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Considéré comme l’un des photographes de mode les plus avant-gardistes de sa génération, Erik Madigan Heck a déjà collaboré avec les plus grands magazines, du New York Times au Guardian en passant par le New Yorker. Autant de publications prestigieuses dans des revues qui accordent généralement peu de place à la mode. Chez ce jeune artiste de 35 ans, il faut en effet regarder au-delà du papier glacé : minimalistes et épurées, ses images ont un langage particulier dans un genre qui a longtemps bataillé pour sortir du carcan commercial où la photo d’art l’avait relégué. Avec sa série Old Future, Erik Madigan Heck montre un savoir-faire indéniable pour révéler l’élégance du vêtement, de ces « non-tissus » que la styliste Rei Kawakubo (fondatrice de la marque Comme des garçons) lui a confiés afin de magnifier sa collection de l’automne-hiver 2017–2018. Imprimés et arrière-plans se mêlent jusqu’à une mise à plat de l’image, le tout relevé d’une audace indéniable pour la couleur. Des silhouettes et un jeu optique qui ne sont pas sans rappeler les expérimentations abstraites d’Erwin Blumenfeld ou, plus récemment, de Paolo Roversi, lequel s’inspire de la même muse, Saskia de Brauw.
Erik Madigan Heck, Junya Watanabe (Honeycomb), série Old Future, 2015
© Erik Madigan Heck / Courtesy Christophe Guye Galerie, Zurich
Erik Madigan Heck est né en 1983 à Excelsior (États-Unis), vit et travaille à New York.
Christophe Guye Galerie, Zurich.
À voir à Paris Photo
Il y a de la musique dans les photographies d’Édouard Taufenbach. Et beaucoup de rythme : les sujets nus – ou à demi-nus – avancent puis reculent, les gestes battent la mesure et les regards temporisent. Des pulsations d’images qui rappellent aussi le cinéma et ses rubans de pellicule, première passion du photographe. Avec sa série Spéculaire, il décompose les photos de la collection du réalisateur Sébastien Lifshitz, vue à Arles en 2016. Dans le secret d’une chambre ou en vacances au bord de l’eau, l’artiste démultiplie l’instant en agençant méticuleusement des lamelles de papier photo découpées au scalpel, pliées et recollées, jusqu’à en disséquer les corps et les paysages. Le temps sursaute et les souvenirs de ces anonymes du passé se dilatent pour mieux raconter leur histoire, en miroir. Déjà remarqué au salon Approche et au festival Circulation(s) avec sa série Cinéma : histoires domestiques (2016–2017), Édouard Taufenbach poursuit son expérimentation et ses manipulations de la photographie vernaculaire, entre témoignage et imaginaire. Hypnotique.
Édouard Taufenbach, Antoine, série Spéculaire, 2018
© Courtesy galerie Binome, Paris
Édouard Taufenbach est né en 1988, vit et travaille à Paris.
Galerie Binome, Paris.
À voir à Paris Photo
Originaire de Moscou, Tim Parchikov est ce qu’on appelle un photographe voyageur. Fasciné par les paysages urbains et les grands espaces, il s’est fait connaître par sa série Suspense (exposée en 2014 à la MEP) dans laquelle il révélait son talent pour les récits nocturnes des villes et des campagnes, à Venise, en Camargue ou à Tel-Aviv. Mais, lorsqu’il photographie sa ville natale, c’est en négatif qu’il l’imagine, et loin d’un faste attendu. C’est que le jeune photographe et réalisateur (il est diplômé de l’École nationale de cinéma russe) a le don d’arrêter le temps. Vidé de toute présence humaine et figé dans ses lignes, Moscou fond comme neige au soleil, brûlé par les panneaux lumineux et les enseignes fluorescentes. De la mégalopole il ne reste que la géométrie du relief urbain altéré par des filtres colorés et inversés. Témoin d’une génération libérée des contraintes idéologiques soviétiques, Parchikov regarde son pays avec une mélancolie hivernale teintée de signaux d’alarme en cyrillique.
Tim Parchikov, Quay Taras Shevchenko série Moscow Negatives, 2015
Courtesy Tim Parchikov et Odile Ouizeman Gallery, Paris
Tim Parchikov est né en 1983 à Moscou, vit et travaille entre Moscou et Paris.
Galerie Odile Ouizeman, Paris.
À voir à Paris Photo
Chez Peter Puklus, tout ce qui l’entoure est un sujet potentiel. La cuisine baignée de lumière, le robinet de la salle de bains ou les chaises du salon… Le banal devient curieux et l’inerte se rêve en nature morte. Des instantanés d’un quotidien sublimé que viennent compléter les portraits de ceux qui font partie de sa vie, amis proches ou simples connaissances. La série intitulée One and a Half Meter – ce rayon d’un mètre et demi qui désigne l’espace physique entre individus – nous invite à partager l’intimité de ces personnes en franchissant cette distance sociale. Une « cartographie » de moments de vie et de petits riens que l’on croirait destinés à un album de famille. Formé à la Moholy-Nagy University of Art & Design de Budapest et à l’École nationale supérieure de création industrielle de Paris, Peter Puklus fait partie de la nouvelle vague de photographes hongrois mis à l’honneur cette année, aux côtés de Kata Geibl et Daniel Szalai, tous deux lauréats du prix Carte blanche étudiants 2018 dans le cadre de Paris Photo. Après tout, comme disait Robert Capa, « il ne suffit pas d’être doué, il faut aussi être hongrois ».
