pylône du temple de Louxor et la forêt de colonnes de la salle hypostyle du temple de Karnak, à Louxor.
Le Grand Temple de Ramsès II, à Abou Simbel. De 1964 à 1968, lors de travaux monumentaux menés par l’égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt, il a été démonté et reconstruit plus haut, sauvé ainsi de l’engloutissement sous les eaux du lac Nasser.
© Photo Sandro Vannini, Laboratoriorosso / World Heritage Exhibitions.
Dans un fatras de cercueils et de corps en plus ou moins bon état, se trouve la momie de Ramsès le Grand, dans un sarcophage relativement sommaire pour son rang.
Pourtant, la découverte de sa dépouille en 1881 va relancer le mythe. Le Français Gaston Maspéro, alors directeur du service des antiquités égyptiennes au Caire, diligente une enquête autour de fouilles illicites dans une cachette royale à Deir-el-Bahari, près de Louxor. Surprise : dans un fatras de cercueils et de corps en plus ou moins bon état, se trouve la momie de Ramsès le Grand, dans un sarcophage relativement sommaire pour son rang. Il s’avère que celui-ci est un remploi, choisi par les prêtres du clergé d’Amon pour sauver sa dépouille après le pillage de sa tombe, survenu quelques années seulement après sa mort.
La momie arrive en France en 1976 pour être examinée. Elle est reçue en grande pompe sur le tarmac de l’aéroport du Bourget. Souffrant de diverses attaques de parasites, elle fait l’objet de soins prodigués par les équipes du Commissariat à l’énergie atomique et du musée de l’Homme. C’est l’occasion pour les scientifiques d’en savoir un peu plus sur ce roi et sur les pratiques funéraires des anciens Égyptiens. Et l’opportunité est extraordinaire pour les chercheurs d’approcher de si près une légende ! La dépouille a confirmé l’âge exceptionnellement avancé que le souverain avait atteint à sa mort (80 ans, voire 90). Et aussi qu’il était roux. Ce détail, qui pourrait être anodin, éclaire pourtant sur le choix du roi de se mettre sous la protection du dieu Seth, craint pour ses dons de feu.
L’exceptionnelle longueur du règne de Ramsès II lui a permis de mettre en place un programme de constructions d’envergure. Du delta du Nil à la Nubie, tout le territoire a été recouvert de monuments à sa gloire.
C’est ensuite le mirage de sa capitale, Pi-Ramsès, qui éblouit les égyptologues. Construite dans la zone marécageuse du delta du Nil, en Basse-Égypte, elle a malheureusement disparu sous les caprices mouvants d’un bras du fleuve. Un heureux hasard va à nouveau raviver le souvenir du souverain, avec la redécouverte d’une autre cité, distante d’une trentaine de kilomètres. Pierre Montet, de 1929 à 1956, s’intéresse à la zone de Tanis. Il y trouve une quantité impressionnante d’objets au nom de Ramsès II. Au point d’imaginer avoir découvert la capitale du souverain ! L’erreur de jugement surmontée, c’est finalement bien plus que cela que l’égyptologue va mettre au jour.
Pan de mur de la tombe de Néfertari, dans la vallée des Reines [détail], Nouvel Empire, XIXe dynastie
La fraîcheur des couleurs ferait oublier les millénaires qui se sont écoulés depuis la réalisation de la tombe de Néfertari. L’épouse la plus célèbre de Ramsès II, représentée ici rendant hommage au dieu Thot, est passée à la postérité avec ce chef-d’œuvre, monument de raffinement et d’élégance.
Bas-relief peint • © Photo Sandro Vannini, Laboratoriorosso.
Tanis est en effet la capitale des dynasties suivant celle des ramessides. Une nécropole royale est découverte, avec son cortège de tombes inviolées remplies de richesses. De nombreuses pièces d’orfèvrerie sont d’ailleurs encore au nom des souverains ramessides, prouvant une continuité stylistique indéniable. Si les tombes de la vallée des Rois ont été pillées dès l’Antiquité, ne laissant quasiment rien pour assouvir la curiosité des scientifiques, Tanis est une aubaine pour ces derniers. L’apport pour la compréhension des rites funéraires du Nouvel Empire est énorme. Les fouilles se poursuivent depuis 1965 sous l’égide d’une mission française.
Le nom de Ramsès a aussi résonné au-delà des frontières du pays. Les archéologues du Proche-Orient ont souvent été confrontés, dans le déchiffrement de tablettes diplomatiques en cunéiforme, à Pharaon. Comprendre ces échanges entre grandes puissances antiques a permis de rétablir certaines vérités historiques. C’est le déchiffrement de textes hittites retrouvés à Hattusa (l’actuelle Boğazkale, près d’Ankara en Turquie), qui donne une nouvelle interprétation de la bataille de Qadesh, véritable programme de propagande pharaonique. Car Ramsès le Grand fut un excellent communicant avant l’heure. Il copie ainsi Aménophis III, dépassant le maître, avec notamment la reprise du culte aux statues et en faisant sculpter, dès qu’une paroi de temple le permet, chacun de ses exploits. La bataille de Qadesh résonne encore comme une victoire retentissante du roi tout-puissant, sur des murs, des stèles, des papyrus…
Statue de Ramsès II provenant du temple d’Amon, à Karnak, Nouvel Empire, XIXe dynastie
Coiffé du khépresh, la couronne de la victoire, et tenant le sceptre-heqa, Ramsès trône ici en majesté. Champollion, en voyant la statue en 1824 au musée de Turin, est intarissable : « La tête est divine, les pieds et les mains sont admirables, le corps est voluptueux ; ils l’appellent l’Apollon du Belvédère égyptien… bref, j’en suis amoureux. »
Granodiorite • 196 × 70 × 105 cm • © Musée égyptien, Turin.
