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Sélection

8 livres à dévorer ce printemps

Par et

Publié le , mis à jour le
Demandez le programme ! Bande-dessinée, enquête, biographie… En cette période de confinement, Beaux Arts vous livre sa sélection de livres pour se cultiver et activer ses méninges en toute décontraction !

1. Pour voir au-delà des œuvres

C’est quelque part entre les mots et les images, dans une zone paradoxale où ils ne cessent de s’entremêler et se nourrir conjointement, que nous entraîne Annie Le Brun. L’auteure, poétesse et critique, spécialiste de Sade et du surréalisme (dont elle a vécu, toute jeune, les dernières lueurs), publie un recueil des textes – articles, essais pour des catalogues d’exposition, conférences – qu’elle a consacrés à ces explorateurs d’un espace inobjectif (ni subjectif ni objectif, insiste-t-elle), point de rencontre entre les objets du réel et les représentations mentales. Ils s’appellent Breton, Picabia, Picasso, mais également Slavko Kopač, Romaine Brooks, Leonora Carrington, Radovan Ivšić et ils ont en commun de nous faire basculer « de l’autre côté », celui de la liberté de penser, de croire, de désirer et d’envisager le monde autrement.

À l’image de la peintre Toyen, de son vrai nom Marie Čermínová, à laquelle elle consacre un texte vibrant qui s’interroge sur l’énigme de la représentation. De sa plume fougueuse et inspirée, Annie Le Brun nous montre la puissance d’une œuvre et combien un tableau, un dessin, une photographie, ne se limite jamais à sa surface représentée. Elle voit dans les tableaux des années 1930 de Toyen, comme la Voix de la forêt, hibou sans tête désespérant, ou Objet-fantôme, gros rocher de forme circulaire où habite un être nocturne (un oiseau ?) dont n’apparaît que l’œil énorme, une œuvre capable de s’adresser à la conscience intérieure où l’artiste, « faisant exister une réalité tout autre qui n’a aucun équivalent », prévoit l’horreur de ce qui se prépare en Europe. Considérant, comme Leonora Carrington, que « le devoir de l’œil droit est de plonger dans le télescope tandis que l’œil gauche interroge le microscope », éternelle insoumise elle aussi – tant aux normes sociales et au politiquement correct qu’au pouvoir numérique –, Annie Le Brun a ce talent peu courant de nous conter une œuvre sans la trahir, d’éclairer le regardeur sans lui imposer une explication ayant valeur de vérité absolue. D. B.

Annie Le Brun, Un espace inobjectif
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Annie Le Brun, Un espace inobjectif

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© éd. Gallimard

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Un espace inobjectif

Par Annie Le Brun

2. Un artiste pariétal à l’asile

C’est une œuvre « littéraire, illicite et sauvage » qui est en train de disparaître sous la pluie et le vent. Un Livre de pierre que l’Italien Fernando Nannetti (1927–1994) a écrit à même les murs d’un hôpital psychiatrique en Toscane et que Lucienne Peiry, historienne spécialiste de l’art brut, sanctuarise dans un mince mais bouleversant opus. Année après année, pendant son heure quotidienne de liberté, ce grand mutique, diagnostiqué schizophrène, a gravé avec la boucle d’un vêtement des lettres anguleuses et dansantes, bizarrement étrusques. Télépathe, Nannetti parle aux soleils, aux lunes, aux minéraux. Il proclame : « Tout / le / Monde / est à moi. » Sous sa calligraphie ondulante, la foule catatonique, elle, n’a pas bougé. N. N.

Lucienne Peiry, Le Livre de pierre
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Lucienne Peiry, Le Livre de pierre

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© éd. Allia

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Le Livre de pierre

Par Lucienne Peiry

3. Le scandale Monsanto décortiqué par l’image

Responsable de catastrophes écologiques à échelle mondiale, la firme Monsanto, spécialisée dans l’industrie chimique et les OGM, poursuit son activité criminelle, menaçant ceux qui osent se dresser sur son chemin. Spécialisé dans la photo documentaire, l’artiste Mathieu Asselin a décrypté le mécanisme de cette multinationale sans foi ni loi à travers une enquête coup de poing, mettant en regard les campagnes de communication mensongères, les photos des victimes et des paysages dévastés, les articles de presse et les documents accablants. Paru en 2016, cet ouvrage essentiel est réédité, augmenté d’un chapitre relatif à la fusion Monsanto-Bayer. D. B.

Mathieu Asselin, Monsanto – Une enquête photographique
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Mathieu Asselin, Monsanto – Une enquête photographique

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© éd. Actes Sud

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Monsanto – Une enquête photographique

Par Mathieu Asselin

4. La BD en état de transe

Doublement récompensée cette année au Festival de la bande dessinée d’Angoulême (avec le prix du patrimoine et un Fauve d’honneur), Nicole Claveloux et sa complice Édith Zha reviennent hanter nos imaginaires avec les contes crus et impétueux de Morte saison ainsi que d’autres récits des années 1970 que les éditions Cornélius ont eu la bonne idée de rééditer. Ces nouvelles graphiques irrationnelles et délirantes, entre science fiction et mauvais rêve, nous plongent d’abord dans des mondes improbables où les individus sont en proie à l’absurdité du monde moderne et à des éléments naturels déchaînés. Pour finir à la cour de Louise XIV, esclave et reine à la fois, ridicule à souhait. Hilarant.

