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S’il n’y a pas de gare ferroviaire à Anglet, on y arrive rapidement en voiture ou en bus depuis Biarritz, dotée d’un aéroport et d’une gare. En chemin, observez le paysage, et notamment les maisons traditionnelles à colombages blanches et rouges. Ces couleurs sont emblématiques du Pays basque et des fêtes de Bayonne ou de Pampelune, qui voient chaque été leurs participants se vêtir de vêtements immaculés et d’accessoires (foulard, ceinture) d’un rouge vif. Comme la langue basque, dont l’origine demeure très mystérieuse étant donné qu’elle ne ressemble à aucune autre, le port du blanc et du rouge est difficile à expliquer – si ce n’est en référence au sang versé par Saint Firmin, martyr du IIIe siècle originaire de Pampelune.
167 hectares de forêt ravagés par les flammes… Anglet porte encore les stigmates de l’incendie criminel provoqué l’été dernier par un jeune homme de 16 ans aux tendances pyromanes. La ville, qui s’étend des Landes aux plages basques, garde la mémoire de cet épisode dramatique à travers deux œuvres de la biennale La Littorale (divisée en deux parcours). Rendez-vous au premier (suivez les panneaux jaunes !) dit « La Barre – Izadia », du nom de la plage de la Barre et du parc écologique Izadia, dont les bureaux sont entièrement partis en fumée. Laurent Tixador (né en 1975) y a produit une spectaculaire installation sur des ruines carbonisées à partir de matériaux récupérés à la déchetterie : un ingénieux mécanisme transforme la force de l’eau qui y passe en énergie musicale, puisqu’un joli bruit de rivière accompagne la mélodie d’une boîte à musique qui joue… L’Internationale ! L’œuvre, malicieuse, se place délibérément en retrait de toute logique capitaliste puisqu’elle n’a nécessité « aucune ressource économique », explique l’artiste, et que « tout va retourner à la déchetterie ». Le ton est donné.
Laurent Tixador, Centrale marémotrice, 2021
Matériaux de récupération : acier, aluminium, plastique • 400 × 400 × 600 cm • © Mantovani Andrea
À deux pas de là, Séverine Hubard (né en 1977) a posé une monumentale sculpture pyramidale faite de bois brûlé et de bois flotté, et hérissée de têtes de perruquiers. Entièrement peinte en noir pour renforcer son aspect carbonisé, l’œuvre souhaite, nous dit l’artiste, « construire avec des choses tordues, brûlées ». Comment Laurent Tixador, Séverine Hubard fait avec le monde qui l’entoure, travaille avec ses rebuts. Rien à voir, ou presque, avec la grande fresque de Mioshe alias Antoine Martinet (né en 1984), qui s’empare de la façade nord de la patinoire voisine pour déployer de superbes peintures d’oiseaux du littoral, en voie de disparition. De tout petits humains, à l’échelle inversée, se trouvent malmenés par leurs becs longs et pointus, qui les taquinent, leur piquent les fesses, les menacent. Ici, « l’humain devient vulnérable », souligne l’artiste, qui s’est plu à inverser les rôles… Un peu plus loin, d’immenses formes blanches comme fossilisées sur la plage sont signées Jacques Vieille, qui a réemployé de spectaculaires pales d’éoliennes. Le parcours se termine sur Angelika Markul et ses empreintes de dinosaures prélevées en Australie et reproduites en bronze. Vertigineux.
Jacques Vieille, Sur la plage abandonnée, 2021
3 pales d’éolienne en fibre de verre et résine époxy • 1500 x 150 x 68 cm • © Mantovani Andrea
À quelques minutes de voiture (ou de vélo, plus écologique) se trouve le second parcours de la biennale, qui débute sur la plage des Sables d’Or. Deux œuvres nous y attendent – puis c’est entre elles deux qu’on déploiera notre serviette pour pique-niquer de produits locaux, pâté au piment d’Espelette, fromage de brebis, guindillas (petits piments verts). En attendant, on s’émerveille devant l’installation de Laurent Pernot (né en 1980), une voiture de sable sur laquelle est perché un enfant nu, face à l’océan. Il s’agit, en réalité, d’une véritable carcasse de Volkswagen redessinée avec un peu de ciment et couverte d’une couche de sable ; l’enfant, tout blanc, est assis sur cet étrange fossile comme sur un morceau du passé. Il contemple l’horizon comme on regarde l’avenir… À deux pas, une œuvre de couleurs et de vent vibre au-dessus des vacanciers. Belén Rodríguez (née en 1981) a suspendu dans le ciel cinq manches à air en formes d’organismes océaniques aux propriétés extraordinaires (comme ces limaces de mer qui créent de l’énergie solaire en se nourrissant) ; l’artiste fait ainsi l’éloge d’un monde vivant aux propriétés insoupçonnées, avec une installation ludique et généreuse. Canon !