Peter Puklus, Donát After Waking up, Budapest, série One and Half Meter, 2015
© Peter Puklus / galerie Folia, Paris
Peter Puklus est né en 1980 à Kolozsvár (Roumanie), vit et travaille à Budapest.
Galerie Folia, Paris
À voir à PhotoSaintGermain
Artiste collectionneur, Thomas Sauvin a déniché en 2015 un album réalisé dans les années 1980 par un étudiant en photographie d’une université de Shanghai. Des films négatifs qu’il sauve de l’oubli et dans lesquels on découvre le travail consciencieux de l’élève dans son apprentissage des règles du portrait. Ce cahier d’exercices aurait pu rester à l’état de corpus documentaire, mais c’était compter sans les mains expertes du Japonais Kensuke Koike. Muni d’un cutter et d’un rouleau de Scotch, il découpe et réinvente ces visages anonymes qui se voient offrir une nouvelle existence. En respectant toujours la même règle formelle : rien n’est retiré, rien n’est ajouté. Une fabrique de l’image sans objectif ni manipulation numérique qui marque un retour au tangible et au geste.
Thomas Sauvin & Kensuke Koike, No More Less 12, 2017
Courtesy Thomas Sauvin et Kensuke Koike
Thomas Sauvin est né en 1983 à Paris, vit et travaille entre Paris et Pékin.
Kensuke Koike est né en 1980 à Nagoya, vit et travaille entre Venise et Sempas (Slovénie).
À voir à Approche
Dans le studio de Paul Mpagi Sepuya, les corps ne sont pas seulement photographiés, ils sont déchirés, découpés puis rassemblés. Ici, l’artiste et son amant s’entremêlent dans un chaos de chair et de membres qu’une main intrusive équilibre, tout comme ce bout de trépied qu’on devine. Devant la caméra, un miroir vient projeter ce triangle amoureux, et le photographe et son studio deviennent sujets. Quant à nous, c’est au statut du voyeur indélicat que cet éclatement du lieu renvoie. À nous aussi de recoller les morceaux et d’assembler ce puzzle visuel. Sepuya rend hommage aux collages constructivistes mais va au-delà de la simple expérimentation technique. En se jouant des surfaces et des reflets, il dissimule pour mieux révéler les tensions de ses « sujets partagés ». Résultat ? Une image complexe qui interroge le regard et, au-delà, le médium lui-même, subtil mélange de performance et de portrait fragmenté.
Paul Mpagi Sepuya, Mirror Study (0X5A6571), 2018
© Paul Mpagi Sepuya / Courtesy Paul Mpagi Sepuya, Yancey Richardson Gallery, Team Gallery and Document, Chicago
Paul Mpagi Sepuya est né en 1982 à San Bernardino (États-Unis), vit et travaille à Los Angeles.
Yancey Richardson Gallery, New York.
À voir à Paris Photo
Paris Photo s'érotise et se féminise
196 exposants dont 166 galeries et 31 éditeurs, l’édition 2018 de Paris Photo, toujours pilotée par Florence Bourgeois et Christoph Wiesner, s’annonce aussi riche que les précédentes. Avec, cette année, deux innovations majeures : un secteur thématique, « Curiosa », dédié à la photographie érotique, et un parcours consacré aux artistes femmes, « Elles x Paris Photo », à l’initiative du ministère de la Culture. On retrouvera également les habituels rendez-vous : Prismes (qui réunit 15 projets d’envergure, dont une imposante sérigraphie de Daidō Moriyama), la découverte d’une collection privée (Nion McEvoy), les conversations de la Plateforme et le secteur Films accessible depuis la foire au MK2 Grand Palais. Sans oublier les expositions classiques avec 28 solo shows (David Goldblatt chez Marian Goodman, William Wegman chez Huxley-Parlour…) et l’arrivée de 40 nouvelles galeries, dont les françaises In Situ-Fabienne Leclerc et Magda Danysz.
Paris Photo 2018
Du 8 novembre 2018 au 11 novembre 2018
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
Approche 2018
Du 9 novembre 2018 au 11 novembre 2018
Le Molière • 40 Rue de Richelieu • 75001 Paris
Fotofever Paris 2018
Du 8 novembre 2018 au 11 novembre 2018
Carrousel du Louvre • 99 Rue de Rivoli • 75004 Paris
carrouseldulouvre.com
PhotoSaintGermain 2018
Du 7 novembre 2018 au 24 novembre 2018
À travers 35 lieux de la rive gauche • 75006 et 75007
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