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Dossier

De la rue au musée, une histoire du street art

le 16 mai 2017 à 12h05

Réunissant les grands noms du mouvement né dans la rue il y a plus de quarante ans, une exposition événement à Roubaix illustre ses origines, sa sortie du ghetto et ses déclinaisons à travers le monde… Sans oublier les questions qui fâchent.

Tarek Benahoum, oeuvre in situ, Roubaix
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Tarek Benahoum, oeuvre in situ, Roubaix, 2017

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© Maxime Dufour photographies

Dans les rues de Paris, une scène artistique se développe dès le début des années 1980 sous l’impulsion de Blek le Rat, des Frères Ripoulain, VLP, Jérôme Mesnager, Speedy Graphito, Miss. Tic et quelques autres. Au pinceau, en collage ou au pochoir, ces enfants du rock et de la Figuration libre voient l’intervention urbaine comme une désacralisation de l’art et un potentiel tremplin vers les galeries. « Le mot art est connoté avec les mots musée, galerie, biennale, rétrospective, exposition… Et hors des cimaises, point de vie possible pour un autre monde artistique », constate Blek le Rat. Avec un langage simple, souvent emprunté à la bande dessinée et à la publicité, ceux que l’on surnomme « picturo-graffitistes » ou « médias-peintres » interagissent de façon ludique avec la ville et ses habitants.

Faile, La Condition Publique – Roubaix
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Faile, La Condition Publique – Roubaix, 2017

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Courtesy galerie Magda Danysz, Paris / © Maxime Dufour photographies

La plupart d’entre eux quittent peu à peu la rue pour l’atelier tandis que les tags de leurs cadets, biberonnés à la culture américaine, recouvrent les murs de la capitale. L’heure est au hip-hop, avec sa musique, sa danse, ses codes vestimentaires et son graffiti sauvage et coloré, pratiqué en guérilla urbaine. Il faudra attendre près d’une décennie pour que certains graffeurs développent une nouvelle approche de la peinture. Cette fois, l’Europe est aux avant-postes, Barcelone et Paris en tête. Las de se plier aux règles new-yorkaises, qu’ils considèrent comme rigides et conformistes, quelques adolescents particulièrement inventifs renouvellent le genre, revendiquant une identité européenne forte. « La scène graffiti new- yorkaise est frappée d’immobilisme, vivant sur ses acquis et les photos jaunies des exploits d’antan, clame l’artiste Honet. L’Europe n’est pas qu’une utopie politique, mais une chance pour nous de découvrir et de partager, pour que la culture du graffiti et de l’art urbain soit intelligente et évolutive, pour qu’elle ne cesse de se réinventer. »

Jef Aérosol, Œuvre in situ, Roubaix, 2017

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© Maxime Dufour Photographies

André, Paris, 2000

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© Photo Nicolas Gzeley

Zevs, Paris, 2000

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© Photo Nicolas Gzeley

Poch, Rennes, 2000

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© Photo Nicolas Gzeley

Honet, Paris, 2000

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© Photo Nicolas Gzeley

Il ne s’agit plus d’imposer son nom mais de jouer avec la ville, d’utiliser à contre-emploi les codes de la publicité et la signalétique urbaine.

Une nouvelle scène voit le jour. Elle renoue avec un langage universel fondé sur le logo, pratique l’invasion visuelle et le détournement urbain. Il ne s’agit plus d’imposer son nom mais de jouer avec la ville, d’utiliser à contre-emploi les codes de la publicité et la signalétique urbaine tout en variant les techniques et les supports. Après avoir transformé son tag en logotype, Zevs multiplie les expérimentations dans l’espace public. Il s’attaque aux marques en détournant leurs affiches, « liquide » leurs enseignes, puis questionne la légalité de ses interventions en réalisant des « graffitis propres » tracés au Kärcher. En compagnie de ses acolytes André et Invader, ils posent les bases d’une pratique sur le point de conquérir la planète. « S’ils ont d’abord été rejetés par une partie du mouvement parce qu’ils s’émancipaient des codes de leurs aînés, on se rend compte aujourd’hui qu’il s’agissait d’une suite logique. Zevs, Invader ou Shepard Fairey cherchaient simplement une nouvelle façon de « signer » l’espace urbain », explique Magda Danysz. Alors que ces derniers connaissent un succès retentissant, bon nombre de ceux qui les ont précédés dans cette démarche sont oubliés. Pas la moindre trace de leur passage dans les expositions rétrospectives, à peine quelques photos dans les ouvrages dits historiques. « Lorsque nous avons développé cette pratique, nous étions dans une esthétique froide, sale, minimale et nous pratiquions notre art par le vandalisme, explique RCF1. On agissait en opposition avec un graffiti sage et décoratif, prompt à séduire le plus grand nombre et à nourrir un marché naissant. Or, actuellement, c’est le marché qui écrit l’histoire. Glorifiant ceux qui s’y sont soumis et ignorant tous ceux restés dans la rue, aussi talentueux soient-ils. »

 

Jef Aérosol, Œuvre in situ, Roubaix
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Jef Aérosol, Œuvre in situ, Roubaix, 2017

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© Maxime Dufour photographies

Ainsi, dans le parcours historique conçu par Magda Danysz à Roubaix, pas de Pez, La Mano/Nami, El Xupet Negre, RCF1, Foe, Honet ou Stak, dont l’influence sur les générations suivantes est pourtant indéniable. « Réaliser ce genre d’exposition, c’est faire des choix ; forcément, des artistes peuvent se sentir oubliés, reconnaît la commissaire. C’est déjà assez difficile de convaincre les institutions d’exposer les grands noms de ce mouvement, alors c’est encore plus compliqué d’entrer dans le détail. Et puis certains refusent parfois d’apparaître dans ce genre d’événements, je pense par exemple à Blu, à qui je propose systématiquement de participer à mes projets. Pour rendre hommage à un maximum d’artistes, quelques documentaires vidéo viennent compléter ma sélection, mais il y aura toujours des manques. »

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