Article proposé par Exponaute

Jean Bologne, dit Giambologna, Mercure volant © Musée du Louvre
Alors bien sûr, les œuvres d’art sont par essence figées. L’artiste saisit un geste, immobilise une seconde et suspend une impression. Et pourtant, qui n’a jamais eu le sentiment de voir les protagonistes d’un célèbre tableau bouger sous nos yeux, se mouvoir comme par magie ? C’est probablement là tout le talent, la délicatesse et l’assurance des grands artistes que de nous donner cette impression. Or, le musée du Louvre entend revenir sur ce surprenant sentiment. Tout est une question de suggestion, comme l’explique le cheminement de l’exposition.
Le visiteur est ainsi accueilli par le merveilleux Mercure volant de Jean Bologne, statue de bronze où le dieu latin des marchands et des messagers semble, effectivement, sur le point de prendre son envol. Musculature travaillée, attribut classique des ailes, gestuelle élégante et verticale, enlevée. Mercure bondit devant nous, il rejoint le domaine des Dieux porter une annonce de la plus haute importance à Jupiter, à n’en point douter !
On croirait que les petites statues exposées (et magnifiquement mises en valeur par un éclairage soigné) se jouent des lois de la gravité, par la seule maestria du ciseau du sculpteur. On appréciera les cartels spécialement pensées pour les tout-petits, où des illustrations et des précisions permettent à ces derniers de mieux visualiser les points forts de l’œuvre qu’il regarde : perspective, ligne de fruit, structure de la composition…

Auguste et Louis Lumière, Film Lumière n° 765,1 – Danse serpentine © Institut Lumière
L’exposition se veut également un cheminement à travers l’Histoire de l’art et c’est pourquoi il est possible de voir une sculpture en fil de fer d’Alexander Calder côtoyer un christ en croix vieux de plusieurs siècles ou une statuette égyptienne en bois peint. Il ne faut pas avoir peur des confrontations, quand on entre dans la Petite Galerie !
Quelques pas plus loin et nous faisons face à une toile de Théodore Géricault : Course de chevaux, qui cherche la décomposition du mouvement des équidés. Placé en écho à la peinture, de part et d’autre du long couloir de la galerie, est diffusé « La danse Serpentine » d’Auguste et Louis Lumière, dont les images ont été colorisées à la main.

Eadweard Muybridge, Cheval au galop, 1887 © Paris, musée d’Orsay
Voilà une plongée émouvante dans les balbutiements du cinéma mais aussi un témoignage de toute une époque : le tournant du XIXe siècle et du XXe siècle. Le musée d’Orsay on le voit, a donc apporté sa pierre à l’édifice en prêtant des œuvres, dont l’héliogravure « Cheval au galop » d’Eadweard Muybridge, qui mêle réalisme, science et art en découpant la course d’un cheval lancé au galop… et tant pis pour Géricault !
Au bout du parcours, il faut prendre le temps de s’arrêter quelques minutes devant les Trois Grâces par Jean-Baptiste Carpeaux, sublimes…

Jean-Baptiste Carpeaux, Les Trois Grâces, vers 1873 © RMN-Grand Palais / Musée d’Orsay
Mais halte-là ! Pourriez-vous nous dire. Que font donc des Calder, des films des frères Lumière et des héliogravures de la fin du XIXe siècle au Louvre ? N’est-ce pas une mauvaise idée que de montrer le Louvre aux jeunes publics, en leur proposant précisément des œuvres qui, en temps normal, ne correspondent pas au positionnement artistique du musée parisien ?
On peut légitimement se poser la question, mais selon les communiqués du principal intéressé, cette Petite Galerie serait à considérer comme un peu à part dans le musée du Louvre, et tendrait avant tout à pousser les enfants et les ados à s’ouvrir aux arts plastiques avant de chercher à mettre en avant les seules collections de l’institution parisienne. Pourquoi pas ? Dans tous les cas, « Corps en mouvement » est une exposition indéniablement ludique, à la scénographie plaisante, et qui devrait donc plaire aux petits !
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