À gauche : Laurent Pernot et à droite : Belen Rodriguez, “Le Rappel de l’océan” et “Serpentine five”
© Mantovani Andrea
Ne cédez pas tout de suite à l’envie d’une baignade, puisque le parcours de la biennale se poursuit le long de l’océan (et la dernière plage est la plus belle). À découvrir, donc : une vitrine façon muséum d’histoire naturelle, signée du duo Art orienté Objet (créé en 1991), où s’expose au regard des enfants curieux l’étonnant squelette d’une hydre à cinq têtes, fabriqué à partir d’os de 30 animaux différents. Un peu plus loin, Jérémy Gobé (né en 1986) a posé une longue-vue avec réalité virtuelle intégrée : en observant par ses lunettes, on voit pousser des arbres sur l’océan ! Un détour vous mènera près de la célèbre grotte de la Chambre d’Amour, où deux amoureux se seraient trouvés piégés par la marée ; Stéphane Thidet (né en 1974) y a installé un phare renversé, dont la lumière tourne indéfiniment. Objet mélancolique à souhait, il incarne selon la commissaire Lauranne Germond « un signal d’alarme condamné à rester lettre morte ».
Elsa Guillaume, Embruns, 2021
Céramique émaillée, acier, plomberie diverse • 280 × 300 × 255 cm • © Mantovani Andrea
Sur la plage de la Chambre d’Amour, plantez (enfin !) votre parasol à côté de l’étrange sculpture végétale géante du duo Martine Feipel & Jean Bechameil (nés en 1975 et 1964) : faite d’aluminium, celle-ci fait écho aux plantes, déplacées par le vent, qui s’échouent sur les bords de mer… Non loin de là, vous pourrez vous rincer après votre baignade dans la superbe douche en céramique de la jeune Elsa Guillaume (née en 1989) ; celle-ci agglomère des formes d’algues et de poissons qui formulent un clin d’œil aux fontaines baroques qu’affectionne l’artiste. Quoi de plus réjouissant, pour conclure notre exploration de la biennale, que d’observer les jeunes nageurs tout mouillés s’amuser dans cette œuvre unique en son genre ?
La Littorale
Biennale internationale d'art contemporain d'Anglet
Du 9 septembre au 29 octobre 2021
Si vous parvenez à vous arracher de la plage et du soleil, courez à la Villa Beatrix, centre d’art d’Anglet confortablement installé dans une vaste maison bourgeoise rénovée en 2017. D’abord, un petit tour du jardin s’impose, pour y découvrir quelques œuvres de sa collection – dont une silhouette en bronze de Stéphane Pencréac’h (né en 1970), acquise après la dernière édition de La Littorale et qui flotte au-dessus du sol, à demi-plongée dans la végétation luxuriante. Quelle belle vision ! Puis, à l’intérieur, on creuse l’univers de Séverine Hubard, découverte en début de journée. La sculptrice transforme l’espace avec une envahissante installation de morceaux de bois qui semblent se reproduire et grouillent jusqu’au plafond. Elle s’inspire également des constructions que les Français plaçaient autour de leurs monuments durant la guerre pour protéger une jolie sculpture ancienne… Et nous parler, mine de rien, d’art vernaculaire et de soin. La visite vous a donné faim ? Rendez-vous chez Cao, adresse tenue par deux cheffes (Amélie Millet et Camille Maurette) aux doigts de fée – régal garanti.