Nicole Claveloux & Édith Zha, Morte saison et autres récits
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Nicole Claveloux & Édith Zha, Morte saison et autres récits

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© éd. Cornélius

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Morte saison et autres récits

Par Nicole Claveloux & Édith Zha

5. Fragments biographiques

Père de l’iconologie moderne, Aby Warburg (1866–1929) a révolutionné l’histoire de l’art en l’ouvrant à d’autres champs comme la philosophie, l’anthropologie, la psychologie, mais aussi le magique et le sacré. Réfutant les classifications stylistiques, chronologiques et géographiques, il a su poser un regard inédit sur l’œuvre et libérer la création de ses carcans pour la replacer dans un contexte socio-culturel, politique et historique plus large. L’œuvre de sa vie fut, à n’en pas douter, la constitution d’une bibliothèque d’histoire de l’art, qui aboutit à la création de l’Institut Warburg. Pour constituer ce fonds remarquable, Aby Warburg travaille sans relâche, achète sans compter, entreprenant un incroyable travail d’étude et de classification des ouvrages. Dès 1921, il bénéficie de l’aide d’une philosophe, historienne de l’art et bibliothécaire de talent, Gertrud Bing (1892–1964), qui devient son assistante. À la mort de Warburg, elle veille sur ce haut lieu de la pensée, assurant son transfert de Hambourg à Londres quand les nazis arrivent au pouvoir en 1933.

À la tête de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) à partir de 1955, elle travaille à une grande biographie intellectuelle de Warburg, restée inachevée lorsqu’elle disparaît à son tour en 1964. L’INHA publie pour la première fois les textes liés à ce vaste projet, présentés chronologiquement et documentés – un ouvrage très attendu des historiens d’art. Ces fragments réunis se font l’écho d’un esprit pétillant, d’un génie de la langue, jamais dans la demi-mesure ni coupé du monde, ayant à cœur de transmettre au plus grand nombre ses nombreuses connaissances. Gertrud Bing est partie de ses lettres, notes, ébauches d’articles, idées jetées sur le papier et documents de moindre importance qu’il conservait de façon compulsive, qu’elle aurait complétés et éclairés. Les quelques fragments conservés de cette entreprise permettent de s’approcher un peu plus de la pensée généreuse et ouverte du grand théoricien de l’art. D. B.

Gertrud Bing, Fragments sur Aby Warburg
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Gertrud Bing, Fragments sur Aby Warburg

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© éd. INHA

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Fragments sur Aby Warburg

Par Gertrud Bing

6. Le peintre Adrian Ghenie vu par l’écrivain Yannick Haenel

Un livre comme lieu de rencontre entre un écrivain et un artiste. Le premier parle du second, s’immisce dans son œuvre pour nous en livrer une vision singulière, intime, profonde. Yannick Haenel, fondateur de la revue Ligne de risque et auteur de divers romans (dont la Solitude Caravage, paru en 2019), raconte la peinture d’Adrian Ghenie, soulignant sa radicalité, sa valeur cathartique, la douleur et la violence contenues dans la matière. « Voici qu’à travers ce tramage, je me déplace d’une nuance à l’autre, à la recherche d’une vérité que rien n’apaise, tant chaque tableau la relance. » D. B.

Yannick Haenel, Adrian Ghenie – Déchaîner la peinture
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Yannick Haenel, Adrian Ghenie – Déchaîner la peinture, 2020

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© éd. Actes Sud

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Adrian Ghenie. Déchaîner la peinture

Par Yannick Haenel

7. Les liaisons dangereuses de la peinture et la photo

Une photographie de Julia Margaret Cameron face à un portrait d’Edgar Degas ; deux natures mortes en regard l’une de l’autre, la première peinte par Jan Davidsz au XVIIe siècle, la seconde figée dans un cliché de Roger Fenton en 1860… Mais aussi des individus qui posent devant l’objectif pour servir ensuite de modèles aux peintres, des photos qui à leur tour se nourrissent d’inventions picturales… S’appuyant sur des confrontations visuelles éloquentes, l’ouvrage de Dominique de Font-Réaulx révèle tout ce que la peinture et la photographie se doivent l’une à l’autre, depuis leur rencontre en 1834 jusqu’au début du XXe siècle. Paru une première fois en 2012, enrichi des recherches récentes sur le sujet, ce brillant essai nous conte les amours prolifiques des deux médiums. D. B.

Dominique de Font-Réaulx, Peinture & Photographie. Les enjeux d’une rencontre (1839-1914)
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Dominique de Font-Réaulx, Peinture & Photographie. Les enjeux d’une rencontre (1839–1914)

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© éd. Flammarion

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Peinture & Photographie. Les enjeux d’une rencontre (1839-1914)

Par Dominique de Font-Réaulx

8. Le premier dessin

« Dis, pourquoi tu dessines ? » Tout commence par une question d’enfant, naïve et essentielle, comme dans le Petit Prince de Saint-Exupéry. Pour tenter d’y répondre, le dessinateur remonte aux origines de la création dans un roman graphique vertigineux. Il embarque le jeune garçon pour prendre à rebrousse-poil « la rivière des traits », jet d’encre envahissant toute la page d’où va découler une histoire millénaire, celle de Saminia, librement inspirée de Pline l’Ancien, qui voulut immortaliser sur le mur de sa demeure l’ombre de son bien-aimé. Une épopée rythmée par des images débordantes de vie, truffées de références à des œuvres du passé, peintures de maîtres anciens, conte zen japonais, rituel aborigène ou récit de la mythologie hindoue. D. B.

Étienne Appert, Rivière d’encre
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Étienne Appert, Rivière d’encre

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© La Boîte à bulles

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Rivière d’encre

Par Étienne Appert

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