La réalité est plus nuancée. Une nouvelle traduction des textes hiéroglyphiques du Ramesseum a été réalisée par Dominique Farout et son acolyte, Christophe Barbotin. Entre les lignes, on comprend que Ramsès II a failli se faire tuer. Il n’existe aucun autre exemple, sur un mur de temple, d’un roi qui tance sévèrement ses généraux en leur disant qu’il avait tout fait pour eux et qu’ils l’ont lâchement abandonné. Ramsès était entré en guerre pour récupérer l’Amurru, bande côtière le long du littoral méditerranéen, à la frontière actuelle entre la Syrie et le Liban, et le port de Byblos, afin d’assurer les routes commerciales. À Qadesh, il est stoppé par une armée hittite qui compte deux fois plus de soldats que la sienne. Attaqué par surprise, il parvient à sauver sa vie. Aucune des parties ne sort victorieuse de ces combats. Mais pour Ramsès, la bataille est gagnée puisqu’il ne l’a pas perdue…
Voilà à quoi ressemblait Ramsès II selon l’université de Liverpool.
© Facelab / Liverpool John Moores University.
Les dernières avancées archéologiques sont arrivées avec l’ouverture de la tombe de ses enfants, composée de 108 couloirs et chambres funéraires ! Si l’on savait que Ramsès II était le père d’une lignée pléthorique, cette découverte confirme la légende. C’est encore un heureux hasard qui y préside. Le professeur Weeks, de l’université de Berkeley en Californie, s’est intéressé en 1995 à une cloison de la tombe KV5, qu’il fouillait depuis 1989. Le sondage du mur entraîne l’ouverture de celui-ci et la mise au jour de couloirs et chambres mortuaires en nombre conséquent. Depuis, les campagnes de fouilles annuelles et de consolidation des structures délivrent leur lot d’informations, autant sur les méthodes de construction et les techniques des artisans que sur la vie sous le Nouvel Empire. Le tombeau des enfants de Ramsès devient le plus vaste de toute la vallée, détrônant celui de leur père. En 2022, l’université de Liverpool a donné un visage au souverain des souverains. S’aidant de l’intelligence artificielle et de logiciels 3D et partant des relevés crâniens, les Anglais ont créé plusieurs projections de l’aspect de Ramsès II à différentes époques de sa longue vie. Cette prouesse ravive encore la flamme du souvenir de ce pharaon au règne hors norme et permet de le rendre toujours plus familier. La légende devient réalité, plus de trois millénaires après sa mort.
Pour en savoir plus
Une exposition pharaonique
De l’or à foison, des reconstitutions époustouflantes, des prêts exceptionnels (le sarcophage de Ramsès II fait le voyage) : les organisateurs ont frappé aussi fort que pour l’exposition de 1976 au Grand Palais. En plus du grand pharaon, de son règne et de ses faits de gloire, sont mis à l’honneur les rites funéraires égyptiens, les sépultures royales et leurs trésors fabuleux. Si le parcours reprend plus ou moins le découpage du précédent événement, les nouvelles technologies sont cette fois de la partie : pour compléter la présentation de plus de 180 objets provenant tous des musées égyptiens, les visiteurs pourront découvrir en expérience immersive la tombe de Néfertari ou les temples d’Abou Simbel et revivre la bataille de Qadesh. Les enfants seront aussi à la fête, avec des ateliers dédiés.
Ramsès & l'or des Pharaons
Du 7 avril 2023 au 10 septembre 2023
La Villette • Avenue Jean Jaurès • Paris
lavillette.com
À lire
Catalogue par Zahi Hawass • 383 p. • 50 €
Hors-série • Beaux Arts Éditions • 116 p. • 8,50 €
Le lieu à découvrir
La vallée des Rois
Dans la zone désertique près de Louxor, un ouadi (lit de rivière) serpente dans la montagne. Le lieu regroupe toutes les tombes des pharaons du Nouvel Empire, à l’exception d’Akhenaton. Sur la cinquantaine d’hypogées qu’on y trouve, certains sont les plus beaux exemples de monuments funéraires jamais créés en Égypte (Thoutmôsis III, Séthi Ier, Ramsès III et Ramsès IV, entre autres). Pour ne rien rater, il faut pousser la visite du côté de la vallée des Reines, pour la tombe de Néfertari, et de la vallée des Nobles, toute proche, avec l’émouvante tombe de Sennefer et son plafond peint d’une treille de vigne.
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Les traits délicats figés à jamais dans le bois ne sont pas ceux du célèbre pharaon. C’est pourtant dans ce sarcophage, datant de la dynastie précédant la sienne, que sa dépouille a été transférée par les prêtres d’Amon pour la protéger du pillage et de la profanation.