Séverine Hubard, Have you got any matches ?, 2002
Bois d’allumage • © Alexandra Vaquero
Restaurant Cao
13 Rue Paul Courbin
64600 Anglet
Ouvert du lundi au samedi de 9 h à 14 h 30 puis de 18 h à 22 h et le dimanche de 9 h à 17 h
Aujourd’hui, on bouge ! La balade commence à Bayonne, où, le saviez-vous, un festival de street art nommé Points de vue a transformé la ville en repaire d’artistes de rue ! Si celui-ci a lieu en octobre, des visites sont organisées toute l’année par le centre d’art SpaceJunk – qui accueille également cinq expositions par an. Quatre itinéraires à pied sont proposés pour découvrir les fresques bayonnaises, en plus d’une visite mêlant architecture, patrimoine et street art. À ne pas manquer ? Sans aucun doute les baleines et cachalots accumulés par Nevercrew, les boîtes aux lettres jaunes couvertes des pochoirs de C215 et l’immense danseuse bleue intitulée Urdin par son auteur Fin Dac dans la résidence la Citadelle. De quoi arpenter la ville entière, le nez en l’air !
Nevercrew, Tide
© Nevercrew
Festival Points de Vue
Prévoyez, encore une fois, un pique-nique pour ce déjeuner à Labenne, à une quinzaine de kilomètres de Bayonne – le cadre est idéal. À déguster dans la forêt ou sur la plage, avant de découvrir l’exposition Du vent dans les dunes, prolongée jusqu’au 31 août : sept artistes originaires de la Nouvelle-Aquitaine ont installé leurs œuvres en plein air autour du théâtre de verdure, dans un espace boisé qui recouvre une ancienne dune de sable. Ils s’inspirent de thématiques archéologiques – ruines, bâtiments abandonnés, animaux oubliés –, pour bâtir des œuvres monumentales, comme cet amoncellement de planches de bois signé Pauline Castra qui forme une cabane précaire, ou cet empilement de frises antiques pensé par Estelle Deschamp. La balade est agréable… Mais il est déjà (presque) temps de repartir !
Du vent dans les dunes
Du 1 juin 2021 au 31 août 2021
Théâtre de Verdure • Rue des Jardins du Bourg • 40530 Labenne
www.tourismelandes.com
Mehdi Melhaoui, Alt Neu
© Photo : François Loustau
Avant de reprendre le train ou l’avion à Biarritz, découvrons deux nouvelles venues qui font de la ville un passage obligé pour les amateurs d’art contemporain. La galerie A Mano Studio, ouverte en 2019, fait d’ordinaire la part belle aux dialogues entre artistes contemporains et artisans. Cet été, elle se transforme et vend, à petits prix, des céramiques des artistes qu’elle défend avec cœur (Raphaël Larre, Grégory Cuquel…). Autre grande nouvelle, l’ouverture toute fraîche (le 29 juillet 2021 !) de la galerie Champ Lacombe par Lucy Chadwick, qui interroge pour son exposition inaugurale la transformation et la circulation des images via des œuvres de Arthur Jafa, Sturtevant, Adrian Piper… De quoi quitter la côte basque avec une envie : y revenir au plus vite !
De gauche à droite : Livia Spinga, Plein Pots, Héloïse Barriol, Raphaël Larre, Juliette Teste, Bella Hunt & DDC, Grégory Cuquel
© a mano studio
Galerie Champ Lacombe
7 Rue Champ Lacombe • 64200 Biarritz
Paris-Anglet : en route !
Comment y aller ?
En train : 4 h 10 en TGV de Paris à Biarritz puis 16 minutes en bus jusqu’à Anglet.
En avion : 1 h 25 de Paris à Biarritz.
Où se loger ?
Hôtel Palmito, 7 rue du Port-Vieux, 64200 Biarritz
Très bel hôtel familial doté de chambres doubles, de dortoirs et d’une grande suite familiale. Rénové par le studio Waaz et l’agence Le Vivier, le lieu est convivial, prête des planches de surf aux amateurs et propose des cours de yoga. Idéal pour ajouter à vos visites un brin de détente !
Téléphone : 05 59 24 16 56
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Quand le coefficient de marée est supérieur à 61, la vanne reliant le lac nord du parc Izadia à l’Adour s’ouvre permettant le mouvement des eaux. L’œuvre Centrale marémotrice s’active alors grâce à la puissance motrice de l’eau, deux heures avant et deux heures après la marée basse ainsi que deux heures avant la marée haute.