Que retenir de cette exposition si ce n’est l’angoisse qui transpire de ces sculptures malades, émanant d’une incapacité à saisir la cause de leur trouble ? Dans son ouvrage New Dark Age, publié cet été, l’essayiste et artiste James Bridle affirme que nous sommes entrés dans un nouvel âge sombre. Les fake news, le fonctionnement obscur des algorithmes, des softwares et des hardwares, ou encore la déferlante de datas corroborent bien sûr cette idée. Si complexes soient-ils, les systèmes technologiques qui régissent le monde font aujourd’hui écran. Une menace pèse, insaisissable. À l’heure où les géants du web revendiquent une transparence factice, les œuvres de l’artiste Cooper Jacoby (né en 1989) soulignent au contraire l’opacité dangereuse des dispositifs technologiques. À la galerie High Art, elles incarnent justement cette anxiété qui nous ronge, prolifère comme un virus et affecte notre corps, nos comportements et notre psyché. À la surface des sculptures cryptées de Cooper Jacoby pointent les symptômes de ce « nouvel âge obscur ».
Cooper Jacoby, Susceptibles, 2018
Vue d’exposition • Courtesy Cooper Jacoby and High Art, Paris © Hight Art
Cooper Jacoby - Susceptibles
Du 18 octobre 2018 au 24 novembre 2018
High Art • 1 Rue Fromentin • 75009 Paris
highart.fr
Une installation qui pleure, une sculpture qui crache de la salive, un éclairage variant au rythme de l’activité cérébrale… À la galerie Frank Elbaz, l’artiste Davide Balula (né en 1978) propose une exposition sans hommes mais mimant leurs affects. Ici, tout est factice : les poumons sont joués par une paire d’enceintes et les fluides corporels sont tous produits en laboratoire. Le corps humain est devenu un objet comme un autre, divisible et fragmenté. Comment réagir face à son instrumentalisation ? La dépendance aux technologies s’intensifiant, Davide Balula témoigne du brouillage identitaire entre l’humain, l’objet et la machine.
Davide Balula, Outsourced Affects, 2018
Installation • Courtesy David Balula and Galerie Frank Elbaz, Paris © Claire Dorn
Davide Balula - Outsourced Affects
Du 18 octobre 2018 au 15 décembre 2018
Galerie Frank Elbaz • 66 Rue de Turenne • 75003 Paris
www.galeriefrankelbaz.com
Que signifie être femme aujourd’hui ? C’est à cette vaste interrogation que tente de répondre cette exposition collective dans l’air du temps. Conçue par la commissaire Tara Londi, elle évalue à travers le prisme de l’art les évolutions des féministes et leurs résurgences depuis les affaires #metoo. Les travaux des artistes invitées soulignent ainsi la nécessité d’une lutte féministe renouvelée et s’attellent aussi bien à questionner qu’à déconstruire la féminité et ses représentations. Sexualisation, maternité, jeunisme, violence, marchandisation… Tous les sujets y passent. À ne pas manquer : les somptueuses sculptures de Rebecca Ackroyd, Nevine Mahmoud et Anna Uddenberg.
Rebecca Ackroyd, Sol! et Nave!, 2018
Installation • Courtesy de Peres Projects et Rebecca Ackroyd © CRAC Occitanie / Marc Domage
Mademoiselle
Du 21 juillet 2018 au 6 janvier 2019
Centre régional d’art contemporain Occitanie • 26 Quai Aspirant Herber • 34200 Sète
crac.laregion.fr
C’est vrai, les toiles d’Ed Paschke (1939–2004) ont pris un petit coup de vieux. Fluorescentes comme des ectoplasmes radioactifs, elles sont marquées de symboles, de drapeaux et de signes surannés. Mais si elles ont l’air si kitsch, c’est parce qu’elles frémissent et grésillent comme de vieux écrans cathodiques. La galerie Suzanne Tarasiève rend hommage au travail de cet artiste américano-polonais, trop méconnu en France. Une occasion en or pour découvrir une œuvre pop et complètement loufoque. Composée majoritairement de portraits, la peinture d’Ed Paschke est peuplée d’individus passés au filtre des médias et tatoués par la marchandise. De mauvais goût, voire malsaine, l’exposition est une plongée brutale dans l’underground pré-internet, figurant cette métamorphose et réification des corps propre au digital. Halluciné, insolite, génial.
Ed Paschke, Vue de l’exposition “Chicago Underground”, 2018
Installation Loft 19 • Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris © Rebecca Fanuele
Ed Paschke
Du 18 octobre 2018 au 30 décembre 2018
Galerie Suzanne Tarasieve • 7, rue Pastourelle • 75003 Paris
suzanne-tarasieve.com
Vous l’avez peut-être découverte au Centre Pompidou. Dans le Forum d’entrée, Haegue Yang avait installé une sculpture monumentale composée de néons et de stores vénitiens déployés comme des éventails. Utilisant des images de catalogue, de la végétation, ou encore du papier toilette, cette artiste coréenne, née en 1977, détourne les objets, imagine des systèmes autonomes, chamaniques, souvent anthropomorphiques, et crée des environnements in situ. C’est donc une série de nouvelles sculptures hybrides qu’elle propose spécialement pour La Panacée, à Montpellier. À découvrir également dans le centre d’art : une exposition du Suédois Erik Dietman et du Bulgare Nedko Solakov.
Haegue Yang, Sonic Rampant Obscure Turbine Vents, Double Decker- Bushy Feet, 2018
Exposition « Traversée Chronologique » • Courtesy Hague Yang © Marc Domage / Co-production La Panacée-MOCO
Haegue Yang - Traversée chronotopique
Du 13 octobre 2018 au 13 janvier 2019
La Panacée - MOCO • 4, rue de l'École de Pharmacie • 34000 Montpellier
www.lapanacee.org
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