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Reportage

À Biarritz, un festival de bikers qui carbure à l’art

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Publié le , mis à jour le
Dans le cœur des bikers, y a-t-il une place pour l’art ? Notre journaliste tout terrain – mais sans permis – s’est invitée au milieu des grosses cylindrées et des amoureux de la vitesse, au festival Wheels & Waves, qui célèbre chaque année à Biarritz la culture des riders. Le plasticien Olivier Mosset, le cinéaste Richard Aujard, le photographe Yan Morvan ou le street artist D*Face, tous fans de grosses bécanes, étaient de la partie pour nous prouver que, oui, l’art est aussi dans le réservoir. Reportage vrombissant.
Vue de l’exposition “Artride” au Skatepark de Biarritz, au fond “Sans Titre” d’Olivier Mosset (1974)
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Vue de l’exposition “Artride” au Skatepark de Biarritz, au fond “Sans Titre” d’Olivier Mosset (1974), 2019

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Ça lui est tombé dessus sans prévenir. Il avait 19 ans et il était encore un peu gauche. Elle, au contraire, avait déjà bien bourlingué. Un gros coup de foudre. Depuis, avec elle, Jean-Luc a connu « le mariage, les enfants, la vie ». Presque pas d’infidélité. C’est « juré, craché, hein », rien ne le fera renoncer à son amour de jeunesse : son chopper. Plus d’un quart de siècle plus tard, Jean-Luc bichonne toujours sa belle, une rutilante américaine comme on en voit dans les vieux films. Ce matin du jeudi 13 juin 2019, les nuages sont restés bien tranquilles, tanqués dans les Pyrénées. Le soleil, c’est sûr, sera de la partie en ce 2e jour de la 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz, rendez-vous dédié à la moto, au surf, au skate et à l’art. Tant mieux, car Jean-Luc, barbe grisonnante, regard perçant, tatouages sur le cou, transpire déjà de joie sous son cuir épais.

Vue du Village, au pied de la Cité de l’Océan, lors de la 8<sup>e</sup> édition du festival Wheels & Waves à Biarritz
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Vue du Village, au pied de la Cité de l’Océan, lors de la 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz, 13 juin 2019

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Mon acolyte enthousiaste n’est pas le seul « ancien » à être venu au « Wheels », comme l’appelle ici le public jeune et très international. Des Espagnols – frontaliers, mais pas que – des Italiens, des Allemands… Même les Japonais font le déplacement. Organisé dans plusieurs quartiers de Biarritz, l’événement – au départ une réunion entre potes qui a grossi au fil des années – rassemble sur cinq jours quelque 20 000 passionnés de bitume et de glisse. C’est au Village, au pied de la Cité de l’Océan, face à la plage de Milady, où les surfeurs cherchent le frisson, que se trouve le point de ralliement, entre deux courses organisées alentour. Au Village, sous des tentes army, « on rencontre des préparateurs, des shapers, ceux qui resizent les pièces… », embraye un autre visiteur. Fabien est venu avec trois amis comme lui, fans de custom. Face à leur discours, moi, 37 ans, même pas le permis voiture et bancale sur un VTT, je cale. « Bobber, chopper ou Café racer… c’est le top pour biker », s’excitent mes éphémères guides. Parlez-moi chinois.

Un biker lors de la 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz

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La 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz

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La 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz

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Œuvres de D*Face à “Artride” au Skatepark de Biarritz, 2019

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« La custom culture (…) a pour principe de transformer ou embellir sa voiture ou sa moto, avec une recherche d’authenticité et un langage. »

Cyril

Autant vous prévenir tout de suite : la custom culture n’a rien à voir avec le tuning. Cyril, que je rencontre sur le stand de Serious Publishing, éditeur indépendant qui publie quelques pépites, m’offre de quoi enclencher enfin la première : « La custom culture est un mouvement né aux États-Unis dans les années 1950 et qui a pour principe de transformer ou embellir sa voiture (les hot rod) ou sa moto, avec une recherche d’authenticité et un langage », m’explique-t-il. Plus qu’un simple produit de la révolution industrielle, la moto incarne les thèmes abstraits de la vitesse, de la rébellion, du progrès, de la liberté. Un sentiment partagé avec le surf et le skate, également présents au Wheels & Waves. « La custom culture, c’est tout un style de vie, une façon de s’habiller, une musique, des codes graphiques » m’initie Cyril. Pédagogue, il insiste sur le savoir-faire du pin striping, ces filets de peinture qui ornent les carrosseries, généralement le réservoir de carburant : « Le pin striping est un art qui se transmet de maître à élève et qui vise à souligner les formes en peignant à main levée avec des pinceaux très fins. »

Un adepte de « custom culture » au Village de Wheels & Waves
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Un adepte de « custom culture » au Village de Wheels & Waves, 2019

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Quelques codes du genre ? Le flaming, comprenez des flammes, les scallops, ondoiements plus graphiques, ou les stripes, ces bandes qui donnent une impression de vitesse. Le milieu a ses pointures comme le Californien Ed Roth ou encore Kenny Howard, alias Von Dutch qui, avant d’être une marque de textile pas tellement branchée dentelle, était surtout la star de l’embellissement de véhicules, érigés au rang d’œuvres d’art. En parlant de chefs-d’œuvre, le tableau ne serait pas complet sans citer les véritables Mona Lisa que sont la Triumph de Marlon Brando dans l’Equipée sauvage (1953) et le chopper de Peter Fonda dans Easy Rider (1969).

