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Quelle drôle de cathédrale ! Elle est à la fois très verticale (son chœur est le plus haut du monde et s’élève à 48,5 mètres) et anormalement ramassée… Le fait est qu’elle n’a, tout simplement, pas de nef. Débutée en 1225 sous l’impulsion de l’évêque Milon de Nanteuil, sa construction est le fruit d’une ambition sans pareille (achevée en 1569, sa flèche s’élevait à 153 mètres de hauteur (!) avant de s’effondrer trois ans plus tard) et de multiples dommages qui entravèrent son développement jusqu’au XXe siècle. Elle est désormais soutenue par de gigantesques étais de bois placés là dans les années 1980, qu’on regarde avec presque autant de fascination que ses vitraux. Autre objet spectaculaire : son horloge astronomique, conçue par l’ingénieur Auguste-Lucien Vérité entre 1865 et 1868, un bijou de 12 mètres de haut constitué de 90 000 pièces.
Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais
© Guiziou Franck / hemis.fr
Au pied de la cathédrale, un petit chef-d’œuvre d’architecture moderne signé André Hermant se développe en un arc de cercle de béton, tout en horizontalité. Renommé le Quadrilatère, le lieu inauguré en 1976 accueillait jusqu’en 2013 la Galerie nationale de la tapisserie – après des travaux de réhabilitation, place désormais aux expositions d’art contemporain. Ce printemps, on découvre le travail de Santiago Borja (né en 1970) : l’artiste mexicain imagine une relecture d’« icônes de l’architecture » (la Villa Savoye de Le Corbusier ou le pavillon de Barcelone de Mies Van Der Rohe) et de grandes figures occidentales comme Sigmund Freud, en les frottant à des formes issues de l’artisanat populaire mexicain, à différentes croyances ou encore à des danses qui donnent à voir « l’infravisible ». À découvrir également : quelques œuvres du Frac Grand Large, des remparts gallo-romains visibles au niveau inférieur, et une préfiguration du prochain Ciap (Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine), qui donne accès à des renseignements sur la ville et son histoire.
Vue extérieure du quadrilatère de Beauvais
© Quadrilatère de Beauvais © Laurent Kronental
Santiago Borja. Premier contact
Du 6 février 2021 au 19 septembre 2021
Le Quadrilatère • 22 Rue Saint-Pierre • 60000 Beauvais
www.lequadrilatere.fr
Voisin de la cathédrale (décidément, on ne s’en éloigne pas !), le MUDO (Musée départemental de l’Oise) est installé dans l’ancien Palais épiscopal, où résidaient les évêques de Beauvais et dont l’histoire remonte au XIIe siècle. L’entrée est singulièrement massive avec ses deux tours datant du XIVe siècle, qui introduisent à une architecture revue au XVIe siècle par l’évêque Villiers de L’Isle-Adam, dont les lignes Renaissance s’accordent avec élégance aux éléments décoratifs gothiques. Côté collections, quelques chefs-d’œuvre de l’Art nouveau, comme la salle à manger pour Albert Bauwens (1897–1899) de Gustave Serrurier-Bovy, un bel exemple de la céramique beauvaisine avec le vase à six côtes verticales (1892) d’Auguste Delaherche, une Madone ronde de Tamara de Lempicka (1937) et une étonnante toile vue du ciel d’André Devambez, Les Avions fantaisistes (1911–1914).
Vue extérieure du palais du MUDO, Beauvais
© MUDO-Musée de l’Oise
Pour le déjeuner, on mange léger et ultra-frais chez Prédici, une épicerie et salon de thé tout en simplicité. Ensuite, cap sur la Maladrerie, un édifice sorti de terre entre le XIIe et le XIIIe siècle pour héberger les malades de la lèpre, volontairement installé en périphérie de la ville. Aujourd’hui, sa superbe architecture romane se fait l’écrin de concerts, spectacles et expositions. Son jardin, particulièrement joli aux beaux jours, est également pédagogique puisqu’il reconstitue différentes plantations d’herbes aromatiques, de fruits ou de céréales à la manière médiévale. De quoi nous donner envie d’une petite sieste dans l’herbe…
Vue extérieure de la Maladrerie à Beauvais
© Office du tourisme de Beauvais
Dès le Moyen Âge, c’est lui qui a fait sa richesse – lui aussi qui a fait son déclin, Beauvais n’ayant guère pris le tournant de la Révolution industrielle pour rester concentrée sur le tissage. Jusqu’au XVIIIe siècle, les savoir-faire centenaires et la situation de la ville, sur la route des Flandres, favorisent ainsi une industrie textile florissante. En 1664, Colbert profite de ce terreau favorable pour ouvrir une Manufacture royale de tapisserie. Sa spécialité ? La basse lisse, qui se pratique sur un métier horizontal. Victimes d’un incendie en 1940, les ateliers sont d’abord rapatriés à Paris, aux Gobelins. En 1989, dix métiers retrouvent Beauvais et s’installent dans d’anciens abattoirs réhabilités, qui s’ouvrent aujourd’hui au public grâce à des visites guidées. L’occasion de découvrir les petites mains qui fabriquent chaque année cinq à six tapisseries, en dialogue avec des artistes contemporains.
Vue intérieure de la Manufacture de Beauvais
© Yvan Moreau
Manufacture nationale de Beauvais
24 Rue Henri Brispot • 60000 Beauvais
www.mobiliernational.culture.gouv.fr
Le lieu attirera autant les amateurs d’architecture que d’arts vivants : le théâtre du Beauvaisis, estampillé « scène nationale », s’offre un nouveau lieu signé par l’agence d’architecture Chochon & Pierre + Joulin. Initialement prévue pour le printemps 2020, son inauguration est repoussée jusqu’à nouvel ordre – mais ne devrait plus tarder. En attendant, l’Ouvre-Boîte, labellisé Scène de Musiques Actuelles, propose une bonne programmation de concerts sur deux salles. Pour dîner ? On choisit la Gargouille : une cuisine sophistiquée et, surtout, une vue sur la cathédrale, pour l’apercevoir une dernière fois.
Vue intérieure du Théâtre de Beauvaisis scène nationale
© Théâtre du Beauvaisis
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