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Alireza Shojaian, Tristan Jardin Persan, 2020
Courtesy de l’artiste et de la galerie La La Lande © Alireza Shojaian
Les images de Chaza Charafeddine ressemblent à de précieux talismans. Entourés de couleurs chatoyantes et de dorures, des acteurs de la scène alternative libanaise prennent la pose dans des décors extravagants, tels des personnages mythologiques. Photographe et écrivaine née au Liban en 1964, Chaza Charafeddine puise son inspiration dans les miniatures des arts de l’islam, et plus particulièrement dans les représentations figurées des mondes persan et moghol.
Chaza Charafeddine, L’Ange Gardien II, Divine Comedy Series, 2010
©2010, Chaza Charafeddine
Oscillant entre tradition et codes contemporains, son travail brille de mille feux dans le parcours de l’exposition « Habibi » (« Mon chéri » en arabe), qui interroge les représentations des identités sexuelles et de genre dans la création contemporaine du monde arabe. À ses côtés, nombreux sont ceux qui, comme Chaza Charafeddine, s’appuient sur l’héritage iconographique (dans les miniatures, le genre apparaissait de manière plus ambigüe) ou littéraire du monde musulman. Peintre et activiste iranien, Alireza Shojaian invite ainsi, dans ses œuvres revisitant la peinture orientaliste, des références à l’iconographie traditionnelle du monde arabe, comme un cavalier en turban [ill. en une]. Quant à l’Afghane Kubra Khademi, elle emprunte au poète persan Rûmî des vers évoquant l’amour absolu…
Soufiane Ababri, Bed Work, 2022
Courtesy de l’artiste et de la galerie Praz-Delavallade Paris, Los Angeles © Philippe Fuzeau
Même si elles restent minoritaires dans des sociétés où les questions liées au genre demeurent taboues, les voix et les actions militantes en faveur des droits LGBTQIA+ se sont largement amplifiées depuis les Printemps arabes. En témoigne toute une génération d’artistes queers et leurs « alliés » ici rassemblés, qui sans cesse questionnent les normes tout en explorant les territoires fertiles de la création. Le rapport au corps, l’intimité, la question de la sécurité et des luttes traversent ainsi leur œuvre, donnant à voir et à entendre de nouveaux récits personnels et collectifs. Ces témoignages, tantôt joyeux, tantôt bouleversants, prennent d’abord racine dans l’espace domestique, où les identités se dévoilent et s’émancipent à l’abri des regards. C’est en tout cas ce dont témoigne le duo originaire du Liban Jeanne et Moreau (Randa Mirza et Lara Tabet), qui invite le visiteur à pénétrer dans sa chambre à coucher, présentée au cœur de l’exposition, tandis qu’à quelques pas se déploient les Bed Works de Soufiane Ababri, mordante satire des rapports de domination mêlés au désir réalisée en étant lui-même couché dans son lit.
Aussi pluriels soient-ils, ces récits mènent droit dans la même direction : celle d’un futur où chacun peut s’affirmer dans sa différence et, surtout, aimer qui il veut. Pour Mohamad Abdouni, pas d’avenir sans passé : en collaboration avec la fondation arabe pour l’image, l’artiste a ainsi créé des archives de femmes trans de Beyrouth, dont l’histoire a été totalement occultée. De même pour RIDIKKILUZ, qui forge son identité queer sur celles « d’aînés », comme Sultana (Fares Rizk). L’artiste livre un portrait touchant de cette drag queen palestino-jordanienne, la première à se produire à New York.
Khaled Takreti, Joujoux, Hiboux, Cailloux, 2014
© Khaled Takreti
Beaucoup d’artistes présents dans l’exposition connaissent le déchirement de l’exil et se font les porte-voix de la diaspora queer qui, éparpillée de par le monde, cherche à se réinventer. Dans une grande fresque aux larges aplats de couleurs réalisée à son arrivée en France, le syro-libanais Khaled Takreti, qui vit désormais en France, évoque le long cheminement vers soi-même.
Camille Lenain, Bouchta
© Camille Lenain
Plus loin, Fadi Elias tourne son objectif vers les personnes queers syriennes refugiées en Allemagne. Jouant avec la double exposition, ses portraits flous témoignent de la difficulté d’affirmer son identité au sein de sa communauté, y compris en Europe. D’où la nécessité de porter au monde ces existences. Avec sa série DJINN, la photographe franco-algérienne Camille Lenain s’intéresse à la trajectoire des homosexuels issus de la communauté musulmane. Parmi eux, Bouchta raconte : « Je suis très mélancolique, mais c’est ma vie. Comme beaucoup de vies d’homo, ce n’est pas une vie facile. » On se cherche toujours un petit coin tranquille pour se préserver. » Et (s’) aimer.
Habibi, les révolutions de l'amour
Du 27 septembre 2022 au 19 mars 2023
Institut du monde arabe • 1, rue des Fossés Saint-Bernard • 75005 Paris
www.imarabe.org
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