Village de la 8<sup>e</sup> édition du festival Wheels & Waves à Biarritz
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Village de la 8e édition du festival Wheels & Waves à Biarritz

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« Un tableau et une moto, ce sont deux choses qui font regarder le monde. »

Olivier Mosset

La moto, au-delà de ses codes et ses rites, évoque irrésistiblement le non-conformisme. Olivier Mosset, biker et figure majeure de l’art contemporain, qui s’est fait connaître dans les années 1960–1970, aux côtés de Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni (le groupe BMPT), y distingue quelque chose de plus : « Un tableau et une moto, ce sont deux choses qui font regarder le monde. » Cette année, l’artiste installé en Arizona depuis la fin des années 1970 a préféré renoncer à la foire de Bâle pour vernir son accrochage au Skatepark, à quelques accélérations de la Cité de l’Océan.

À gauche, Yan Morvan ; à droite Richard Aujard et Olivier Mosset invités à l’exposition « Artride » organisée au Skatepark de Biarritz
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À gauche, Yan Morvan ; à droite Richard Aujard et Olivier Mosset invités à l’exposition « Artride » organisée au Skatepark de Biarritz

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Parmi des dizaines d’autres œuvres d’art, photographies, sculptures, motos customisées, Olivier Mosset présente un tableau abstrait de son cru accroché au-dessus d’une de ses ex-motos [ill. en une]. Une forme de critique sur la valeur de l’art où il place au même niveau ce qui semble aux antipodes : « J’ai longtemps vécu mes deux passions séparément et je possède encore quatre motos. J’ai commencé à en exposer dans les galeries à la toute fin des années 1990, parce que je me suis aperçu que ces engins, devant lesquels on s’arrête et que l’on contemple quand ils sont garés dans la rue, étaient devenus des icônes de notre culture », explique l’homme à barbe blanche et bottes de cuir, au centre d’une rétrospective qui aura lieu en 2020 au Mamco de Genève.

Plus besoin de personne en Harley Davidson

Yan Morvan, Anarchy UK
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Yan Morvan, Anarchy UK, 1979–1981

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Photographie tirée du livre Les Années de fer • 40 × 60 cm • © Serious Publishing

Si la moto inspire les artistes, elle fascine d’abord les photographes. Yan Morvan, qui a couvert plusieurs conflits armés du XXe siècle, du Liban au Kosovo, a accompagné pendant des années des bikers, loin d’être des anges : « Je faisais des images pour l’agence Norma quand j’ai rencontré, à la vingtaine, mon premier blouson noir, retrace-t-il. C’était en 1975. À l’époque, je roulais en Solex ! » À l’Artride, qui se déploie au skatepark sur 1 400 m2 de béton, il est venu exposer toute une faune avec quelques grands formats, extraits de son dernier ouvrage, « Les années de fer. Londres 1979–1981 », consacré aux punks, aux mods et skinheads durant les années Thatcher (éd. Serious Publishing).

Vue de l’exposition “Artride” au Skatepark de Biarritz qui met à l’honneur les œuvres d’Olivier Mosset, Richard Aujard, Yan Morvan, D*Face et d’autres artistes inspirés par l’univers de la moto et de la glisse
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Vue de l’exposition “Artride” au Skatepark de Biarritz qui met à l’honneur les œuvres d’Olivier Mosset, Richard Aujard, Yan Morvan, D*Face et d’autres artistes inspirés par l’univers de la moto et de la glisse

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Enfant du Pays basque, et champion de moto dès l’âge de 16 ans, Richard Aujard a aussi répondu présent. Le monde des bikers fait résolument partie de la vie du photographe et réalisateur, qui vient d’achever un documentaire pour le cinéma avec Mickey Rourke, Guapo Siempre, actuellement en post-production. C’est d’ailleurs l’acteur américain qui lui a mis le pied à l’étrier et lui faisant rencontrer ses premiers Hells Angels : « La sophistication me met mal à l’aise, j’aime à la fois la force et les fêlures chez les êtres », explique le cartel qui résume son travail. Dans ses œuvres présentées à l’Artride, on retrouve, outre Mickey quelques figures familières comme Michael Hutchence (le leader du groupe de rock INXS) ou Steve Jones (le guitariste des Sex Pistols).

Aux abords du Skatepark de Biarritz où s’est tenue l’exposition « Artride »
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Aux abords du Skatepark de Biarritz où s’est tenue l’exposition « Artride », 2019

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Face aux motos, les créateurs ont toujours la rage. Dernière preuve à l’Artride avec D*Face, acteur incontournable de la scène street art, qui a investi le réservoir d’une moto Indian FTR 1200 avec son style pop à la sauce dark. Au Village, l’artiste londonien a aussi réalisé une fresque. Radical. La journée s’achèvera très tard sur le son punk rock de Dead Bronco, en concert. Rien, pas même la pluie qui a fini par s’inviter, n’aura pu empêcher les festivaliers de vibrer. Moi je suis vidée. Heureusement une voiture m’attend : c’est Hélène de chez Campy Campers et son van Volkswagen orange. On se la fait cette petite virée ?

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À lire

Les années de fer. Londres 1979-1981

Par Yann Morvan

Éd. Serious Publishing 

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